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Michel Houellebecq › Présence humaine

cd • 10 titres • 44:57 min

  • 1Présence humaine4:06
  • 2Séjour-Club3:55
  • 3Paris-Dourdan4:43
  • 4Playa Blanca2:48
  • 5Les pics de pollution4:52
  • 6On se réveillait tôt5:15
  • 7Plein été8:32
  • 8Célibataires4:08
  • 9Crépuscule3:26
  • 10Derniers temps3:15

enregistrement

Studio Tricatel, Paris, France

line up

Bertrand Burgalat (tous instruments, électronique, arrangements, production), Michel Houellebecq (récitations), Eiffel : Nicolas Courret (batterie), Romain Humeau (guitare), Damien Lefevre (basse). Peter Von Poehl (guitare rythmique)

Musiciens additionnels : Richard Pinhas (solo de guitare sur "Présence humaine")

remarques

chronique

Initials B.B... Il était né sous une bonne étoile, le Bertrand Burgalat. Cela me démangeait, de parler du label Tricatel et de son fondateur, chantre du post-modernisme pop à la française. Nourri, que dis-je, téléguidé, par ce son moëlleux, travaillé, si beau et envoûtant, du meilleur de la musique pop des sixties, que vous entendrez dans Melody Nelson de Gainsbourg, "Brigitte Fontaine est...", nombre de BO d'Ennio Morricone de l'époque, dans les perles sublimes et grâcieuses de Claudine Longet, de Jacques Datin, Alain Goraguer, Michel Colombier, ou le rock de The American Breed... Evocations moqueuses et attendries, mélodisme pop tellement sucré qu'il fait mal aux dents, arrangements souples, tellement justes, parfaits dans leur côté rétro ET moderne. Oui, Tricatel, nom débile emprunté au film "L'aile ou la cuisse" : une licence en Suisse, des éclaireurs aux Etats-Unis, et, bien sûr, une ambassade au Japon (ils aiment ça, là-bas). Le post-modernisme par nos contrées passera par là ou ne passera pas ! (Il passe déjà à la radio, c'est un bon début.) J'aurais certes pu vous parler du premier album de Valérie Lemercier (un véritable OVNI : "Goûte mes frites" !), d'AS Dragon, nettement plus rock garage, de la confondante April March ("Chrominance decoder", une merveille absolue scandée par les "Mignonette" et autres "Garçon glaçon") ou bien des disques du sieur Burgalat lui-même (enfin je veux dire, signés sous son seul nom, mais de toute façon, il fait TOUT à Tricatel). Mais en reprenant mes esprits, je me souviens d'une chose : nous sommes sur Guts of Darkness ! Donc, il vous faut du sombre ? de l'expérimental ? Qu'à cela ne tienne : j'ai ! Oui, car notre Pyrénéens n'a pas pour seul défaut d'être un fan SANS VERGOGNE des Françoise Hardy et France Gall versions sixties, il est aussi lecteur assidu de Michel Houellebecq. Et à force de lire ses romans et ses poésies, il a l'idée de proposer à l'auteur des "Particules élémentaires" de faire une lecture de quelques-uns de ses poèmes sur fond de Tricatel's sound. Et Houellebecq accepte ! Entendons-nous bien : pour moi, le célèbre écrivain français est loin d'être le génie sanctifié par la critique à l'heure actuelle. Le suicide de l'Occident et le désespoir sentimental de l'homme moderne, Robert Müsil ou Albert Cohen l'ont écrit cent fois mieux que lui au vingtième siècle. Je donnerais toute son oeuvre pour la simple vision de "La maman et la putain" de Jean Eustache. Reste quand même que la poésie houellebecquienne, de manière plus évidente encore que son oeuvre romanesque, à travers des recueils comme "Rester vivant", "Le sens du combat" ou "La poursuite du bonheur", est innervée de ce mal-être fondamental et si profondément ressenti par beaucoup d'entre nous, dans une urbanité inhumaine et étouffante, dans un monde où le libéralisme cruel de l'économie s'applique aussi, et de plus en plus, aux rapports humains, où le sentiment s'efface de la couverture médiatique du monde au profit de la sexualité bestiale, où il faut s'efforcer, malgré tout, de vivre. Vivre pour survivre. "La vie est un noeud de souffrance". Houellebecq fait mal et touche souvent juste. Cette poésie alarmiste, ce cri de détresse, Houellebecq le lance pourtant de manière complètement désabusée, la voix lisse, le ton monocorde. Tout espoir étant d'ores et déjà éteint, il faut tenter, vaille que vaille, de prendre son plaisir où l'on peut dans la société pernicieuse d'aujourd'hui - comme un rat. C'est pour cela que la musique tricotée avec toute la science de Bertrand Burgalat, efficacement secondé par le groupe Eiffel (aux préoccupations très proches des siennes), convient si bien : elle est anti-romantique, elle passe sur ce cri, elle l'étouffe par la rutilance d'une post-modernité qui a englouti toute espérance de vérité, pour livrer un parfait objet fini en forme d'artefact. Le chaud et le froid s'annulent, ils s'éteignent dans les paroles de Houellebecq, qui scande ses vers avec toute la monotonie requise, tandis que la magistrale fluidité de l'orgue Hammond, des éclats électroniques, d'une basse et d'une batterie pulmonaires, de cordes synthétiques capiteuses, de guitares félines (avec un solo de l'ami Richard Pinhas en prime !), déroule ses charmes captivants, nous fait pénétrer dans une quatrième dimension, entre Jean-Claude Vannier et Isaac Hayes, entre Syd Barrett et Georges Delerue. Un bonheur.

note       Publiée le vendredi 17 février 2006

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(N°6) › jeudi 23 juin 2016 - 19:21  message privé !
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Je vois pas comment ça gâche quoi que se soit étant donné qu'ils sont situés à la fin de l'album original.

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Winslow › mercredi 22 juin 2016 - 19:00  message privé !

On parle des titres bonus sur la réédition ? C'est vraiment la purge et ça gâche totalement l'ambiance si parfaite de l'album initial.

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Klarinetthor › samedi 2 avril 2016 - 06:03  message privé !

ca me fait penser que j'avais ce livre de Houllebecq sur H.P. jusqu'a ce qu'un enfoiré de toulousain me l'emprunte en croyant que c'etait un don.

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zugal21 › vendredi 1 avril 2016 - 21:27  message privé !

Et c'est aussi un recyclage des cahiers de l' Herne sur Lovecraft, rédigés à une époque où la connaissance du bonhomme en France était lacunaire et orientée

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nicola › vendredi 1 avril 2016 - 21:26  message privé !

Son essai sur Lovecraft décrit plutôt l’auteur de l’essai que Lovecraft.