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Throbbing Gristle › The second annual report of Throbbing Gristle

cd | 11 titres

  • 1 Industrial introduction
  • 2 Slug Bait-ICA
  • 3 Slug Bait-Live at Southampton
  • 4 Slug Bait-Live at Brighton
  • 5 Maggot death-Live at Rat Club
  • 6 Maggot death-Studio
  • 7 Maggot death-Southampton
  • 8 Maggot death-Brighton
  • 9 "After cease to exist"-The original soundtrack of the Coum Transmissions film
  • 10 Zyclon B Zombie
  • 11 United

enregistrement

1977

chronique

"Industrial music for industrial people". C'est ici que naît, officiellement (même si de manière encore très confidentielle), la musique "industrielle" : ce nom même (qui au départ, n'a rien à voir avec l'utilisation de samples "urbains", bruits d'usines, machines, ou je ne sais quoi) est en réalité une gifle envoyée à la face de l'industrie du disque, des rapports commerciaux, consuméristes, mécaniques et artificiels qui régissent le rapport des hommes entre eux et leurs rapports à l'art en particulier... L'ironie cinglante de ce slogan ne doit tromper personne : toute vérité en art est illusoire, tout le sacré et l'absolu s'effritent, et ne doit rester que le vide. La musique industrielle, cette lèpre qui doit ronger le business musical de l'intérieur, s'immisce de manière discrète dans le grand organisme, comme un virus qui sera appelé à propager progressivement son empire, pour le rendre malade et finir par le tuer. Au départ, donc, une cassette, limitée à quelques centaines d'exemplaires (une tradition tenace dans ce style), une pochette pour le moins sobre, un enregistrement dont la promotion ne sera assurée que par les "performances" que les quatre artistes d'avant-garde ont pu assurer lors de diverses prestations dans d'obscures salles londoniennes. Ces visées nihilistes, jusqu'au-boutistes de produire de la non-musique connaîtront nécessairement le medium le plus confidentiel. Et leur succès, leur extension, manifestera d'ailleurs leur échec, puisque l'indus deviendra fatalement (et très rapidement, avec les membres de Throbbing Gristle eux-mêmes), un genre parmi d'autres, récupéré, avalé, digéré par le système, même s'il se maintient plus ou moins dans l'underground. C'est ce qui rend ces premiers témoignages historiques particulièrement précieux. Leur extrêmisme et leurs visées destructrices sont resservis intacts. Après les inquiétantes nappes d'"Industrial introduction", c'est l'immersion directe au coeur des nauséeux "Slug Bait" et "Maggot death", qui répand ses ondes maléfiques au travers d'une brume synthétique percée par la voix distordue et réverbérée de Genesis P-Orridge, qui débite ses soliloques de la "Death factory" ("Music from the death factory" : un slogan...) Les avatars lives sont indissociables des versions studios, tout simplement parce que c'est au cours de leurs performances en public que se joue l'essentiel du processus créatif, dans ce qui reste pour une bonne part des improvisations (les différentse versions d'un même titre n'ont d'ailleurs pas grand-chose en commun - et sont présentées sous forme d'extraits, saisissements d'un point de départ ou d'un point d'arrivée, d'un moment de grâce macabre) ; une expérience douloureuse à base de sons perçants et d'une dialectique de la transgression, qui agit sur l'auditoire, et le pousse à réagir d'une manière ou d'une autre. "After cease to exist" (autre improvisation en public, transférée directement depuis la source instrumentale sur la bande), devait fournir la bande originale de leur film-performance du même nom - la tonalité nettement plus ambient renvoit bien à ce qui est suggéré par le titre : un "voyage" en forme de transmigration de l'âme après la mort physique, une longue méta-bande-son. "United", son beat cheap et sa mélodie pop presque "normale", préfigurent à leur manière tout l'electroclash à venir. Quant à "Zyclon B Zombie", j'ai envie de retranscrire tel quel le commentaire de Genesis P-Orridge, qui résume les paradoxes de cette musique : "a verbal joke in deliberate bad taste, featuring the extensive mangling of instrument generated sounds in an attempt to project to the listener the actual feeling of hysteric coma whilst being gassed to death in Auschwitz. It was recorded live on a mono-cassette recorder. This single in many ways sums up the strengths and weaknesses of TG. The satire of a pop single, became a popular single that outsold all other TG releases before and after". Un drôle de "popular single" tout de même, un cauchemar oui. Quoi qu'il en soit, cet album reste l'ultime et provocante aspiration d'un souffle mortel sur la musique populaire. En quelque sorte, le disque terminal.

note       Publiée le mercredi 12 avril 2006

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julius_manes › samedi 27 août 2011 - 10:08  message privé !

Le chaos mis en musique. Ceci dit, on arrive tout de même à y trouver des structures musicales plus ou moins cohérentes (de la même façon qu'on trouve des structures ordonnées dans le chaos). Au delà du coup de pied au cul donné à l'industrie musicale de l'époque (qui n'est que la partie émergée de l'iceberg), un album énigmatique, déroutant, paradoxal où la musique est presque reléguée au second plan, derrière la question qui se profile au fil de l'écoute : "La musique peut-elle être autre chose qu'un ensemble cohérent et esthétique de sons?". Bon, d'autres avant eux avaient déjà posé la question (le mouvement "bruitiste", dont fait partie par exemple la musique concrète, Lou Reed aussi, de façon ponctuelle avec "Metal machine music" (1975)), mais peut-être pas de façon aussi conceptuelle et aggressive. Ce n'est pas pour rien qu'ils sont à l'origine du nom d'un mouvement musical qui existe encore aujourd'hui : la musique industrielle, émanation de la musique bruitiste dans la culture populaire. Qu'on aime ou pas, il faut quand même reconnaitre le mérite de TG d'avoir posé la question...

La notation d'un objet pareil est effectivement complètement anecdotique, mais bon...

Note donnée au disque :       
Valsturm › lundi 7 juillet 2008 - 11:57  message privé !
Impossible à noter en effet..Je l'ai réécouté l'autre jour avec mon chien..C'est sale et sensuel, presque charmant tout au fond.
MachO))) › mardi 17 juin 2008 - 03:03  message privé !
Rah ce after cease to exist avec le film en fond... Quelle expérience, quel concert...
Note donnée au disque :       
empreznor › samedi 7 juin 2008 - 11:18  message privé !
yes Walter, c'est pour ça que j'en parle, moi j'ai juste vu des couples sortir discrétos (mais debout), mais à la fin du concert, j'ai croisé une personne qui en a vu 2 tomber comme des mouches.
Walter Benjamin › samedi 7 juin 2008 - 03:25  message privé !
+ Un évanouissement (réel) sur ma gauche au moment de l'écouillage aux ciseaux par la Tutti. Vrai ? Fake ? En tout cas la jeune femme en question a réellement tourné de l'œil.