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Leoš Janáček (1854-1928) › La petite renarde rusée

  • 1986 • Decca 417 129-2 • 2 CD

cd 1 • 20 titres • 59:25 min

  • 1Prélude (3:19)
  • ACTE UN
  • 2Dostaneme bouřku (1:23)
  • 3Kmotřenka zakoncertovala si také ? (1:45)
  • 4Mami ! (1:44)
  • 5Pantomime (3:06)
  • 6Na dvoře jezerské myslivny (2:02)
  • 7To čučiš Lapáku !? (2:26)
  • 8Že nevíš, co máme ? (1:06)
  • 9Pantomime (3:34)
  • 10Mělas dělat podlivá mně ! (0:55)
  • 11Hled'te, sestry jakého máte vůdce ! (3:45)
  • ACTE DEUX
  • 12Ach ! (3:56)
  • 13Ano, ve Stráni bude daleko lépe (3:58)
  • 14Domů ? Pro ten šňupec tvého spaní ? (2:17)
  • 15Bud'to mám těžiště pohyblivé (3:03)
  • 16Pomni, abys byl dobrým mužem ! (3:23)
  • 17Bózinku, ten je hezké ! (2:36)
  • 18Kradla jsem ! (3:08)
  • 19Zlatohřbítek, lišák s kroužkovými pesíky (8:25)
  • 20Kdybyste věděli, co já viděla (3:26)

cd 2 • 11 titres • 49:20 min

  • ACTE TROIS
  • 1Déž sem vandroval, mozeka hrála (7:01)
  • 2Běží liška k Táboru (1:49)
  • 3Kolik jsme už měli dětí ? (2:25)
  • 4Nůšu důle ! (3:07)
  • 5A kde otec Pásek ? (3:39)
  • 6To už ne ! (4:59)
  • 7Neříkal jsem to ? (4:50)
  • 8Hoj ! Ale není tu Bystroušky ! (0:58)
  • 9Totok nejsem já (1:12)
  • SUITE ORCHESTRALE
  • 10I Andante (9:03)
  • 11II Andante (10:01)

enregistrement

Sofiensaal, Vienne, Autriche, mars 1981.

line up

Distribution vocale : Dalibor Jedlička (le garde-chasse), Eva Zigmundová (la femme du garde-chasse/la chouette), Vladimir Krejčík (le maître d'école/le moustique), Richard Novák (le curé/le blaireau), Václav Zítek (Harašta, un vagabond), Beno Blachut (Pásek, l'aubergiste), Ivana Mixová (la femme de l'aubergiste/le pic-vert, la poule huppée), Lucia Popp (la renarde bystrouška), Libuše Marová (Lapák, le chien), Gertrude Jahn (le coq, le geai), Eva Hríbiková (Frantík), Zuzana Hudecová (Pepík), Peter Šaray (la grenouille/la sauterelle), Miriam Ondrášková (le grillon), Eva Randová (le renard). Choeur de l'Opéra National de Vienne, Helmut Froschauer (chef du choeur), Choeur d'enfants de Bratislava, Elena Šarajová (directrice du choeur), Pavel Kuchář (répétiteur), Orchestre philharmonique de Vienne, Sir Charles Mackerras (direction).

remarques

L'interprétation de référence pour cet opéra (comme pour tous les opéras de Janáček, d'ailleurs) est celle de Sir Charles Mackerras présentée ici. Prise de son optimale, en plus.
Livret de 170 pages avec plusieurs articles et texte complet tchèque traduit en Français. Le second CD contient une suite orchestrale en deux mouvements que Janáček avait composée d'après les principaux thèmes musicaux de cet opéra.

chronique

Styles
musique classique
moderne
Styles personnels
moderne/opéra

La passion ne se commande pas. Pour parler des opéras de Leoš Janáček, j'aurais sans doute dû commencer par évoquer L'Affaire Makropoulos ou La Maison des morts, plus sombres, forcément (mais somme toute moins expérimentaux). Toutefois, le sujet le plus ambitieux et le plus universel, l'audace théâtrale la plus folle, la musique la plus sublime, c'est dans "La petite renarde rusée" que les trouverez. Après toutes ces années, le frisson qui me parcourt à l'écoute de ses plus beaux moments, le torrent d'émotion qui jaillit à la dernière réplique... tout cela est encore présent, intact. Janáček fut un des plus grands compositeurs d'opéras de la première moitié du vingtième siècle. Son langage musical, sans être révolutionnaire, puise largement dans celui de Wagner (chromatisme, utilisation de leitmotive), mais plus encore dans celui de Richard Strauss (celui de la modernité furieuse de Salomé et d'Elektra) ; en même temps, ses oeuvres, au caractère romantique finissant, sont empruntes d'un lyrisme inconnu aux compositeurs allemands, le plus souvent tiré du folklore national tchèque, et transfiguré par une orchestration d'un raffinement et d'une subtilité bouleversants, extatiques... notamment dans cet opéra, créé en 1924. Le propos en est à la fois fort simple et fort complexe, enfin disons qu'il s'agit d'une allégorie : une petite renarde est capturée par un garde-chasse, qui l'attache pour en faire un animal de compagnie. La renarde, au moment où elle s'endort captive, se transforme en femme durant la nuit, puis reprend sa forme initiale. Le lendemain, elle s'enfuit non sans avoir bouffé quelques poules. Chassant un blaireau de son terrier pour y emménager à sa place en lui pissant dessus, elle rencontre bientôt un renard qui lui fait la cour. Ils se marient devant un pic-vert. Pendant ce temps dans le monde des hommes, le garde-chasse, le curé et l'instituteur s'ennuient un peu, jouent aux cartes à l'auberge, parlent tout seuls sur le chemin du retour, évoquent tous avec nostalgie leurs anciennes amours, notamment celles d'une gitane, Terynka, qui les rendait fous. La renarde, qui entretemps a eu de nombreux enfants, se fait tuer par un braconnier ayant pourtant juré au garde-chasse de se repentir. Beaucoup plus tard, la vie suit toujours son cours au village. Le garde-chasse, en marchant en forêt, se repose au même endroit où il avait capturé la renarde il y a fort longtemps. Il croit la voir et veut s'en saisir à nouveau. Mais l'animal se transforme en grenouille et lui dit que la "vraie" renarde était en fait sa grand-mère. Il y a dans ce récit toute une parabole sur le cycle des saisons et le cycle du temps qui passe, sur la vie et la mort qui se reproduisent sans cesse, sur l'impossiblité de séparer en chacun le bien du mal. Le mélange et l'identification constante qui se font entre le monde des hommes et le monde des animaux évoque aussi une sorte de vision religieuse païenne, panthéïste de l'univers... et le tout au travers d'une histoire qui s'adresse primitivement aux enfants. Oui, raconté comme ça, ça fait con, mais c'est beau à pleurer. Janáček sur ses vieux jours est-il retombé dans le vert paradis des amours enfantines ? Je n'en sais rien. Mais le caractère de naïveté le plus touchant et le plus merveilleusement sublime de sa musique, il le réserve (c'est un signe) au monde des animaux. Sauf peut-être pour les scènes où le garde-chasse apparaît seul dans la forêt (début de l'acte I, fin de l'acte III) quoiqu'il y soit comme en communion avec la nature, et que les animaux y apparaissent dans les mêmes décors que lui. D'ailleurs, nous touchons là un autre point qui rend cette oeuvre unique dans toute l'histoire de l'opéra : la quasi-impossibilité de la mettre en scène d'une manière satisfaisante, sans sombrer dans le ridicule. Jugez plutôt avec le récit détaillé du premier tableau : un ravin ombragé dans une forêt, le garde-chasse s'assied pour se reposer, entrent un grillon et une sauterelle qui dansent avec un minuscule orgue de barbarie, une grenouille veut manger un moustique (je précise que tous les rôles d'animaux doivent être joués et chantés comme ceux des humains), arrivent une grenouille et la renarde, la renarde pense que la grenouille est sa maman, effrayée la grenouille saute sur le nez du garde-chasse qui se réveille furieux, celui-ci voyant la renarde décide de la capturer pour l'emmener chez lui. Tenez compte du fait qu'animaux et humains sont mélangés, que tous jouent et chantent, etc... et vous vous rendrez compte du défi monstrueux pour le metteur en scène. Car en même temps, il faut qu'on y croie, à cette fable, que le compositeur pare, notamment dans ce premier tableau, d'une musique proprement inouïe : jamais le chant de la nature n'avait été composé avec autant de subtilité, de beauté, de mélancolie, chaque pas de danse du moustique est un petit miracle... Dès les pizzicati de l'ouverture, vous serez saisis par cette atmosphère enchanteresse et bucolique. L'acte I entier est un moment mémorable et inégalé, avec ses bruissements de la nature, ses pas de deux animaliers, le caquètement des poules, les harangues politiques ou les jérémiades de la renarde, l'extraordinaire scène de la métamorphose en femme (tableau orchestral d'un lyrisme puissant...) Dans l'acte II, où le blaireau caractérisé par une voix de basse et une démarche militaire cadencée aux timbales se fait virer comme un malpropre, il n'y a pas de plus beaux instants que ceux où la vie des bêtes vient symboliser et transcender, par son exubérance roborative, les grandes étapes et les rituels de passage de la vie humaine. Ainsi la déclaration d'amour du renard, le choeur des animaux de la forêt pour célébrer l'union... tout cela donne lieu à une musique lumineuse, pleine, intense, dont le caractère sacré est tout simplement contenu dans la joie qu'elle procure. Plus dur, le monde des hommes se dévoile par un chant plus heurté ou par des motifs féroces (début de l'acte III et entrée en scène du braconnier), pourtant tout cela finit par se rejoindre. La comptine des petits renards, véritable hymne national, la dernière réplique de la grenouille au garde-chasse, qui clôt l'opéra en apothéose, révèlent un autre secret de la réussite extraordinaire de cette musique : l'utilisation de voix d'enfants. D'autres part, tous les rôles d'animaux sont confiés à des tessitures hautes, excepté celui du blaireau grincheux (double animal du curé, basse) et celui du moustique lubrique (double animal de l'instituteur, ténor). Que dire de plus sur cette parabole musicale fabuleuse (dans tous les sens du terme) et enluminée, dont le caractère novateur n'entache ni l'universalité du propos ni le charme déployé ? Chef-d'oeuvre.

note       Publiée le mercredi 21 décembre 2005

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Note moyenne        3 votes

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Coltranophile › mercredi 29 septembre 2010 - 10:34  message privé !

Cette version est effectivement superbe. Chronique parfaite. C'est vrai que Janacek prend à Strauss et Wagner mais il "allège", se dépare de cette lourdeur orchestrale allemande, rend chatoyant tout en restant profond, lyrique effectivement. Mais une chronique de "De La Maison Des Morts" par le même Mackerras ne serait pas de refus. Fut une époque où ça ne quittait pas ma platine.

Note donnée au disque :       
Trimalcion › jeudi 15 juillet 2010 - 19:46  message privé !
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triste...

Note donnée au disque :       
ericbaisons › jeudi 15 juillet 2010 - 19:05  message privé !

Sir Charles Mackerras est mort du cancer hier. Les amateurs de Janacek et de musique classique dans son ensemble comprendront.

empreznor › vendredi 31 octobre 2008 - 13:14  message privé !

J'ai vu que cet opera a été monté recemment à Paris, je m'y suis pris trop tard helas; j'essaierai de me rattraper avec l'affaire Maquereaupoulos qui sera représenté en mai... Ce compositeur est une perle, et cette chro un chef d'oeuvre bien caché.

dorsia21h › dimanche 21 octobre 2007 - 16:12  message privé !
Janacek est grand...Je conseille quand même pour commencer deux oeuvres plus courtes et tout aussi intenses : les quatuors à cordes.