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Pierre Bastien › Musiques machinales

11 titres - 48:40 min

  • 1/ Inanga conga (3:26)
  • 2/ Musique machinale (2:50)
  • 3/ New rotative methods (2:36)
  • 4/ Woolloomooloo bay (4:49)
  • 5/ Vipers (5:31)
  • 6/ People in sorrow (4:19)
  • 7/ Chez les crânes (2:07)
  • 8/ Temps mêlés (4:33)
  • 9/ Marchin' band (5:52)
  • 10/ Mangbetu (9:27)
  • 11/ Conga inanga (1:41)

enregistrement

Studio G.E.K., Rotterdam, Pays-Bas.

line up

Mecanium : inanga, cornets, sanza, godje, dousso'n gouni machinal, solo de cithare inanga semi-automatique, meccano-cello, guitare, contrebasse, percussions, castagnettes, xylophone, tambourin, harmonium, scie, violon, xylophone rotatif, konde, riti, trombone, quatre violons peuls mécanisés, solo pizzicato, roto-sanza, basse, mandoline, pocket-trumpet, ikembe, solo de harpe du Zaïre robotisée. Pierre Bastien : sanza, cuivres, trombone, basse, violon. Evert Maliangkay (conga), Bexium (clarinette), Ewoud Plate (contrebasse).

chronique

Styles
jazz
ovni inclassable
world music
Styles personnels
artisanat afro-expérimental

Je me souviens de la réponse du respectable Dominique A, à qui l'on demandait quel disque français il ferait découvrir à un ami étranger (ou extra-terrestre) sans courir le risque de se fâcher avec lui. Il en cita trois, parce que, disait-il, ils n'avaient aucun équivalent nulle part : "Comme à la radio" de Brigitte Fontaine, "#3" de Diabologum, et ces "Musiques machinales" de Pierre Bastien. Le nom éveillait en moi un vague écho, mais le voir en si bonne compagnie suscita bien évidemment davantage de curiosité. La démarche de ce compositeur français rappelle bien évidemment l'artisanat sonore furieux, anarchique et sans frontières d'un Pascal Comelade (autre petit-fils de John Cage) avec qui il a d'ailleurs souvent collaboré. À ceci près que Pierre Bastien ne se contente pas de récupérer ici ou là les instruments les plus exotiques et les plus loufoques : il les fabrique lui-même, ou plutôt il fabrique un interprète, un medium capable d'en jouer, le "Mecanium", son orchestre créé "en confectionnant ses machines musicales à l'aide d'instruments africains augmentés de poulies, de courroies, de moteurs de pick-up et de structures empruntées au Meccano". Le résultat désoriente au premier abord, c'est le moins que l'on puisse dire, et "extra-terrestre" est en effet le mot qui convient le mieux pour décrire les ambiances produites ici, où des instruments traditionnels africains, ancestraux, sont mus par des mécanismes tous plus ingénieux, ahurissants et tordus les uns que les autres, qui les enclenchent en boucle. Sur cette rythmique incongrue, Pierre Bastien greffe ses motifs improvisés, mélodies répétitives jazzy et langoureuses, à la trompette, au trombone ou au violon. Albert Durand nous décrit cette démarche expérimentale refusant le recours à l'électronique comme "la manifestation d'un engagement moral". Pourquoi pas. Mais ce qui est frappant au fil des écoutes, c'est la parfaite cohérence sonore de l'ensemble : Pierre Bastien crée SON monde, et ce monde ne refuse pas de s'ouvrir à la beauté, à l'émotion, bien au contraire. Cette musique renvoie à quelque chose d'ancien, de profond, de vrai, qui submerge bientôt l'auditeur et le terrasse aussi sûrement que n'importe quelle oeuvre composée sous le sceau de "l'authenticité" (notion qui voisine le mythe). Donc, Pierre Bastien a beau nous faire entendre (tenez-vous bien), de la cithare inanga semi-automatique, du meccano-violoncelle, du xylophone rotatif, des violons peuls mécanisés, de la harpe du Zaïre robotisée, j'en passe et des meilleures, son oeuvre, à mille lieues d'un travail réservé au laboratoire ou de tout exotisme kitsch, s'avère essentielle par son intense vitalité et son caractère touchant aussi bien qu'intemporel. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'unique reprise de ce disque est celle du mythique "People in sorrow" de l'Art Ensemble of Chicago : la démarche de Pierre Bastien, par sa recherche d'une harmonie profonde entre africanisme ancestral, musique contemporaine expérimentale, et jazz, semble bien proche de celle du collectif américain, et parvient également à effleurer un langage à la fois neuf et universel. Un disque splendide, mystérieux, à écouter au moins une fois avant de mourir.

note       Publiée le mercredi 19 avril 2006

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saïmone › dimanche 20 février 2011 - 00:04  message privé !
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Woolloomooloo bay est Michniak approved. Un grand disque, qui rend fou. A écouter en disséquant les mécanismes de la montre de son grand père, après une session steampunk. En le disant ça devient d'ailleurs clair: ce disque EST le STEAMPUNK

Note donnée au disque :