Les objets chroniqués

Vous êtes ici › Les groupes / artistesTThe Jazz Composer's Orchestra › S/t

The Jazz Composer's Orchestra › S/t

  • 1968 - Jcoa, 841 124-2 (1 cd)

cd | 6 titres

  • 1 Communications #8 [14:03]
  • 2 Communications #9 [8:14]
  • 3 Communications #10 [13:42]
  • 4 Preview [3:29]
  • 5 Communications #11, Pt. 1 [15:32]
  • 6 Communications #11, Pt. 2 [18:14]

enregistrement

RCA Victor's Studio B, New York City, USA, janvier - mai - juin 1968

line up

Gato Barbieri (saxophone ténor), Ed Blackwell (batterie), Carla Bley (piano), Randy Brecker (flugelhorn), Kent Carter (contrebasse), Ron Carter (contrebasse), Don Cherry (trompette, cornet), Larry Coryell (guitare), Bob Cunningham (contrebasse), Andrew Cyrille (batterie), Charles Davis (saxophone baryton), Richard Davis (contrebasse), Charlie Haden (contrebasse), Beaver Harris (batterie), Jack Jeffers (trombone), Howard Johnson (tuba), Reggie Johnson (contrebasse), Jimmy Knepper (trombone), Steve Lacy (saxophone soprano), Jimmy Lyons (saxophone alto), Michael Mantler (arrangeur), Bob Northern (cor anglais), Roswell Rudd (trombone), Pharoah Sanders (saxophone ténor), Alan Silva (contrebasse), Steve Swallow (contrebasse), Lew Tabackin (saxophone ténor), Cecil Taylor (piano), John Tchicai (saxophone alto), Julius Watkins (cor anglais), Reggie Workman (contrebasse), George Barrow (saxophone ténor), Bob Donovan (saxophone alto), Stephen Furtado (flugelhorn), Al Gibbons (saxophone soprano), Eddie Gomez (contrebasse), Gene Hull (saxophone alto), Steve Marcus (saxophone soprano), Lloyd Michels (flugelhorn), Frank Wess (saxophone alto)

chronique

Styles
jazz
Styles personnels
free jazz

Les quelques personnes que cela intéresse doivent savoir qu'il ne s'agit pas ici du premier disque du Jazz Composer's Orchestra, mais bien de sa réalisation la plus notable. Ce projet de grand orchestre free mis sur pied par le fraîchement débarqué Michael Mantler connaît ses premiers faits d'armes dès 1965 sur un disque publié par l'écurie Fontana. Déjà, il réunit autour de lui la crème du mouvement dans le but avoué de permettre à ces grands solistes de s'exprimer dans un cadre élargi sur des plages aux thèmes extensibles. En soi, une initiative dont la démarche semble opportuniste, se contentant d'ajouter un exposant deux aux sessions du "Ascension" de John Coltrane. C'est tout de même entre vingt et trente musiciens qui évoluent ici, et non des moindres, donnant une assise plus respectable à une grammaire pourtant toujours aussi décriée. Mantler, en digne européen, théorise donc le concept de liberté véhiculé jusqu'ici dans une anarchie bon enfant et fait pénétrer le sang neuf et fougueux du free jazz dans les partitions millimétrées des compositions classiques modernes. En juste retour des choses, son travail va influer sur les oeuvres à venir d'un grand nombre de ces contemporains ; songez à Alan Silva, par exemple, qui, lui, effectuera le chemin inverse, en allant s'exiler en Europe. Ce monumental album, autrefois double - et qu'il eut été tout simplement impardonnable de ne pas rééditer en cd - s'articule autour de diverses variations du thème "Communications", mettant en vedette sur chaque titre un soliste en particulier. C'est Don Cherry et Gato Barbieri qui ouvrent le bal sur le premier exposé. L'argentin, que l'on retrouvera dans d'autres productions de Michael Mantler ou Carla Bley par la suite, ne semble pas spécialement à la fête, peinant peut-être à se faire de la place sur un background trop abstrait pour son tempérament latin. A l'inverse, Don Cherry qui s'était déjà préparé à cela au travers de ses deux dates Blue Note ("Complete Communion" et "Symphony for Improvisers") surprend toujours autant par la puissance de son souffle lyrique. Le guitariste Larry Coryell apparaît au générique de "Communications#9" ; il abandonne très vite le format jazz traditionnel hérité de René Thomas pour se livrer pendant près de dix minutes à une séance sauvage de larsens sur fond d'orchestration contemporaine, comme l'attestent les photographies du livret. Inutile d'aller chercher plus loin les raisons de la passion avouée de Thurston Moore (Sonic Youth) pour le free jazz… Sur "Communications#10", c'est au tour du tromboniste Roswell Rudd de faire son entrée. L'interaction entre une partition toujours plus ténébreuse et la profondeur du tromboniste, qui n'a jamais sonné aussi tourmenté, font marcher la cinématique plein pot. Dommage que la seule contribution de Pharoah Sanders soit limitée aux trois minutes de "Preview" ; comme à son habitude, le ténor explose tout sur son passage. Mais on peut aussi se demander s’il eut été raisonnable de le faire cracher ses poumons pendant plus de vingt minutes avec la même virulence... Enfin, justifiant pleinement sa place en haut de l'affiche, le pianiste Cecil Taylor enchaîne les deux parties du chaotique "Communications#11", bande son à peine croyable d'un monde qui s'écroule sous nos yeux. Le maître absolu du piano free jazz poursuit son exploration du rythme et de la mélodie dans un contexte où il est particulièrement à l'aise. L'orchestration joue rarement sur les registres élevés, maintenant un grondement sourd et inquiétant d'où s'échapperont quelques explosions de cuivres, comme l'annonce d'un nouveau rebondissement dans le film de la catastrophe. Un disque important, donc, même si on pourra reprocher à Mantler, et à Bley très prochainement, l’instrumentalisation d’une idéologie musicale qui par définition devrait jouer hors cadre.

note       Publiée le samedi 14 mai 2005

partagez 'S/t' sur les rseaux sociaux

ajoutez des tags sur : "S/t"

Vous devez être membre pour ajouter un tag sur "S/t".

ajoutez une note sur : "S/t"

Note moyenne :        5 votes

Vous devez être membre pour ajouter une note sur "S/t".

ajoutez un commentaire sur : "S/t"

Vous devez être membre pour ajouter un commentaire sur "S/t".

SEN › vendredi 6 avril 2018 - 22:13  message privé !

Putain de line up de fou mais là en l'espace de quelques années y'a plus grand monde de vivant...

Note donnée au disque :       
SEN › samedi 2 juillet 2016 - 20:49  message privé !

Une Tuerie, je parle même pas du Line-Up tellement il est fabuleux !

Note donnée au disque :       
Seb de Super › lundi 29 juin 2009 - 14:07  message privé !

OK, merci je vais jeter une oreille la dessus. Herbie Mann j'ai deja Stone flute avec Sonny Sharrock mais je suis pas trop fan, a voir si avec 3 guitares c'est mieux.

Coltranophile › lundi 29 juin 2009 - 11:41  message privé !

Je viens de raconter une connerie: il y a un Gary Burton que je connais, "A Genuine Tong Funeral" mais qui est en tentet avec Mantler d'ailleurs et Carla Bley; l'influence de carla est décisive sur ce disque fortement recommandé mais qui n'est pas le plus recommandé pour découvrir le jeu de Coryell.

Note donnée au disque :       
Coltranophile › lundi 29 juin 2009 - 11:22  message privé !

@Seb: je ne suis pas un grand connaisseur de Coryell et pour moi Eleventh House a très mal vieilli (j'ai même récemment réécouté leur premier disque et ça n'a pas fait le voyage d'après moi). Je ne connais q'une partie de ses disques Vanguard et je ne connais aucun de ses disques avec Gary Burton au début de sa carrière mais j'ai un assez bon souvenir de quelques disques (à part celui-ci que j'adore): le fameux et kitchouille "Memphis Underground" de Herbie Mann où il côtoie Sonny Sharrock dont son jeu se rapprochait beaucoup à l'époque, "The Dealer" de Chico Hamilton et "The Restful Mind" avec ce qui était le groupe Oregon avec lui. "Spaces" avec McLaughlin et Corea s'en tire plutôt bien, c'est moins marqué que je ne l'aurais pensé même si c'est bien d'une certaine façon la réunion de Eleventh House/Mahavishnu/Return. Je dois encore découvrir "Coryell", "Lady Coryell" (avec Elvin Jones et Garrison), "Barefoot Boy" et "Planet End".

P.S: pour les amateurs de Mantler, ce disque a été précédé de deux disques Fontana (fort difficiles à trouver malheureusement); "Communication" avec le JCOA en 65 et en quintet sur "Jazz Realities" avec Steve Lacy, Carla Bley, Kent Carter et Aldo Romano.

Note donnée au disque :