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Pietro Mascagni (1863-1945) › Cavalleria rusticana

22 titres - 78:02 min

  • 1/ PRELUDIO (2:27) - Siciliana - 2/ O Lola ch'hai di latti la cammisa (2:05) - 3/ Tempo I (3:14) - ATTO UNICO - Coro d'introduzione - 4/ Allegro giocoso (2:39) - 5/ Gli aranci olezzano (5:09) - Scena - 6/ Largo (2:19) - 7/ Dite, mamma Lucia (3:38) - Sortita di Alfio con Coro - 8/ Il cavallo scalpita (2:18) - Scena e Preghiera - 9/ Beato voi, compar Alfio (1:01) - 10/ Regina coeli laetare (2:38) - 11/ Inneggiamo - Romanza e Scena - 12/ Voi lo sapete, o mamma (6:09) - Scena - 13/ Tu qui, Santuzza ? (3:30) - Stornello di Lola - 14/ Fior di giaggiolo (3:25) - Duetto - 15/ Ah ! Lo vedi (5:55) - Duetto - 16/ Oh ! il Signore vi manda (3:59) - 17/ Comare Santa (1:45) - 18/ Intermezzo sinfonico (4:16) - Scena, Coro e Brindisi - 19/ A casa, a casa (2:55) - 20/ Viva il vino spumeggiante (2:35) - Finale - 21/ A voi tutti salute ! (5:31) - 22/ Mamma, quel vino è generoso (5:49)

enregistrement

All Saints' Church, Londres, Royaume-Uni, juin 1989.

line up

Distribution vocale : Agnes Baltsa (Santuzza, une jeune paysanne), Placido Domingo (Turiddu, un jeune paysan), Vera Baniewicz (Lucia, sa mère), Juan Pons (Alfio, un charretier), Susanne Mentzer (Lola, sa femme). Chorus of the Royal Opera House, Covent Garden. Philharmonia Orchestra, Giuseppe Sinopoli (direction).

remarques

Personnellement, j'ai toujours eu des problèmes avec le timbre de Placido Domingo. Toutefois, la version présentée ici est tout à fait recommandable, malgré quelques défauts. Mais peut-être dans un premier temps vaudra-t-il mieux se tourner vers Karajan (également chez Deutsche Grammophon).
Livret de 100 pages avec le texte intégral traduit en Français.

chronique

Styles
musique classique
moderne
Styles personnels
moderne/opéra

Je ne sais pas si vous vous souvenez du "Parrain", de Francis Ford Coppola. Dans le dernier volet de cette célèbre trilogie cinématographique, la tragédie se dénoue à l'opéra en Sicile. Dans les coulisses, on fomente des assassinats ; sur la scène, on joue "Cavalleria rusticana" de Pietro Mascagni. Les deux drames s'achèvent de la même manière : la mort tragique d'un des protagonistes. Bien, maintenant que j'ai votre attention, entrons dans le vif du sujet. Le romantisme, c'est fini. Ou presque. En cette fin de dix-neuvième siècle, les lumières de Verdi le méditerranéen et de Wagner le germanique, rivaux devant l'Eternel, ont définitivement irradié le monde de l'opéra et il faut en tirer les leçons pour aller de l'avant. Du côté italien, Mascagni sera l'un des premiers à le faire : tout d'abord, l'opéra n'est plus le lieu où l'on peut s'extasier sur la beauté du chant pour lui-même, le lyrisme doit être mis au service du drame qui se déroule sous nos yeux (d'où l'abandon des enchaînements traditionnels d'airs et de récitatifs chantés, au profit d'un discours continu) ; ensuite, l'opéra doit être un spectacle total, l'histoire racontée, autant que la musique, doit être forte, viscérale, et pour cela, le plus souvent, réaliste et crédible, emprunte de vérité ; enfin, sur le plan purement musical, il faut donner une plus grande importance à l'orchestre, puisque lui aussi, dans les couleurs et les motifs qu'il déploie, raconte le drame. Le "vérisme", cette recherche d'un plus grand naturel, réalisme, voire naturalisme à l'opéra, ce n'est pourtant pas à Mascagni qu'on le doit. "La Traviata" de Verdi, par exemple, qui se jouait sur le fond d'une passion morbide dans un univers bourgeois, avait déjà balisé le terrain. Mascagni ne fut pas l'homme d'une franche rupture, pas plus que Puccini d'ailleurs, tant ces deux-là sont redevables au maître de Busseto. Pourtant, avant Leoncavallo et surtout avant Puccini, Mascagni eut droit le premier à l'étiquette "vériste" en 1890 pour cet opéra, sa seule grande oeuvre d'ailleurs, un véritable manifeste, malgré qu'en ait eu son auteur. Il eut droit à cette étiquette en raison de plusieurs singularités : la brièveté du drame (un seul acte pour à peine plus d'une heure quinze), qui ne fait que renforcer son impact terrible (et le livret est proprement génial dans son économie de moyens) ; un nombre de chanteurs très restreint ; un déroulement de l'action en une seule matinée, quasiment en temps réel (d'où l'importance des nombreux interludes choraux et orchestraux, jamais gratuits, ils marquent les différents moments de la demi-journée) et en un seul lieu (la bonne vieille règle classique, finalement) ; l'adaptation d'une nouvelle de Verga, ancrée dans le contexte très réaliste d'un petit village sicilien, à Pâques, où se déroule un drame de la jalousie qui se conclut par l'assassinat au couteau d'un paysan par un autre, autant dire que le sujet de tragédie est dénué ici de tous ses oripeaux de "grandeur" et de noblesse : c'est du petit peuple qu'il s'agit, et c'est cru, brutal et violent, tout simplement. Ainsi, le soleil de la Méditerranée irrigue de lumière les mélodies inspirées du folklore italien et sicilien, nombreuses dans "Cavalleria...", mais "le soleil devient un violent poison" (ça y est, j'ai cité un groupe de rap français dans une chronique d'opéra italien ! pari gagné !) et la chaleur devient si écrasante qu'elle finit par assommer les personnages (et les auditeurs), à l'image d'un Turiddu à moitié ivre qui sait qu'Alfio l'attend pour une boucherie, conscient qu'il va au suicide ; oui, le soleil rend fou, et son poison circule dans les méandres de cet opéra, qui doit certes son succès à ses formidables mélodies populaires (sérénade de Turiddu avant le lever de rideau, choeur des paysans dans les champs et à l'église, entrée en scène d'Alfio, comptine de Lola, chanson à boire de Turiddu...), mais qui doit sa modernité à ce petit côté malsain qui sourd dans les dialogues : immiscion d'un doute, crises de jalousie et de violence irraisonnées, haine de soi et désespoir de ne pas aimer ou de ne pas être aimé, non-dits et traditions d'une brutalité primitive... c'est cela, moi, que j'ai envie de retenir, vous savez, dans cet opéra où l'on s'embrasse en se mordant l'oreille pour se provoquer en duel. Inspirée de bout en bout, la musique l'est, et pas seulement au niveau d'un lyrisme très italien. Mascagni sut trouver des ressources d'expressivité insoupçonnées pour le jeune compositeur qu'il était à l'époque (27 ans !), lorsqu'une Santuzza bafouée par l'homme qu'elle aime, déchirée, s'explique inutilement avec lui, qu'elle le maudit, puis le trahit... c'est bien autour de ce personnage central que jaillissent les plus douloureux tourments de la partition. De même, la célèbre prière et le non moins célèbre intermezzo ne sont rien comparés à ce final désespéré, où Turiddu s'arrache les plaintes et les regrets les plus amers tout en se doutant qu'il est déjà trop tard. La mort n'est pas annoncée par un chant mais seulement par un ultime cri.

note       Publiée le vendredi 30 décembre 2005

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Arno › mercredi 11 avril 2007 - 12:47 Envoyez un message privé àArno
Sono scomunicaaaaaaataaaa... Faut être un peu ravagée pour chanter Santuzza...
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Arno › dimanche 26 novembre 2006 - 22:23 Envoyez un message privé àArno
Pour ce qui est de l'interprétation, au disque, je n'en connais qu'une version, ma foi fort satisfaisante: Domingo en Turridu (qui est plutôt bon... mais c'est un peu le problème et en même temps la grande qualité de Domingo, c'est qu'il est plutôt bon partout mais rarement génial)... Scotto en Santuzza (qui, elle, est géniale dans ce rôle où il faut se lâcher)... et Levine à la direction du MET, imparable dans ce répertoire...
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Arno › dimanche 26 novembre 2006 - 22:20 Envoyez un message privé àArno
Ce qu'il y a de fort dans les drames véristes en général, c'est cette progression inéluctable vers la mort... Il n'y a plus vraiment de rebondissements comme chez Verdi... Ca commence gentiment... et tout l'opéra est un prétexte à la scène finale... C'est comme un élastique qu'on tend et qu'on relâche à la fin... C'est aussi pour ça que ce genre est fort propice aux opéras courts... (voir aussi Il Tabarro de Puccini...)
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Arno › mardi 17 octobre 2006 - 20:14 Envoyez un message privé àArno
Ca pue la Sicile ce truc... C'est bourrés de thèmes (populaires) magnifiques... c'est le far-west... Y a pas un moment où on s'emmerde... La fin est une des plus ultimes que je connaisse... Et alors, l'orchestration est chatoyante et d'une beauté à couper le souffle...
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heirophant › samedi 31 décembre 2005 - 02:42 Envoyez un message privé àheirophant
yes! thanks a lot boy!