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Richard Wagner (1813-1883) › Parsifal

  • 1993 - Teldec, 9031-76047-2 (4 cd)

41 titres - 271:11 min

  • CD 1 (70:11) - 1/ Vorspiel (14:13) - ACTE I - 2/ "He ! Ho ! Waldhüter ihr" (9:15) - 3/ "Recht so !-Habt dank !-Ein wenig Rast" (6:45) - 4/ "Nicht Dank !-Haha ! Was wird es helfen ?" (8:31) - 5/ "O wunden-wundervoller heiliger Speer !" (4:38) - 6/ "Titurel, der fromme Held" (11:45) - 7/ "Weh ! Weh !... Hoho !" (7:52) - 8/ "Nun sag ! Nichts weisst du" (7:13) - CD 2 (65:38) - 1/ "Vom Bade kehrt der König heim" (2:11) - 2/ Musique de transformation (4:36) - 3/ "Nun achte wohl und lass mich seh'n" (7:30) - 4/ "Mein Sohn Amfortas, bist du am Amt ?" (12:35) - 5/ "Enthüllet den Gral !" (7:51) - 6/ "Wein und Brot des letzten Mahles" (12:23) - ACTE II - 7/ Vorspiel (1:48) - 8/ "Die zeit ist da" (4:47) - 9/ "Ach ! Ach ! Tiefe Nacht !" (11:46) - CD 3 (71:02) - 1/ "Hier war das Tosen ! Hier ! Hier !" (4:39) - 2/ "Komm, komm, holder Knabe !" (5:36) - 3/ "Parsifal !-Weile !" (3:13) - 4/ "Dies alles-hab' ich nun getraümt ?" (3:33) - 5/ "Ich sah das Kind" (5:44) - 6/ "Wehe ! Wehe ! Was tat ich ? Wo war ich ?" (6:09) - 7/ "Amfortas ! Die Wunde !" (8:27) - 8/ "Grausamer ! Fühlst du im Herzen" (12:39) - 9/ "Vergeh, unseliges Weib !" (4:10) - ACTE III - 10/ Vorspiel (5:19) - 11/ "Vom dorther kam das Stöhnen" (9:18) - 12/ "Heil dir, mein Gast !" (2:04) - CD 4 (65:21) - 1/ "Ja ! Woher kommst du denn ?" (4:54) - 2/ "Heil mir, dass ich dich wiederfinde !" (5:00) - 3/ "O Herr ! War es ein Fluch" (7:24) - 4/ "Nicht so ! Die heil'ge Quelle selbst" (4:22) - 5/ "Gesegnet sei, du Reiner, durch das Reine !" (5:38) - 6/ "Wie dünkt mich doch die Aue" (3:08) - 7/ "Du siehst, das ist nicht so" (7:27) - 8/ "Mittag. Die Stund' ist da" (5:27) - 9/ "Geleiten wir im bergenden Shrein" (4:37) - 10/ "Ja, Wehe ! Wehe ! Weh' über mich !" (8:06) - 11/ "Nur eine Waffe taugt" (5:52) - 12/ "Höchsten Heiles Wunder !" (3:26)

enregistrement

En public au festival de Bayreuth, Allemagne, 1951.

line up

Distribution vocale : George London (Amfortas), Arnold van Mill (Titurel), Ludwig Weber (Gurnemanz), Wolfgang Windgassen (Parsifal), Hermann Uhde (Klingsor), Martha Mödl (Kundry), Walther Fritz (1er chevalier), Werner Faulhaber (2e chevalier), Hanna Ludwig (1er écuyer), Elfriede Wild (2e écuyer), Günther Baldauf (3e écuyer), Gerhard Stolze (4e écuyer), Hildegard Schünemann, Erika Zimmermann, Hanna Ludwig (Filles-Fleurs, 1er groupe), Paula Brivkalne, Maria Lacorn, Elfriede Wild (Filles-Fleurs, 2e groupe), Ruth Siewert (alto), Chor der Bayreuther Festspiele (Confrérie des chevaliers, Jeunes gens et pages), Wilhelm Pitz (direction). Orchester der Bayreuther Festspiele, Hans Knappertsbusch (direction).

remarques

Le choix de cette interprétation est problématique pour une première approche de l'oeuvre. Tout d'abord parce qu'il s'agit d'un live à Bayreuth, et ça déjà en soi ce n'est pas l'idéal (le studio est recommandé dans un premier temps) ; ensuite parce que ce live date de 1951, ce qui signifie en clair : fort souffle malgré la remasterisation, bruit du public qui tousse et des planches de la scène qui craquent, etc. Je la déconseillerais donc à ceux qui ne connaissent pas déjà un peu l'oeuvre (mais bon, on pourrait tout aussi bien déconseiller Parsifal à ceux qui ne connaissent pas d'oeuvres antérieures de Wagner, et déconseiller Wagner à ceux qui n'ont jamais écouté d'opéra... où cela mène-t-il ?) Seulement voilà : cet enregistrement est "historique" (c'est même écrit sur la pochette), et il ne l'est pas sans raisons : 1951 fut l'année de la ré-ouverture du festival de Bayreuth, qui n'existait plus depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Wieland Wagner avait la lourde tâche de "dénazifier" le théâtre wagnérien. Ses choix furent radicaux : il élimina tout le décorum ancien pour ne garder que des lignes abstraites, des formes épurées, des éclairages suggestifs sur un plateau presque nu. Cette révolution à elle seule fit de lui un des plus grands metteurs en scène d'opéras du vingtième siècle. Mais, heureusement pour ce disque, il n'est pas seul : Knappertsbusch, dont Parsifal est l'opéra de prédilection, donne à ce drame sacré toutes les vertus d'un rituel de transe hypnotique par sa direction lente et habitée. L'orchestre est composé de tous les plus grands musiciens d'Allemagne qui ont pu passer à travers la tourmente de la guerre. Quant aux chanteurs, là encore, il faut le dire : personne à l'heure actuelle ne pourrait rivaliser avec les têtes d'affiche de cette époque ; ils avaient la foi, la musique de Wagner en eux, plus qu'une technique énorme : ils vivaient ce drame d'une manière évidente. Indépassable.
Livret de 220 pages avec le texte intégral traduit.

chronique

Styles
musique classique
romantique
Styles personnels
romantique/opéra

Il est intéressant de remarquer que les deux plus grands compositeurs d'opéras du XIXème siècle, Verdi et Wagner, ont longtemps suscité la controverse. Wagner la suscite toujours, mais lui pour des raisons la plupart du temps extra-musicale. Inutile de revenir sur l'accusation d'antisémitisme, sur la récupération du festival de Bayreuth par Hitler afin de mieux servir son nationalisme pangermanique, son idée de retour aux valeurs "aryennes" du paganisme ancien... Il suffit de savoir que Wagner était bel et bien antisémite (la lecture de ses nombreux écrits sur la musique ne laisse, hélas, aucun doute à ce sujet) mais que cela ne transparaît pas dans ses oeuvres musicales elles-mêmes. Fin de la mise au point ; début de la chronique. Wagner a totalement repensé l'opéra : de ce qui était une suite un peu décousue d'airs et d'ensembles reliés entre eux par des récitatifs, il a fait un long flux musical ininterrompu (l'inventeur de cette fameuse "mélodie infinie", et aussi de la musique de film avant même l'apparition du cinéma !) Alors que les chanteurs tenaient le premier plan, accompagnés par un orchestre souvent discret, il a donné la vedette à la fosse avec des orchestrations énormes, une plastique nouvelle, des effectifs instrumentaux monumentaux que les chanteurs ont parfois peine à couvrir, et surtout l'utilisation systématique, continuelle, du leitmotiv, phrase orchestrale récurrente évoquant un personnage, une instance, un état d'esprit, un lieu, etc... ces leitmotive refaisant sans cesse surface font que la musique elle-même, autant que le déroulement de l'action sur scène, raconte le drame. Wagner écrit lui-même tous ses livrets car pour lui, l'opéra doit être un spectacle total, union de tous les arts, mu par une seule vision : on ne peut plus séparer le texte de sa musique - il faut penser l'unité du tout. Il eut en outre la chance de pouvoir se faire construire de son vivant un théâtre à sa gloire, spécialement conçu pour représenter son oeuvre, Bayreuth, aujourd'hui encore lieu de pélerinage obligatoire pour tous les amoureux de son art. Son langage mélodique et harmonique fut lui-même profondément novateur. A partir de Tristan et Isolde, il eut recours à un chromatisme de plus en plus affirmé, faisant en quelque sorte de lui le précurseur de l'effacement de la tonalité dans la musique occidentale. Il faut aussi évoquer son univers qui renoue, dans la tradition romantique, avec la mythologie nordique (le Ring), avec le Moyen-Age (les Maîtres chanteurs...) ainsi qu'avec des légendes médiévales (Tristan) elles-mêmes en liaison avec le cycle arthurien : Lohengrin et ce Parsifal. Il faut enfin rappeler la séduction primitive qu'exerça sur un Nietzsche cette rénovation artistique. L'auteur de "La naissance de la tragédie" voyait en Wagner la parfaite illustration moderne de ses thèses, mais Nietzsche, un peu plus tard, ne lui pardonna pas Parsifal, limbé d'une magie qui réoriente ces vieux mythes vers une approche chrétienne mystique. Parsifal, oeuvre-testament de Richard Wagner, n'est plus un opéra, c'est une messe, une cérémonie sacrée. A Bayreuth, on considère comme un impie celui qui applaudit lorsque le spectacle s'achève. Car on n'applaudit pas la venue du Saint Esprit. Ce dernier opus de Wagner exprime à mon sens, mieux que tout autre, l'essence de son génie, même s'il s'éloigne en bien des points des opéras antérieurs. Il est en effet doté d'une ferveur unique dans son oeuvre, de cette foi qui l'anime et qui transcende le maelstrom romantique. Une musique de célébration mystique plus libre et plus mouvante, habitée comme jamais, pesante comme le roc, majestueuse comme le cygne, aérienne comme l'Esprit. Même les instants les plus vibrants invitent au recueillement. Ne vous attendez pas à retrouver ici une chevauchée des Walkyries ou une mort de Siegfried. Laissez ces instants trop célèbres aux ignares qui croient connaître le compositeur grâce à deux extraits tirés d'une compilation, ou qui aiment à citer Woody Allen ("Quand j'écoute Wagner, j'ai envie d'envahir la Pologne"). Répondez-leur avec cette citation de Parsifal : "Zum Raum wird hier die Zeit" (Ici, le temps devient espace) qui s'applique si bien à la représentation de cette oeuvre. Il faudrait bien évidemment consacrer un livre entier à l'analyse détaillée du seul livret, allégorie qui s'inspire à la fois de Chrétien de Troyes, de Wolfram von Eschenbach et du Mabinogion : Parsifal (forme germanique douteuse du nom "Perceval") est cet innocent au coeur pur qui vient en aide à la confrérie des chevaliers du Graal, à Monsalvat. Amfortas, fils du roi Titurel, chef des gardiens du Graal, a voulu aller combattre le magicien Klingsor, leur plus terrible ennemi. Hélas, il s'est fait dérober la sainte lance par Klingsor, qui a provoqué en lui une blessure qui restera toujours ouverte, à moins qu'elle ne soit refermée par la lance elle-même. Parsifal ira reprendre la lance à Klingsor, vaincra ses filles-fleurs et le sortilège de Kundry possédée par le magicien, guérira Amfortas et pourra dévoiler le Graal lors de la célébration du Vendredi Saint. Ajoutez à cela le personnage ambigu de Kundry qui tantôt aide les chevaliers du Graal, tantôt est utilisée par Klingsor pour les séduire et les perdre (elle sera finalement délivrée et baptisée par Parsifal). En tant que drame sacré, cette oeuvre fonctionne parfaitement : les moments d'enchantement religieux se font ressentir comme jamais auparavant chez Wagner : le prélude orchestral, exposant avec une lenteur solennelle les principaux leitmotive (motifs du sacrement, du Graal, de la foi...), la première entrée dans la salle du Graal (une "vision", une vraie), la grandeur sacrée de l'instant, célébration d'un rite mystique, que l'on retrouve lors de l'enchantement du Vendredi saint de l'acte III, lorsque Parsifal baptise Kundry. Wagner sait donner à chaque époque de l'action et à chaque lieu sa couleur particulière. Ainsi l'acte II prend-il une tonalité fort différente, beaucoup plus sombre, avec l'entrée dans le château de Klingsor, que l'on imagine noir et haut perché sur un à-pic, tel un corbeau de pierres, guettant le saint qui tombera dans l'abîme : la peinture des moeurs les plus noires sied si bien à l'orchestre romantique wagnérien et à sa pâte orchestrale (le "dressage" de Kundry, qui doit perdre Parsifal). Et alors que le voluptueux enchantement des filles-fleurs tente de séduire le héros, survient tout à coup la beauté diaphane de l'intervention de Kundry, qui lui révèle son nom telle une incantation magique... le sortilège se mêle aux brumes nordiques, la foi chrétienne au sens romantique du sacré ; par un baiser qui devait l'ensorceler à tout jamais, Kundry rend Parsifal conscient de sa mission... L'acte III revient quant à lui aux mélopées parfois plus bucoliques du commencement ; outre la fameuse scène du baptême et de l'enchantement du Vendredi saint, cela se termine par la majesté et l'angélique simplicité : la marche funèbre avec ces cuivres énormes quand est porté le cercueil de Titurel, accompagné par le choeur des chevaliers, venu des profondeurs du temps, l'ultime miracle de Parsifal qui guérit Amfortas, avec ces cordes qui vous empoignent d'une manière quasi-physique... Il y aura toujours pour moi une certaine réticence à se laisser bêtement subjuguer par une telle musique - c'est à un lourd héritage que l'on s'accole (et je pense à Nietzsche et à Stravinsky qui détestaient ça). Mais je parviens avec le temps à effacer de telles considérations. L'intelligence et la sensibilité humaines sont un réceptacle pour l'Absolu.

note       Publiée le samedi 21 janvier 2006

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dimegoat › mardi 14 février 2017 - 19:12  message privé !

C'est surtout un problème de temps, en effet, pour écouter et lire les livrets. J'aurais dû commencer à l'adolescence, plutôt que de jouer à Shenmue... En tout cas, je n'ai vraiment pas envie d'écouter des best-of d'ouverture ou de passages entendus 1000 fois dans des publicité pour le Crédit Agricole. Je vais un peu gratter l'italien, d'abord. Moins sombrex mais assez fun.

Klarinetthor › mardi 14 février 2017 - 16:48  message privé !

Oula, pas si vite; je ne serais pas aussi catégorique. Parsifal c'est peut-etre l'aboutissement de Wagner, conceptuellement sinon musicalement, mais pas forcément le plus facile d'acces; a fortiori dans la version de Kna (Trimalcion explique bien pourquoi au debut). Si tu veux vraiment te depuceler sur Parsifal, je te conseille la version dirigée par Solti, c'est beau orchestralement, et plutot véloce - l'ouverture est magnifique. Sinon, musicalement le Vaisseau Fantome est beau, court, facile d'acces mais deja assez representatif du compositeur, donc l'opera de Wagner que je conseillerai pour l'aborder; concernant la profondeur des livrets, a fortiori pour un gutsien habitué à et aimant la noirceur (je presume), je te conseille la tetralogie, et oui Parsifal, mais avec le livret devant les yeux. Et du temps libre devant toi, c'est le plus important quand on aborde RW.

dimegoat › mardi 14 février 2017 - 14:39  message privé !

Je me lance dans l'Opera un peu sérieusement et je ne sais pas trop par quel versant du Caradhras commencer, en particulier pour Wagner. Peut-être par ce Parsifal, après tout. Il n'y en a pas tant que ça des opéras chroniqués sur Guts donc ce doit être un bon choix. En attendant, je commence tranquille par Tosca, avec Di Stefano et Callas....plus dans mes horizons géographiques et linguistiques. Maaaaaaaaaariooooooo!

ericbaisons › jeudi 24 juin 2010 - 17:56  message privé !

La tetralogie n'est pas si difficile que ça à écouter, à part la contrainte du temps. Peu de choses inintéressantes dans Siegfied ou La Valkyrie.

Thierry Marie › jeudi 24 juin 2010 - 16:50  message privé !

Fan d'opéras, je ne suis pas encore parvenu à "entrer" dans Wagner. Trop sérieux, pas d'humour, de distance, ni de légèreté... Ma discothèque en comprend 2, "Tristan et Isolde" et "La Walkyrie". De temps en temps, j'essaie... Mais je n'y arrive pas. Au risque de choquer, je préfère tellement la "superficialité", la rapidité de Rossini... Et de bien d'autres (Mozart est le plus grand)...