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Henri Dutilleux (b. 1916) › Symphonies n° 1 et 2 / Pièces pour orchestre / Musique de chambre

  • 1994 - Erato, 0630-14068-2 (3 cd)

48 titres - 192:20 min

  • CD 1 - SYMPHONIE N° 1 (29:52) - 1/ Passacaille (7:41) - 2/ Scherzo molto vivace (5:27) - 3/ Intermezzo (6:15) - 4/ Finale, con variazioni (10:24) - SYMPHONIE N° 2 (28:28) - 5/ Animato, ma misterioso (7:19) - 6/ Andantino sostenuto (9:25) - 7/ Allegro fuocoso (11:25) - CD 2 - MYSTERE DE L'INSTANT (14:59) - 1/ 1. Appels (1:59) - 2/ 2. Echos (1:23) - 3/ 3. Prismes (1:26) - 4/ 4. Espaces lointains (1:34) - 5/ 5. Litanies (1:43) - 6/ 6. Choral (0:56) - 7/ 7. Rumeurs (1:03) - 8/ 8. Soliloques (1:05) - 9/ 9. Métamorphoses (sur le nom de SACHER) (2:32) - 10/ 10. Embrasement (1:17) - METABOLES (15:55) - 11/ 1. Incantatoire (Largamente) (2:54) - 12/ 2. Linéaire (Lento moderato) (3:02) - 13/ 3. Obsessionnel (Scherzando) (3:00) - 14/ 4. Torpide (Andantino) (2:50) - 15/ 5. Flamboyant (presto) (3:56) - TIMBRE, ESPACE, MOUVEMENT ou "LA NUIT ETOILEE" (15:02) - 16/ 1. Premier mouvement ("Nébuleuse") (7:52) - 17/ 2. Deuxième mouvement ("Constellations") (6:57) - LES CITATIONS (12:41) - 18/ I. For Aldeburgh 85 (4:20) - 19/ From Janequin to Jehan Alain (8:12) - CD 3 - SONATE (22:52) - 1/ Allegro con moto (6:47) - 2/ Lied (6:04) - 3/ Choral et variations (9:56) - FIGURES DE RESONANCES (6:44) - 4/ I (1:12) - 5/ II (1:08) - 6/ III (2:11) - 7/ IV (1:43) - 3 PRELUDES (13:07) - 8/ D'ombre et de silence (2:51) - 9/ Sur un même accord (3:14) - 10/ Le jeu des contraires (6:37) - 3 STROPHES SUR LE NOM DE SACHER (8:47) - 11/ I. Un poco indeciso (3:19) - 12/ II. Andante sostenuto (2:40) - 13/ III. Vivace (2:34) - "AINSI LA NUIT" (17:04) - 14/ (Introduction) I. Nocturne (3:10) - 15/ Parenthèse 1 II. Miroir d'espace (2:06) - 16/ Parenthèse 2 III. Litanies (2:39) - 17/ Parenthèse 3 IV. Litanies 2 (3:51) - 18/ Parenthèse 4 V. Constellations VI. Nocturne 2 VII. Temps suspendu (5:03) - 2 SONNETS DE JEAN CASSOU (6:51) - 19/ "Il n'y avait que des troncs déchirés" (2:05) - 20/ "J'ai rêvé que je vous portais entre mes bras" (4:34)

enregistrement

Paris, France. "Symphonies n° 1 et 2" : salle Pleyel, janvier et février 1987 ; CD 2 : Studio 103, Radio France, "Mystère de l'instant" en septembre 1990, "Métaboles" et "Timbre, espace, mouvement" en juillet 1982, "Les citations" en octobre 1992 ; CD 3 : Auditorium des Halles, "Sonate", "Figures de résonances", "3 préludes", "3 strophes sur le nom de SACHER" en décembre 1988, "Ainsi la nuit" en juin 1991, "2 sonnets de Jean Cassou" en novembre 1993.

line up

"Symphonies n° 1 et 2" : orchestre de Paris, Daniel Barenboïm (direction). "Symphonie n° 2" : Philippe Haiche, Joseph Ponticelli (violon), Jean Dupouy (alto), Etienne Péclard (violoncelle), Michel Benet (hautbois), Pascal Moragues (clarinette), André Sennedat (basson), André Chpelitch (trompette), Yves Demarle (trombone), Jacques Rémy (timbales), Richard Siegel (clavecin). "Mystère de l'instant" : Collegium Musicum Zürich, Paul Sacher (direction). "Métaboles" et "Timbres, Espace, Mouvement" : Orchestre national de France, Mstislav Rostropovitch (direction). "Les citations" : Maurice Bourgue (hautbois), Huguette Dreyfus (clavecin), Bernard Cazauran (contrebasse), Bernard Balet (percussion). "Sonate" et "3 préludes": Geneviève Joy (piano). "Figures de résonances" : Geneviève Joy et Henri Dutilleux (pianos). "3 strophes sur le nom de SACHER" : David Geringas (violoncelle). "Ainsi la nuit" : quatuor Sine Nomine : Patrick Genet, François Gottraux (violons), Nicolas Pache (alto), Mars Jaermann (violoncelle). "2 sonnets de Jean Cassou" : Gilles Cachemaille (voix, baryton), Henri Dutilleux (piano).

remarques

Les œuvres de Dutilleux connaissent à présent de très nombreuses interprétations, preuves de la fécondité de sa musique. Ce coffret de 3 CDs a été édité spécialement par Erato, qui a rassemblé différents extraits de son catalogue, à l'occasion des quatre-vingts ans du compositeur. Les interprétations qui y figurent ont toutes reçu son approbation.

chronique

Styles
musique classique
contemporain
Styles personnels
contemporain/hédonisme abstrait

Entreprendre pareille chronique pourrait à bon droit sembler prétentieux... Résumer en quelques lignes l'essentiel de l'oeuvre du compositeur vivant qui est (avec Ligeti peut-être) le plus célèbre et le plus joué de la planète ? Je commencerai par dire qu'Henri Dutilleux est français ; non pas par chauvinisme, rassurez-vous, mais parce qu'on ne peut parler de la musique qu'il représente sans se référer à ses glorieux prédécesseurs qui ont tant contribué à construire l'esthétique moderne au XXème siècle, mais sans vouloir de rupture radicale avec le passé. De la musique française, donc. Autant la France, dans l'Histoire de la musique, semble faire pitoyable figure au XIXème siècle, écrasée qu'elle est par le romantisme germanique, qui de Beethoven à Wagner, en passant par Schubert, Schumann, Brahms, Bruckner, Mahler et bien d'autres encore, domine son époque ; autant un nouvel "impressionnisme" musical, né à la fin du XIXème siècle et au début du XXème, aura fait de Debussy et de Ravel des figures cruciales, dont l'héritage, sous des formes diverses, se fera ensuite sentir chez Messiaen, Boulez, ou Dutilleux, qui contribueront à faire de la musique contemporaine française une des plus prestigieuses. Dutilleux, qui commence véritablement à devenir célèbre à partir des années 1950, ne fait pas partie de l'avant-garde de son époque, mais récuse également toute forme d'académisme ou de traditionalisme musical : comme Messiaen, c'est donc un "marginal". Il partage avec Lutoslawski cet attachement à la rigueur formelle dans chacune de ses compositions, ainsi que cette extrême précision dans l'orchestration, dans la manière avec laquelle il sculpte les timbres de l'orchestre. Toutefois, il n'y a pas cet aspect tragique que l'on trouve dans l'oeuvre du Polonais. Non, je serais plutôt tenté de le rapprocher, dans l'esprit, avec le Toru Takemitsu dernière période : une espèce de fascination pour le mystère du son, des frémissements nocturnes et oniriques de l'orchestre, de l'extase provoquée par la moindre vibration des cordes. Une rêverie musicale avec tout le confort moderne, composée avec une telle précision et un tel raffinement, qu'elle possède une durée de vie quasiment illimitée. Le présent coffret rassemble l'essentiel de l'oeuvre du compositeur, de 1948 à 1995. Ne manquent à l'appel que les concertos pour violoncelle et pour violon. Un nombre très limité de pièces - mais chacune est primordiale. A commencer par les deux symphonies, datant l'une de 1951 et l'autre de 1959. La symphonie n° 1 est à rapprocher du concerto pour orchestre de Lutoslawski, où la sauvagerie aurait fait place à un côté plus méditatif, voire métaphysique (Pialat s'est servi de cette symphonie pour son film "Sous le soleil de Satan", d'après l'oeuvre de Bernanos). La passacaille qui débute cette pièce (thème répété dans les basses, sur lequel se greffe tout le reste) vous rappellera d'ailleurs sans doute quelque chose. La manière dont le thème, unique, passe par toutes les familles d'instruments, est renversante. Pareil pour le perpetuum mobile qui suit, et les variations finales... combien de temps vous faudra-t-il pour comprendre, pour assimiler, la richesse, la densité de cette musique, la science du timbre, les fourmillements incessants des cordes, le scintillement subtil des cuivres et des percussions, le babil des bois, qui enrobent cette musique modale ou atonale de dix tissus sonores différents à la minute, vous donnant le vertige ? La seconde symphonie met en jeu un orchestre de chambre plus réduit (mais comprenant un clavecin), qui répond au "grand" orchestre (d'où son sous-titre : "Le double"). Plus difficile d'accès, de par son caractère plus chromatique encore que la première, elle n'en demeure pas moins fascinante : accrochez-vous simplement à la phrase scandée par la clarinette tout au long du premier mouvement, aux circonvolutions du violoncelle dans le deuxième, ou aux appels primitifs des timbales et du xylophone dans le troisième... et le reste viendra naturellement. Le deuxième disque rassemble des pièces plus courtes et plus récentes. Que dire de "Mystère de l'instant", dont le titre seul résume assez bien le caractère de l'ensemble de l'oeuvre de Dutilleux ? Cordes et percussions pourraient rappeler par leur couleur une célèbre pièce de Bartok... toutefois, la comparaison s'arrête là. Ce qui est évoqué ici, ce sont des envols d'oiseaux, mille bruits qui s'entremêlent doucement dans une nature presque silencieuse, et qui d'un coup devient sourdement hostile : les clusters des cordes, l'emploi du pizzicato, le timbre inattendu d'un cymbalum, les brusques effets de masse... Il faut là encore se laisser saisir. Avec les "Métaboles", nous plongeons encore plus avant dans l'abstraction formelle pour la fête des sons et le plaisir des sens, avec la mutation progressive d'un thème initial, qui est successivement traité par chaque famille d'instruments. "Timbre, espace, mouvement" joue sur le contraste entre les timbres employés, en l'absence de violons et d'altos dans l'orchestre, le tout inspiré par une toile de Van Gogh (car c'est très souvent de la peinture ou de la poésie que naissent les idées musicales chez Dutilleux, comme l'attestent également "Ainsi la nuit" ou "Tout un monde lointain"). Autre chef d'oeuvre absolu, la fameuse ‘Sonate’ pour piano (1948), qui nous plonge dans un brouillard profond, déformant toutes les perspectives, dont les thèmes rappellent tout aussi bien les Préludes de Debussy qu'un jazz modal avant la lettre, mais qui se démarque par son caractère formellement complexe - tout en se dérobant à l'analyse. Les tourbillons de l'allegro, le chant triste mais circonspect du lied, les incantations oniriques du finale, qui jouent des registres les plus extrêmes de l'instrument... Une des pièces les plus importantes du genre au XXème siècle. Dans la musique de chambre de Dutilleux me touchent aussi particulièrement les "deux sonnets de Jean Cassou", poète français méconnu, mis en musique par le compositeur, qui a choisi deux sonnets de caractères très différents, l'un décrivant un cauchemar, l'autre une figure amoureuse - et qui sait admirablement jouer de cette opposition dans chaque mélodie (chantée par le baryton suisse Gilles Cachemaille). Bon, je passerai plus rapidement sur la suite. Les "Figures de résonances" sont des études purement formelles (quoique...) sur les possibilités sonores du piano. Il en va de même pour les "Préludes", bien que ceux-ci puissent être plus facilement écoutés en fermant les yeux et en se laissant emporter. Plus expérimentales encore, les "3 strophes sur le nom de SACHER" pour violoncelle seul ainsi que le quatuor "Ainsi la nuit" sont des pièces par lesquelles Dutilleux s'est rapproché de l'avant-garde sérielle, tout en ayant à coeur de conserver le caractère aventureux et "explorateur de timbres" de son langage. Ha, une dernière précision encore (pour ceux qui ont eu le courage de lire cette chronique jusqu'au bout), l'art d'Henri Dutilleux peut sembler difficile. Alors écoutez beaucoup d'autres choses avant, prenez votre temps pour l'aborder, puis pour l'apprécier à sa juste mesure, qui est, aujourd'hui, universellement reconnue, faisant de lui d'ores et déjà un "classique".

note       Publiée le dimanche 22 mai 2005

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Solvant › mercredi 7 mars 2007 - 00:09  message privé !
L'"hédonisme abstrait". Whahhhooou !!
Tango Mago › mercredi 28 juin 2006 - 21:24  message privé !

Le trouble profond que procure l'écoute de la musique d'Henri Dutilleux reste pour moi sans équivalent notoire. Ni noirceur, ni mélancolie, ni tristesse, mais plutôt inconfort, déracinement et gravité. Dans un registre plus éclatant, on peut aussi s'envoyer les « Métaboles ».

Tango Mago › vendredi 25 novembre 2005 - 18:35  message privé !

Dutilleux à coté de suicide, pouvait-on faire mieux en matière de grand écart ?

Arno › vendredi 18 novembre 2005 - 15:30  message privé !
Sur une de ses dernières pièces (The Shadows of Time), j'ai l'impression que le monsieur a été influencé par Elend... ;)
Note donnée au disque :       
Arno › mercredi 16 novembre 2005 - 18:09  message privé !
Je ne sais pas si vous connaissez "Prière pour nous autres charnels", mélodie pour baryton, ténor et orgue, dont Dutilleux a fait une magnifique orchestration... C'est une des plus belles mélodies que je connaisse, dans un style début XXème caractéristique, délicat, rêveur, suave, lumineux et triste à la fois...
Note donnée au disque :