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The Beatles › The Beatles

cd 1 | 17 titres

  • 1 Back in the U.S.S.R.
  • 2 Dear Prudence
  • 3 Glass onion
  • 4 Ob-la-di, Ob-la-da
  • 5 Wild honey pie
  • 6 The continuing story of Bungalow Bill
  • 7 While my guitar gently weeps
  • 8 Happiness is a warm gun
  • 9 Martha my dear
  • 10 I'm so tired
  • 11 Blackbird
  • 12 Piggies
  • 13 Rocky Raccoon
  • 14 Don't pass me by
  • 15 Why don't we do it in the road
  • 16 I will
  • 17 Julia

cd 2 | 13 titres

  • 1 Birthday
  • 2 Yer blues
  • 3 Mother Nature's son
  • 4 Everybody's got something to hide except me and my monkey
  • 5 Sexy Sadie
  • 6 Helter skelter
  • 7 Long, long, long
  • 8 Revolution 1
  • 9 Honey pie
  • 10 Savoy truffle
  • 11 Cry baby cry
  • 12 Revolution 9
  • 13 Good night

enregistrement

1968

chronique

Styles
pop
rock
Styles personnels
la bible

Ce double-album n'a pas de titre. Sa couverture est blanche. Dessus, en petit, en lettres grises, est simplement inscrit le nom du groupe : "The Beatles". À l'intérieur, environ une heure et demie de musique, la plus renversante heure et demie de pop/rock de l'histoire... On a l'air un peu con, en 2005, lorsqu'on écrit encore sur la musique des Beatles. Parce que, outre qu'il s'agit du plus célèbre et du plus célébré groupe de la planète, innombrables sont les biographes, écrivains, journalistes, critiques, musicologues, exégètes et autres spécialistes de tout poil à s'être penchés sur cette œuvre, à en avoir décortiqué la moindre note, et analysé toutes les répercussions que chacune a pu avoir sur le reste de la musique populaire ("populaire" au sens large, au sens noble, au sens d'universel, oui monsieur). Alors ne m'en veuillez pas, mais comme les Beatles, qui furent à l'origine de mes premiers émois musicaux, et qui ont surtout formé mon oreille à la BONNE musique (qu'ils en soient remerciés), restent mon groupe préféré, je parlerai de ce disque en toute liberté, comme si j'étais le premier à le faire. Et puisqu'il s'agit d'une oeuvre historique, n'hésitons pas à remettre tout ça dans son contexte. Dans la "grande" Histoire, 1968 fut l'année de toutes les contestations et de toutes les révolutions, en France et dans tout le reste de l'Europe occidentale où ont lieu des mouvements similaires à notre "mai 68", aux Etats-Unis où font rage les manifestations contre la guerre du Viêt-Nam, à Prague aussi, où le vent de libération qui souffle au printemps sera finalement étouffé par les Soviétiques. Dans l'histoire de la musique pop, songez que 1968 fut l'année durant laquelle parurent les chefs d'oeuvre de Jimi Hendrix ("Electric Ladyland"), des Rolling Stones ("Beggars Banquet") ou de Leonard Cohen ("Songs of...") ; et que l'année précédente avaient surgi le premier album de Pink Floyd, du Velvet Underground, des Doors... Bref, le moment est CRUCIAL, c'est MAINTENANT que tout se passe. Ce furent bien évidemment, eux, les boys de la cité prolo de Liverpool, qui avaient ouvert le bal avec "Revolver" en 1966, LE disque où ils avaient tout ré-inventé. Stoppant définitivement l'enfer des tournées mondiales, les Fab Four, "plus célèbres que Jésus-Christ", deviennent cet invraisemblable et monstrueux groupe de laboratoire en studio, où ils passent des mois et des mois, entre deux défonces au LSD, à définir les canons du rock de demain - et j'aime mieux vous dire que leurs sentences seront définitives. Ce double album ne peut plus se prévaloir de la grâce juvénile de "Revolver" ni des oripeaux flamboyants de "Sergeant Pepper". En effet, en 1968, les Beatles ne sont déjà plus un groupe ; ils sont en roue libre, partent chacun de leur côté. Pour se ressouder, nos quatre petits gars décident finalement de faire un voyage aux Indes (destination obligatoire pour tous les adeptes du Flower Power à l’époque), où ils sont escroqués par un yogi peu scrupuleux (bien fait pour eux) : en souvenir de cette amère expérience, les paroles ironiques de "Sexy Sadie". Mais cela ne suffit évidemment pas à refaire un groupe dissous par l’arrêt des concerts et par les dissensions intestines. George Harrison est à fond dans son trip musiques indiennes, il pense de plus que son potentiel de compositeur est sous-estimé par Paul et John ; John Lennon n’a d’yeux et d’oreilles que pour cette salope de Yoko Ono, se désintéresse du groupe et attrape des boutons à l’idée de continuer à travailler avec Paul ; Ringo Starr est parti pour de longues vacances (c’est Paul qui joue de la batterie sur "Back in the USSR" car il n’était pas rentré à temps) ; seul Paul McCartney, qui était déjà à l’origine des projets "Sergeant Pepper" et "Magical Mystery Tour", a encore à cœur de maintenir l’unité du groupe. Il sauvera les meubles (et de quelle manière…) avec "Abbey Road", mais il n’y parvient pas pour le "double-blanc", qui prend les apparences d’une collection de chansons disparates, d’un invraisemblable catalogue, ou plutôt d’un recueil encyclopédique : la foire aux Beatles, tout le monde tire dans tous les sens… Alors pourquoi préférer celui-là ? Pour deux raisons essentielles. La première, c’est qu’ici sont renfermées les meilleures compositions des Fab Four, considérées pour elles-mêmes, intrinsèquement, même si elles ne sont plus mises en valeur par l’unité d’une démarche ou d’un concept, ni par la rutilance d’une production au cordeau. Bon, cette première raison reste discutable et l'on pourra encore m’accuser d’être subjectif. La seconde me tient plus à cœur : il y a dans cette heure et demie de musique toutes les extrémités du rock et de la pop qui sont touchées. Ce disque est l’étalon ultime auquel devront se mesurer tous ceux qui prétendront encore avoir "inventé" quelque chose… Par cet aspect fourre-tout qui recouvre une densité, une inventivité incroyables, les Beatles amènent la pop anglo-saxonne non pas (et Dieu merci) au rang de musique "classique", comme a pu le dire un imbécile de journaliste, mais au rang de musique expérimentale. Oui, toutes les extrémités sont atteintes. Pour résumer ma pensée en une formule (ce qu’il faudrait que j’essaye de faire plus souvent) : ce disque est le premier et le dernier, c’est L’ALPHA ET L’OMEGA de la musique pop. Ni refait (malgré les tentatives), ni à refaire (impossible), il sera pourtant le perpétuel horizon de tous ceux qui voudront apporter du neuf à ce genre. D’une manière suprême, les Beatles "salissent" la pop, la rendent impure, la font déborder de tous les côtés, avec une audace indépassée depuis. Ils sont donc à l’origine de toutes ces démarches fusionnelles qui, dans la musique populaire, se fondent sur une accroche mélodique. L’éventail en est si large… Bien sûr, le rock progressif ne serait pas apparu si tôt sans les Beatles ; mais Bowie n’aurait pas pu non plus se grimer en Ziggy Stardust ; pas plus que Stevie Wonder n’aurait pu pondre des recueils aussi extraordinaires que "Innervisions" ou "Songs in the key of life". Aujourd’hui encore, il faudrait être singulièrement dur d’oreille pour ne pas les entendre planer sur les opus de Radiohead, ou ceux de petits malins comme Air ou Beck. Le trip-hop ? Les Beatles. Le rock garage ? Les Beatles. Le néo-prog ? Les Beatles. Le punk ? Les Beatles. La new-wave ? Les Beatles. Les Beatles sont multiformes, les Beatles sont partout. Vous entendez un album de pop génial, qui regorge d’inventions et expérimentations diverses ? Euh… les Beatles auraient pu le faire, non ? Bref, ça a vraiment de quoi tourner à la monomanie. Pour en arriver là, il faut en avoir fait l’exégèse, de cette Bible… Mission impossible… parce que ces types-là ne sont pas que des compositeurs géniaux, ils sont aussi d’une suprême intelligence, et l'on se perdrait à vouloir tout commenter. Il y a du pur rock 'n' roll, primaire, gratuit, pour le plaisir organique le plus bestial, à l'énergie bandante ("Back in the USSR", "Birthday", "Everyboby's got something to hide..."), qui tire sa force du blues ("Why don't we do it in the road ?", "Yer blues"), ou qui invente le hard rock un peu avant Led Zep (le furieux, tonitruant, bruitiste, animal "Helter skelter"). Il y a du théâtre musical, qui fait tournoyer dans un kaléidoscope psychédélique toutes les formes de la musique populaire (la mélodie caricaturale façon ska de "Ob-la-di, Ob-la-da", le portrait délirant et corrosif de "Bungalow Bill" avec son refrain en forme de chorale pour rire, la comédie musicale délicieusement rétro de "Honey pie" ou de "Good night", la country de "Don't pass me by"). Il y a de ces rocks épiques, dramatiques, à la fois simples et complexes, dont les mélodies sublimes, l'engagement, la progression, vous noient sous un torrent d'émotions qui se succèdent ("Dear Prudence", "While my guitar gently weeps", "Happiness is a warm gun", "Rocky raccoon"). Vous le retrouverez aussi, ce caractère infailliblement simple et sublime des ballades, des mélodies les plus évidentes du monde et dont le monde entier peut se saisir ("Blackbird", "Julia", "Mother nature's son", "Long, long, long", "Cry baby cry"). Et puis, le saviez-vous, dans chacune de leurs chansons (dont la durée excède pourtant rarement les trois minutes), les Beatles parviennent à recréer un monde, à faire un portrait subtil, fouillé, raffiné, à installer une atmosphère pour l'éternité. Eux seuls sont capables de chanter, déjà, leur propre mythe ("Glass onion"), de faire en trois couplets la meilleure satire au vitriol ("Piggies"), de dire l'amour simple ("I will"). Ils ne se refusent rien, aucune audace sonore, pas plus sur le grinçant et distordu "Wild honey pie" que sur le fameux "Revolution 9", premier essai de musique concrète "pure" figurant sur un grand album de pop. Bon, ce n'est peut-être pas du Pierre Henry, mais il fallait le faire, bon sang, au milieu de cette collection de diamants de la musique populaire. Combien savaient que cela existait au moment où ils ont entendu ça ? Le plus célèbre groupe du monde qui donne dans l'avant-garde électro-acoustique, mais il n'y a que dans les sixties que ce genre de choses était envisageable... Oui, car nous étions encore au temps de l'innocence. En ré-écoutant cette musique, on le regrette, ce temps que l'on n'a même pas connu, parce qu'il fut peu après définitivement perdu : si les années 1960 restent bénies dans le rock et le jazz, c'est que l’on croyait encore que la musique pouvait changer le monde. Mais dès les années 1970, le cynisme prendra le pas. La musique des Beatles restera donc une éternelle source de jouvence, à laquelle il faudra toujours, et régulièrement, venir se ressourcer.

note       Publiée le dimanche 23 octobre 2005

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Aladdin_Sane › mercredi 14 novembre 2018 - 12:58  message privé !

Quelqu'un a jeté une oreille sur l'édition du 50ième anniversaire qui vient de sortir ? Ça a l'air énorme (dans tous les sens du terme).

bubble › jeudi 16 novembre 2017 - 14:19  message privé !

la

stankey › mercredi 22 juillet 2015 - 12:00  message privé !

Le disque d'une vie...un chef d'oeuvre qui a encore bien des décennies à traverser. Qu'on ne vienne plus me parler de ces sois-disant rois de la Pop alors que Mc Cartney est encore vivant.

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taliesin › mardi 23 juin 2015 - 07:37  message privé !

Du bon et du moins bon dans ce gros fourre-tout... et du très bon aussi ! Et puis 2-3 titres qui me marquent particulièrement, dans le sens où ils creusent un sillon que vont suivre des groupes "plus contemporains" qui font partie de mes favoris (notamment "Wild Honey Pie", qui pourrait aisément figurer sur le 'Commercial Album' des Residents, ou bien, évidemment, "Revolution 9" qui m'évoque les débuts de Nurse with Wound !). Ah oui, aussi, si vous avez l'occasion d'écouter la "reprise" de 'Happiness is a warm gun' par Psychic TV (sous le titre "Jump thee gun", me semble-t-il), ça vaut le coup d'oreille !

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dariev stands › lundi 13 octobre 2014 - 10:00  message privé !
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http://vimeo.com/95681569 . Cher Kronh, je te laisse envoyer cette vidéo "sans l'appui" du studio à Scaruffi pour qu'il se fasse une opinion, pour que tu puisses à ton tour en avoir une.

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