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Régïs Boulard › Streamer

  • 2005 • Signature SIG 11031 • 1 CD digipack

11 titres - 61:41 min

  • 1/ STREAMER
  • part I (5:54)
  • part II (6:10)
  • part III (6:30)
  • 2/ Free will and testament (4:54)
  • STREAMING
  • 3/ Overlord (5:17)
  • 4/ Radio Londres (3:16)
  • 5/ A.M.G.OT. (3:23)
  • 6/ Radio Paris (2:50)
  • 7/ Over Overlord (3:44)
  • 8/ Code talkers (4:56)
  • 9/ Chien vert (3:54)
  • 10/ Lèvre supérieure rigide (5:30)
  • 11/ U.S. go home (4:24)

enregistrement

Radio-France, les 12, 13 et 14 juin 2003.

line up

Noël Akchoté (guitare), Régïs Boulard (batterie), Denis Deygout (mellotron, Prophet), Marc Gauvin, Jean-François Vrod (électronique, violon-bidon).

remarques

Edition digipack à ouverture magnétique.

chronique

Styles
electro
jazz
noise
ovni inclassable
rock
Styles personnels
noisy free rock expérimental

"À mon père... pour son père." Telle est la dédicace que le batteur rennais Régïs Boulard a souhaité donner à ce disque. Car sa première oeuvre d'envergure constitue non seulement une musique expérimentale d'une noirceur violemment expressive et frisant parfois le génie, mais également une déchirure personnelle et intime, une manière de cautériser certaines plaies, en évoquant l'histoire de son grand-père, résistant durant la Seconde Guerre Mondiale, dénoncé par des voisins, capturé par la gestapo et finalement torturé avant d'être exécuté. Conjuguer évocation historique, douleur et fièvre, expérimentation musicale et signature sonore réellement personnelle, semble relever de la quadrature du cercle. À sa manière, Steve Reich y parvenait dans "Different trains". Régïs Boulard réussit quasiment le même exploit : je n'ai jamais entendu auparavant un batteur tel que lui. Il est virtuose, certes, mais en aucun cas ne fait étalage gratuit de sa virtuosité : sous ses mains, l'instrument palpite, vit, raconte une histoire, entretient une sorte de dialogue absurde et étouffant de noirceur avec la guitare complètement déstructurée de Noël Akchoté. Ce free-rock désordonné en apparence mais qui maintient constamment en haleine par son effarante expressivité, prend une ampleur de messe noire grâce aux accords profonds du mellotron et du Prophet, qui en constituent le fond sonore permanent (1ère partie). Et c'est bientôt l'emballement, l'hallali, tout explose ("l'exécution de mon grand-père et les conditions de ce massacre"), et les longs accords funèbres viennent tout recouvrir, minés par les spasmes de l'agonie (2ème partie). Le chassé-croisé batterie/guitare reprend dans la 3ème partie, les deux instrumentistes essayant de tirer de leur outil sonore des figures évoquant l'anéantissement, les impressions qui peuvent subsister au spectacle de la veulerie humaine et au rituel macabre de l'exécution. Après "Streamer" vient son pendant "Streaming" : "Une suite de points de vue, en rapport ou non avec Streamer. Commentaires historiques, effets d'optique... vociférations et propagande, lieux communs et dérives politico-journalistiques, professions de foi, mais aussi la parole de mon père, et celle que je lui adresse." Ici intervient plus abondamment le recours à l'électronique. Régïs Boulard reste cependant le principal soliste, le maître-narrateur de ces temps sinistres, derrière sa batterie vengeresse, capable d'explosions démentes, d'atmosphères tendues, de conciliabules nocturnes, de tribalisme ou de lente agonie. Peur sur la ville. Ambiance lourde, glauque et dense de "Radio Londres", qui diffuse ses sibyllins messages à travers la brume (rassurez-vous, on n'entend aucune voix, tout est suggéré par la musique) ; déferlement percussif implacable d'"A.M.G.O.T." ("Allied Military Government of the Occupated Territories"), qui renverse tout sur son passage ; voix distordues et montées d'angoisse du retentissant "Radio Paris" (auxiliaire zélée des occupants allemands) ; un "Code talkers" tribal et dérangé ; un "Chien vert" ou les percussions organiques sont comme générées par la tension ambiante ; puis le sommet, "Lèvre supérieure rigide" (surnom du grand-père) : sur la ritournelle répétitive d'une vieille boîte à musique, les tremblements incessants de la grosse caisse et des balais mènent l'auditeur au bord de la crise cardiaque. Seul moment véritablement dispensable de l'album, la reprise en forme d'hommage de Robert Wyatt, "Free will and testament", qui, venant s'intercaler entre les deux parties "Streamer" et "Streaming", a pour seul mérite de relacher un peu la tension, ce qui n'est déjà pas si mal. Car le reste de ce grand disque torturé fait vraiment peur. Un must du label Signature. 5.5/6

note       Publiée le mercredi 5 avril 2006

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Khyber › jeudi 9 avril 2009 - 23:05  message privé !

Pour en revenir à Akchoté, une oreille à jeter sur sa collaboration avec Max Nagl au sein du "Big Four" ((Nagl, Jones, Bernstein, Akchoté / HatOlogy, 2002). Une formation précieuse. L'écriture est fine, posée, légère, presque enivrante; sens remarquable de la mélodie et composition spontanée des musiciens entre-eux. Tout va de soi. ## C'est en suivant justement les noms d'Akchoté (et de Vrod, autre musicien à suivre, lui aussi chez 'Signature') que je suis arrivé vers ce "Streamer". Reste à l'écouter. ## Et puis signaler le passage de Régïs Boulard au 'Jardin Moderne' de Rennes les 25 et 26 avril (avec 'Chien Vert').

regis › samedi 29 juillet 2006 - 01:29  message privé !
Merci pour votre critique très touchante et très précise. L'impression d'être clair est pour moi mon seul bonheur de musicien. Seule petite précision: levre superieure rigide est juste la traduction littérale de "stiff uper lip", qui a toujours été l'attitude de mon père: ne pas se laisser aller... et il y a vraiment très très peu d'éléctronique, tout est joué. C'est l'ami Vrod qui s'est chargé de mettre ce foutoir de sons étranges, à base d'objets de récup'. D'ailleurs, d'une manière générale, j'ai été entouré divinement pour ce projet (Vrod, Akchoté, Gauvin, et Bruno Letort du label Signature)Et pour info, nous travaillons actuellement à une version scène du projet, qui sera jouée les 29 et 30 septembre à Rennes, au Jardin Moderne (5 musiciens, un VJ, de l'image...). Amicalement, et avec tout mes remerciements pour votre écoute et votre attention. Régïs Boulard
bubble › jeudi 20 avril 2006 - 12:22  message privé !
ok ! connais pas ce regis boulard amsi le comparer a reich effectivement ca me tente !!!
Trimalcion › jeudi 20 avril 2006 - 11:52  message privé !
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Bubble : si tu veux entendre Noël Akchoté dans un grand disque, écoute ça