Les objets chroniqués

Vous êtes ici › Les groupes / artistesMWolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) › Don Giovanni

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) › Don Giovanni

  • 1991 • Teldec 2292-44184-2 • 3 CD

52 titres - 171:53 min

  • CD 1 (63:43) - 1/ Ouvertura (5:41) - ATTO PRIMO - Scena I - 2/ No. 1 Introduzione "Notte e giorno faticar" (5:21) - Scena II - 3/ Recitativo "Leporello, ove sei ?" (0:33) - Scena III - 4/ Recitativo "Ah del padre in periglio" (0:16) - 5/ No. 2 Recitativo accompagnato e duetto "Ma qual mai s'offre" (6:54) - Scena IV - 6/ Recitativo "Orsù, spicciati presto" (1:40) - Scena V - 7/ No. 3 Aria "Ah chi mi dice mai" (3:35) - 8/ Recitativo "Chi è là ? Stelle ! che vedo !" (2:53) - 9/ No. 4 Aria "Madamina, il catalogo" (5:19) - Scena VI - 10/ Recitativo "In questa forma dunque" (0:31) - Scena VII - 11/ No. 5 Coro "Giovinette, che fate all' amore" (1:19) - Scena VIII - 12/ Recitativo "Manco male è partita" (2:30) - 13/ No. 6 Aria "Ho capito" (1:37) - Scena IX - 14/ Recitativo "Alfin siam liberati" (2:08) - 15/ No. 7 Duettino "Là ci darem la mano" (3:41) - Scena X - 16/ Recitativo "Fermati scellerato" (0:51) - 17/ No. 8 Aria "Ah fuggi il traditore" (1:07) - Scena XI - 18/ Recitativo "Mi par ch'oggi il demonio" (1:17) - Scena XII - Recitativo "Ah ti ritrovo" - 19/ No. 9 Quartetto "Non ti fidar, o misera" (4:11) - 20/ Recitativo "Povera sventurata !" (0:23) - Scena XIII - 21/ No. 10 Recitativo accompagnato "Don Ottavio, son morta !" (3:40) - 22/ Aria "Or sai chi l'onore" (2:57) - Scena XIV - 23/ Recitativo "Come mai cerder deggio" (0:33) - 24/ No. 10a Aria "Dalla sua pace" (4:38) - CD 2 (50:29) - Scena XV - 1/ Recitativo "Io deggio ad ogni patto" (1:45) - 2/ No. 11 Aria "Fin ch'han dal vino" (1:15) - Scena XVI - 3/ Recitativo "Masetto : senti un po' !" (1:09) - 4/ No. 12 Aria "Batti, batti, o bel Masetto" (3:42) - 5/ Recitativo "Guarda un po'" (0:33) - 6.1/ No. 13 Finale "Presto presto" (18:34) - 6.2/ Scena XVII "Sù svegliatevi" - 6.3/ Scena XVIII "Tra quest'arbori celata" - 6.4/ Scena XIX "Bisogna aver coraggio" - 6.5/ Scena XX "Riposate, vezzose ragazze" - ATTO SECONDO - Scena I - 7/ No. 14 Duetto "Eh via buffone" (1:11) - 8/ Recitativo "Leporello, Signore" (1:57) - Scena II - 9/ No. 15 Terzetto "Ah taci, ingiusto core" (5:43) - 10/ Recitativo "Amico che ti par ?" (2:13) - Scena III - Recitativo "Eccomi a voi !" - 11/ No. 16 Canzonetta "Deh vieni alla finestra" (2:25) - 12/ Recitativo "V'è gente alla finestra" (1:12) - Scena IV - Recitativo "Non ci stanchiamo" - 13/ No. 17 Aria "Metà di voi quà vadano" (2:57) - Scena V - 14/ Recitativo "Zitto ! Lascia ch'io senta" (2:04) - Scena VI - Recitativo "Ahi ahi ! la testa mia" - 15/ No. 18 Aria "Vedrai, carino" (3:32) - CD 3 (57:44) - Scena VII - 1/ Recitativo "Di molte faci il lume" (0:32) - 2.1/ No. 19 Sestetto "Sola sola in buio loco" (7:52) - 2.2/ Scena VIII "Ferma, briccone" - Scena IX - 3/ Recitativo "Dunque quello sei tu" (0:22) - 4/ No. 20 Aria "Ah pietà, signori miei" (1:57) - Scena X - 5/ Recitativo "Ferma, perfido, ferma" (0:43) - 6/ No. 21 Aria "Il mio tesoro intanto" (4:09) - 7/ No. 21b Recitativo accompagnato ed Aria "In quali eccessi" (5:57) - Scena XI - 8/ Recitativo "Ah ah ah ah, questa è buona" (4:54) - 9/ No. 22 Duetto "O statua gentilissima" (3:37) - Scena XII - 10/ Recitativo "Calmatevi, idol mio" (0:46) - 11/ No. 23 Recitativo accompagnato "Crudele ! - Ah no" (6:03) - 12/ Recitativo "Ah, si segua il suo passo" (0:23) - Scena XIII - 13.1/ No. 24 Finale "Gia la mensa è preparata" (20:22) - 13.2/ Scena XIV "L'ultima prova" - 13.3/ Scena XV "Don Giovanni, a cenar teco" - 13.4/ Scena ultima "Ah dove è il perfido"

enregistrement

Concertgebouw Amsterdam, Pays-Bas, octobre 1988.

line up

Distribution vocale : Thomas Hampson (Don Giovanni), Robert Holl (Il commendatore), Edita Gruberova (Donna Anna), Hans Peter Blochwitz (Don Ottavio), Roberta Alexander (Donna Elvira), László Polgár (Leporello), Anton Scharinger (Masetto), Barbara Bonney (Zerlina). Chor der Niederländischen Oper, Winfried Maczewski (direction). Continuo : Glen Wilson (clavecin), Wim Straesser (violoncelle). Royal Concertgebouw Orchestra Amsterdam, Nikolaus Harnoncourt (direction).

remarques

J'ai choisi de présenter une version récente, celle d'Harnoncourt, qui a pour elle deux atouts appréciables : Thomas Hampson, le baryton américain, s'avère un Don Juan extraordinaire ; et l'orchestre du Concertgebouw d'Amsterdam, dont la pâte sonore est d'un raffinement, d'une beauté inouïs. La direction du chef autrichien et le reste de la distribution présentent des aspects un peu inégaux. Parmi les autres tentatives récentes plutôt réussies, outre Östman (Decca), Gardiner (Archiv) ou Norrington (EMI), je crois qu'il faut également conseiller celle de Georg Solti (Decca, 1996). A éviter à tout prix en revanche est la catastrophique interprétation de Karajan avec le pauvre Samuel Ramey dans le rôle titre (DG). On pourrait bien entendu consacrer un livre entier aux interprétations de cette oeuvre depuis le renouveau mozartien des années 1950. Ceux qui attendent du "visuel" peuvent se pencher sur le film de Joseph Losey (qui choisit comme cadre l'Italie du XVIIIème siècle ! enfin il aurait pu aussi nous faire un délire contemporain à la Peter Sellars) ou sur sa BO, réunissant un excellent cast, efficace sur le plan dramatique (Ruggero Raimondi, José Van Dam, Kiri Te Kanawa...) Mais les références incontournables et indiscutables sont bien évidemment à aller chercher aux sources : les années cinquante, celles où à Salzbourg et à Aix-en-Provence, on redécouvre Mozart avec un enchantement juvénile qui ne s'est pas retrouvé depuis. Il y a Krips, Furtwängler, mais surtout Mitropoulos (Sony), avec un Cesare Siepi proprement génial en Don Juan et une direction hantée ; enfin, la plus grande référence, celle qui met tout le monde d'accord (moi y compris) depuis 1959 et qui n'a depuis lors JAMAIS trouvé son égale : Carlo Maria Giulini avec le Philharmonia Orchestra (EMI), direction et distribution indétrônables, achèvement sans faille... Bonne écoute.
Coffret incluant un livret de 320 pages, avec l'intégralité du texte et sa traduction en Français.

chronique

Styles
musique classique
classique
Styles personnels
opéra

C'est banal, désespérément banal, de dire que "Don Giovanni" (Don Juan) est le plus grand chef-d'oeuvre de Mozart. C'est ce que disaient déjà, peu après sa mort, les compositeurs allemands de la génération de Beethoven ; c'est ce que se sont acharnés à démontrer Kierkegaard, Hoffmann, toute la littérature et la philosophie romantiques ; c'est ce que pensent encore aujourd'hui de nombreux mélomanes à travers le monde : qu'il n'existe pas de sommet plus haut dans toute l'histoire de la musique occidentale. C'est banal mais c'est la pure vérité, et comme les amateurs d'opéra sur ce site sont a priori peu nombreux, je n'hésiterai pas à le répéter. Aucun cliché sur cette oeuvre ne me fera peur, et je ne vous épargnerai rien, depuis les deux accords terrifiants qui tétanisent l'auditeur dès le début de l'ouverture, jusqu'à la plongée aux Enfers du pécheur non-repenti - le tout en ré mineur, la tonalité des grands moments tragiques pour Mozart (celle du requiem, entre autres). Pourquoi Mozart ? Pourquoi l'opéra ? Pourquoi le mythe éternel de Don Juan, qui avait déjà travaillé tant de consciences, inspiré tant d'auteurs ? Mozart n'a jamais inventé aucune forme, ne s'est jamais montré novateur dans sa manière de composer à l'intérieur de celles qu'il connaissait - il était simplement meilleur que ses contemporains en tout (harmonie, mélodie, plastique orchestrale, sens du drame), et donne ses modèles de beauté, ciselés à la perfection, au classicisme et à ses canons. Le grand réformateur de l'opéra, c'est Glück, qui, dans sa querelle contre Piccini, apporte au genre des conventions modernes privilégiant l'aspect théâtral, la vraisemblance dramatique - laissant les émotions s'y exprimer avec toute la subtilité requise. Mozart ne demandait rien d'autre que de s'approprier ce modèle, qu'il parvient véritablement à transcender à partir de "L'enlèvement au sérail", et à sublimer avec les trois chefs-d'oeuvre absolus et inégalés de la trilogie Da Ponte : "Le nozze di Figaro" en 1786, "Don Giovanni" en 1787 et "Cosi fan tutte" en 1788. Comment peut-on produire autant d'oeuvres essentielles en si peu de temps (il y avait aussi les concertos, les symphonies, la musique de chambre...) ? Cela fait en quelque sorte partie de la légende mozartiennne. Toujours est-il que les opéras de Mozart conservent ce caractère unique d'achèvement et de génie dans l'histoire du genre - rien, RIEN ne s'approche de la virtuosité, de la finesse avec laquelle il travaille, en musique, sur la "pâte humaine", la gamme infinie des émotions et des passions, le jeu des ambiguïtés et des non-dits, la caractérisation des personnages, le dramatisme et les divers degrés d'intensité de chaque situation, les progrès de la narration, le sens du dialogue : Mozart parvient à saisir, mieux que tout autre compositeur classique venu et à venir, la VERITE, les enjeux essentiels qui se dissimulent derrière chaque scène, derrière chaque mot - et cette essence dramatique et psychologique se nourrit de la mélodie, de la mélodie pure - le compositeur autrichien est le seul dans l'histoire de la musique occidentale à accomplir ce miracle : "remplacer le drame par la mélodie" : chaque note parle, chaque note fait sens - ce sens s'ajoute au sens des mots, le commente, l'altère, le renforce, le bouleverse... Mystère de Mozart... Certes, il y a l'excellent livret de l'abbé vénitien perverti Lorenzo Da Ponte, qui offrit au compositeur cet écrin italien pour y recevoir sa musique la plus bouleversante (bien que Mozart ait insisté auparavant pour composer aussi sur des livrets en Allemand, comme "L'enlèvement au sérail", l'Italien restait la langue obligée dans ce genre - et Mozart la parlait de toute façon couramment), ce livret participe lui aussi au miracle, mais la musique le double, le triple, le quadruple ; et toutes les anciennes références littéraires volent en éclat. De tous les Don Juan qui ont existé, le sien est le plus grand, le plus complexe, le plus terrible. L'histoire de ce personnage est celle d'une quête individuelle de la jouissance sans limites, par un héros cynique qui refuse les mots d'ordre et la morale de la société en place, et qui n'hésite pas à avoir recours à tous les moyens possibles (mensonge, blasphème, viol, meurtre) pour arriver à des fins qui semblent inaccessibles. Au-delà, il y a bien sûr quelque chose de plus fondamental encore : Don Juan symbolise, cristallise en lui, une perpétuelle remise en question, un perpétuel défi aux valeurs et aux normes acceptées. Cette attitude de rébellion que rien ne pourra soumettre (si ce n'est le deus ex machina de la statue du commandeur, somme toute bien artificiel) rend la figure de ce personnage intemporelle, brûlante, romantique, tragique. Le défi, la lutte, sans peur, jusqu'à la mort, le châtiment inéluctable (on sait dès le début qu'il va arriver) qui frappe et que l'on attend avec un calme résolu. Ce châtiment terrible et implacable prend corps dès les deux premiers accords de l'ouverture, disais-je (les coups du Destin), ouverture si judicieusement divisée en deux parties : la première de tonalité tragique qui reprend la musique de la scène finale du Commandeur (ce que Mozart a composé de plus effroyable) ; et la seconde qui joue sur l'effet de constraste, avec une tonalité festive, rappelant la vie dissolue du maître ès débauches. La première scène est à elle seule un modèle de conduite dramatique : Leporello, valet de Don Giovanni, en attendant que son maître "séduise" Donna Anna, fait les cent pas, et la musique avec lui (un motif en aller-retour, un air populaire pour caractériser Leporello, être faible mais gouailleur et opportuniste) ; et lorsque Donna Anna sort, accusant de viol un homme qu'elle n'a pas reconnu dans la pénombre, la voix du valet vient en parfait contrepoint à la dispute des deux autres, comme par enchantement. Dans tous les ensembles des opéras de Mozart, la manière dont chaque ligne vocale suit son propre cheminement musical (et donc psychologique) tout en s'accordant si bien avec les autres, est là encore quelque chose d'inouï. Et lorsqu'arrive le Commandeur (père de Donna Anna), après un bref duel, où la musique seule nous permet d'entendre le bruit des lames d'épée qui s'entrechoquent, Don Giovanni tue l'importun, et c'est l'extraordinaire trio des voix basses, trio de l'agonie, de la mort, de l'âme qui s'envole. En quelques minutes seulement, on est passé d'un extrême à l'autre, on a vécu mille émois contraires, on a joui de plusieurs airs parmi les plus sublimes, on a été frappé par la première scène choc d'une pièce de théâtre. Et l'opéra dure trois heures... A côté du personnage de Don Giovanni, et ce n'est pas le moindre des paradoxes, toutes les autres figures paraissent veules, lâches, faibles, inexistantes. Ainsi Don Ottavio, le fiancé "officiel" de Donna Anna, ne sert-il jamais à rien, si ce n'est à faire des discours de vengeance qu'il sera incapable d'assumer, et des discours amoureux à Donna Anna qui ne seront pas suivis d'effets, car la jeune femme se refuse à lui. (Donna Anna est-elle à la vérité tombée amoureuse de son "violeur" ? Cette interrogation, cette ambiguité perpétuelle qui pèse sur ce personnage, fera la joie des commentateurs). Don Ottavio ne tient qu'un rôle strictement utilitaire dans la musique, puisque c'est le seul ténor de la distribution, et qu'il sert en quelque sorte d'appoint durant les grands ensembles. Son duo violent et dramatique avec Donna Anna, à la découverte du cadavre de son père, fait là encore merveille. Les deux auront d'autres grands airs, d'autres grands moments passionnés, mais leur poursuite de "celui qui fait le mal" sera toujours vaine. Il faut également parler du caractère de Donna Elvira, ancienne amoureuse de Don Giovanni délaissée, furieuse, qui doit aller terminer ses jours dans un couvent. De tous les personnages féminins, c'est le plus touchant parce que le plus fragile : ivre de rage un moment contre son ancien amant, elle sera prête à l'acte II à retomber dans ses bras. Et même après avoir été humiliée deux fois, pendant le grand finale, elle osera courir le risque d'être à nouveau bafouée en demandant une dernière fois à Don Giovanni de changer de vie... en vain. Ses arie sont entières, passionées, sans fioritures ; son coeur y est mis à nu. Les airs de Don Juan, au contraire, sont toujours des airs de circonstance, moqueurs, cyniques, trompeurs, jouisseurs. Lors de l'acte I scène 5, le séducteur se défile lamentablement, laissant son valet dans l'embarras, qui finira par égréner le fameux air du catalogue, perle d'humour léger et corrosif, à l'emphase grossière et drôlatique. Enfin, il y a le couple de paysans. Zerlina est certainement le personnage le moins complexe et le plus "sain". Elle aime simplement ce rustre jaloux de Masetto et ne cède jamais au séducteur, malgré plusieurs tentatives de sa part. Plus encore que dans les arie, c'est dans les ensembles que Mozart excelle ici : chaque inflexion de l'échange est commentée par la mélodie : écoutez la manière dont Don Juan veut faire passer Elvira pour une folle auprès de Donna Anna et de Don Ottavio (le venin des notes) ; la prière sublime et habitée du trio des masques dans le final de l'acte I, avant l'entrée dans "la maison de la perversion", le bal qui tourne subrepticement à la catastrophe, les sous-entendus cruels et malsains. Le trio No 15 au début du second acte est un autre cas d'école : lorsque Don Juan veut ignominieusement faire croire à Elvira qu'il l'aime à présent sincérement, après qu'il l'eut humiliée en public, sa déclaration d'amour est si belle, si touchante, qu'on est obligé d'y croire. Don Juan est donc musicalement sincère le temps de chanter "Ah credimi o m'uccido" (crois-moi ou je me tue) - Mozart parvient à placer l'auditeur-même dans la position d'Elvira ; il nous fait comprendre, grâce à la mélodie, pourquoi, à l'encontre de toute vraisemblance du seul texte, elle succombe malgré tout (moment essentiel). Personne d'autre que lui ne peut prétendre à pareils exploits. Quoi dire encore ? Je pourrais commenter chaque mot chanté. Ne négligez pas les récitatifs : la scène du cimetière, où le rire sardonique du séducteur est interrompu par l'appel d'outre-tombe du commandeur, sinistre et glaçant, vous terrassera, de même que l'invitation à dîner : Don Juan veut s'amuser à effrayer son valet, mais la statue répond qu'elle viendra, et la fin du duo s'en trouve assombrie par le voile d'une tonalité d'angoisse. 1787 fut pour Mozart l'année de la mort de son père et d'une profonde dépression. On dit parfois que la hantise de la mort qui l'accabla à ce moment-là fut responsable de la scène finale de Don Giovanni. Sans doute est-ce là une vision trop romantique des choses. Ce finale vous habitera en tout cas pour toujours. Il y a là une sorte de perfection dans l'enchaînement dramatique, dans le déroulement des événements qui mènent à la mort de celui qui veut défier Dieu : après l'ultime et funeste avertissement d'Elvire, les coups frappées à la porte, qui s'insèrent dans la trame rythmique, l'entrée de la statue du Commandeur, qui martèle ses sentences d'une voix sépulcrale, les arpèges menaçants qui s'élèvent et retombent, le feu et la glace, la superbe de Don Juan, qui refuse jusqu'au bout de céder, dans un dialogue qui finit par se réduire à l'opposition la plus primaire du "-si -no", du refus frontal contre l'évidence de la force mystique et supérieure dont on a nié l'existence, la chute dans les abîmes... la plus terrible page de Mozart. A tel point que le "rétablissement de l'ordre" et la conventionnelle fugue finale des autres protagonistes ("Questo è il fin di chi fa mal") s'efface naturellement ; et ne restent que les ombres et les voix souterraines. Je disais en début de chronique que je ne vous épargnerais aucun cliché - en voici un dernier : "Don Giovanni" n'est pas un chef-d'oeuvre, c'est LE chef-d'oeuvre.

note       Publiée le dimanche 12 mars 2006

réseaux sociaux

tags

Vous devez être connecté pour ajouter un tag sur "Don Giovanni".

notes

Note moyenne        11 votes

Vous devez être membre pour ajouter une note sur "Don Giovanni".

commentaires

Vous devez être membre pour ajouter un commentaire sur "Don Giovanni".

oeil de fée › vendredi 30 octobre 2015 - 10:41  message privé !

La plus grande musique ? Mozart, "hélas" ! Frustration personnelle : le personnage de Da Ponte & Mozart est un peu trop noir (guts!) par rapport à celui des romantiques (ou celui de Camus, qui m'a beaucoup ému plus jeune). *troll* Le final est plus l'overdose d'un junky que la damnation fière d'un libre penseur ! */troll*, question d'époque.

mangetout › samedi 3 mars 2012 - 22:04  message privé !

Par contre Julius si tu ne trouves pas "ça" terrible, du style si au bout de 10 minutes ça te gonfles et passes à autre chose tout en t'apercevant que l'objet matériel, bien dur et encombrant, lui te reste littéralement sur le disque-dur, je suis preneur en seconde main, à un prix correct bien sûr, étant donné son statut de DVD "d'occasion... manquée".
Sinon, concernant cette très belle édition, en tournant le boitier DVD tu pourras t'apercevoir qu'il y a des sous-titrages en français et noter que Dietrich Fischer-Dieskau est un très grand chanteur allemand, tout comme le talentueux compositeur, de langue allemande lui-aussi, qui écrivit cet opéra.
Voilà et au passage ton énorme prise de risque aura eu "l'assurance"... de mes sentiments respectueux.

madame Founenfeu › samedi 3 mars 2012 - 19:25  message privé !

aïe aïe aïe....si c'est grave ? as-tu bien pris toutes les précautions que les temps modernes exigent ? as-tu souscris à l'assurance de guts, que si c'est pas sombrex, hop, l'on te rembourse sous 48 heures....une version allemande ? si c'est grave ?...arg, meine bauvre tame, za na rien na boire, grosse gadasdrophe ! Tu as acheté un DVD pas gratuit à cause de guts ? si c'est grave ? REMBOURSEZ ! les rebelles de la sombritude ne veulent prendre aucun risque, que cela soit dit !

julius_manes › samedi 3 mars 2012 - 19:10  message privé !

Je viens d'acheter un DVD fort onéreux à cause de cette chronique. J'espère que ça vaut le coup. Par contre, je crois que j'ai chopé une version en allemand (Deutsche oper Berlin 1961)... c'est grave doktor?

Arno › dimanche 29 janvier 2012 - 10:39  message privé !

Il Tabarro, ça vaut vraiment le coup... (C'est le seul des trois où il faut des glottes... Ca beugle beaucoup quoi...)... (C'est à peu près le seul opéra vraiment vériste de Puccini... C'est celui qu'on peut ranger à côté de Cavalleria Rusticana de Mascagni ou Pagliacci de Leoncavallo)...

(Gianni Schicchi, c'est un chef d'œuvre effectivement... mais faut dire que la qualité du livret y est pour beaucoup...)

Note donnée au disque :