Les objets chroniqués

Vous êtes ici › Les groupes / artistesAJohn Adams (b.1947) › El Niño

John Adams (b.1947) › El Niño

  • 2001 • Nonesuch 7559-79634-2 • 2 CD

24 titres - 111:24 min

  • DISC ONE/PART ONE - 1/ I sing of a maiden (6:20) - 2/ Hail, Mary, gracious ! (4:48) - 3/ La Anunciación (9:34) - 4/ For with God no thing shall be impossible (1:15) - 5/ The babe leaped in her womb (3:30) - 6/ Magnificat (3:23) - 7/ Now she was sixteen years old (3:20) - 8/ Joseph's dream (4:32) - 9/ Shake the heavens (5:53) - 10/ Se habla de Gabriel (8:26) - 11/ The Christmas star (6:45) - DISC TWO/PART TWO - 1/ Pues mi dios ha nacido a penar (4:36) - 2/ When Herod heard (2:28) - 3/ Woe unto them that call evil good (4:22) - 4/ And the star went before them (2:25) - 5/ The three kings (5:26) - 6/ And when they were departed (1:11) - 7/ Dawn air (4:22) - 8/ And he slew all the children (1:43) - 9/ Memorial de Tlatelolco (9:12) - 10/ In the day of the great slaughter (3:21) - 11/ Pues está tiritando (3:35) - 12/ Jesus and the dragons (2:49) - 13/ A palm tree (7:57)

enregistrement

Théâtre du Châtelet, Paris, France, décembre 2000.

line up

Terry Edwards (direction), Lorraine Hunt Lieberson (mezzo soprano), Dawn Upshaw (soprano), Willard White (baryton), Theatre of voices, Paul Hillier (direction), London voices, Deutsches Symphonie-Orchester Berlin, Kent Nagano (direction).

remarques

chronique

Styles
musique classique
contemporain
Styles personnels
contemporain/opéra

Voici un disque qui traîne sur ma platine depuis des mois, je l'écoute de temps en temps, mais je ne sais toujours pas ce qu'il faut en penser. Les représentations au théâtre musical du Châtelet à Paris, en décembre 2000 (commande pour fêter l'entrée dans le troisième millénaire) m'avaient fortemement impressionné. Pour la circonstance, John Adams et son complice de toujours, le metteur en scène avant-gardiste américain Peter Sellars, avaient conçu un livret sur un thème de circonstance, celui de la Nativité. Il s'agit d'un oratorio mêlant à des extraits des Evangiles de Matthieu, de Luc, et de textes apocryphes, des poèmes mystiques d'Hildegard von Bingen, de Sor Juana Inés de la Cruz... ainsi que des textes contemporains de poétesses latino-américaines chantés en espagnol (Rosario Castellanos, Gabriela Mistral), entre autres. Ces diverses sources sont exploitées de manière à ce que la narration du miracle de la naissance se fasse de manière progressive, depuis l'annonce divine de Gabriel jusqu'à l'adoration suscitée par le nouveau-né. Bien entendu, ce thème sacré comporte des résonnances modernes, notamment à travers les textes sublimes de Rosario Castellanos, qui évoquent aussi bien les souffrances de l'enfantement et la difficulté d'élever un enfant dans la pauvreté, que les révoltes sanglantes de Mexico en 1968 qui acquièrent une dimension universelle. Sur cette thématique très riche et ambitieuse, les installations de Peter Sellars faisaient merveille : projections en vidéo d'images d'archives évoquant des épisodes tragiques de l'histoire du XXème siècle, austérité des décors et des costumes, chorégraphie très moderne, tableaux vivants... Sur scène, avec le choeur, seuls trois solistes portent sur leurs épaules ces deux heures de musique (dont la fameuse soprano américaine Dawn Upshaw) ; et dans la fosse, il y a Kent Nagano... Je restais donc sur un souvenir plutôt éblouissant de cette représentation historique, abondamment relayée à l'époque par de nombreux media, fait rare pour ce genre de manifestation : John Adams était devenu une véritable icône de pop-art musical, et Peter Sellars, dans un français presque parfait, se répandait dans les interviews sur le choix des textes, les échos entre les thèmes intemporels du livret et le choix de ses images, la tragédie de ces latinos-américains qui essayaient de passer en fraude la frontière des Etats-Unis pour échapper à la misère, leur vie dans cette Californie si chère aux auteurs de cette oeuvre, et dont ils apprécient bien évidemment les nouveaux éléments de culture hispanophone dus à une immigration importante. Pourtant, l'écoute du disque seul s'avère quelque peu décevante. Peut-être à cause de la pauvreté, enfin disons du minimalisme de l'orchestration, malgré la présence de synthétiseurs et de guitares acoustiques (histoire de donner quelques colorations plus hispanisantes) ; à cause aussi d'une certaine platitude, "mollesse" rythmique inhabituelle chez John Adams, que ne vient pas compenser le travail mélodique. Depuis 10 ans, le compositeur ne s’est guère renouvelé. Il y a toutefois quelques moments d'éclat : le puissant choeur "For with God no thing shall be impossible", la fureur sacrée de "Shake the Heavens", le formidable final fugué de la première partie. Dans la seconde partie, qui s'ouvre avec l'émouvante aria accompagnée des choeurs "pues mi dios ha nacido a penar", viennent d'autres moments impressionnants : la colère d'Hérode (avec les scratchs des percussions), et bien sûr le "Memorial de Tlatelolco" qui concentre en lui les siècles de violence qui ont vu naître la civilisation "moderne" sur le continent américain : "La oscuridad engendra la violencia y la violencia pide oscuridad para cuajar en crimen..." (L'obscurité engendre la violence et la violence exige l'obscurité pour se coaguler en crime) - mis en parallèle avec la fureur divine de l'Ancien Testament. Globalement, je suis plus intéressé par l'aspect poétique de l'oeuvre (et en particulier par les textes de Castellanos, qui apparaissent souvent aux moments les plus intenses, dont le final et sa "poesía"), que par sa musique, qui, trop linéaire et univoque, s'efface très vite de la mémoire de l'auditeur.

note       Publiée le dimanche 14 août 2005

réseaux sociaux

tags

Vous devez être connecté pour ajouter un tag sur "El Niño".

notes

Note moyenne        1 vote

Vous devez être membre pour ajouter une note sur "El Niño".

commentaires

Vous devez être membre pour ajouter un commentaire sur "El Niño".

Trimalcion › jeudi 3 décembre 2009 - 17:08  message privé !
avatar

À vrai dire, je ne me tiens même plus au courant de l'actualité de John Adams, mais oui, il va falloir que je me rattrape, d'autant plus que je suis pas loin de chez lui maintenant...

Note donnée au disque :       
Arno › jeudi 3 décembre 2009 - 11:10  message privé !

Trimalcion, tu devrais te pencher sur Doktor Atomic... Le monologue d'Oppenheimer qui clôt le premier acte est renversant...