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Witold Lutoslawski (1913-1994) › Musique funèbre / Chaîne II-Interlude-Partita / Symphonie n° 4

  • 1996 • Naxos 8.553202 • 1 CD

15 titres - 76:55 min

  • MUSIQUE FUNEBRE pour cordes
  • 1/ Prologue (4:11)
  • 2/ Métamorphoses (4:35)
  • 3/ Apogeum (0:40)
  • 4/ Epilogue (4:03)
  • CHAINE II : dialogue pour violon et orchestre
  • 5/ Ad libitum (4:01)
  • 6/ A battuta (5:22)
  • 7/ Ad libitum (5:28)
  • 8/ A battuta-ad libitum-a battuta (4:22)
  • 9/ INTERLUDE (6:24)
  • PARTITA pour violon et orchestre
  • 10/ Allegro giusto (4:35)
  • 11/ Ad libitum (0:58)
  • 12/ Largo (6:14)
  • 13/ Ad libitum (0:48)
  • 14/ Presto (4:11)
  • 15/ SYMPHONIE N° 4 (20:38)

enregistrement

Salle de concert de la radio polonaise, Katowice, Pologne, du 19 au 22 décembre 1994.

line up

Orchestre symphonique de la radio nationale polonaise, Antoni Wit (direction), Krzysztof Bakowski (violon solo sur "Chaîne II" et "Partita").

remarques

Il s'agit du premier volume de l'intégrale de l'oeuvre pour orchestre de Lutoslawski par Antoni Wit, parue chez Naxos. Cette édition est une véritable aubaine : c'est une intégrale récente (la seule complète que je connaisse), enregistrée par un orchestre et un chef polonais rompus à ce répertoire. Antoni Wit tire de sa phalange des sons d'une beauté et d'une précision inouïes. Le tout sous un label "économique", mais qui ici ne le cède en rien à la qualité. Sans concurrence.

chronique

Styles
musique classique
contemporain
Styles personnels
contemporain/musique sérielle/chaîne

Bon, je me suis bien amusé en parlant de musique répétitive ou de musique électro-acoustique, maintenant, il est temps de passer aux choses sérieuses… Witold Lutoslawski... le nom ne vous dit peut-être rien. C'est pourtant un des compositeurs les plus importants de la deuxième moitié du XXème siècle. Se tenant en marge des avant-gardes de son époque, mais sans toutefois les ignorer, il a su se forger, au fil des décennies, un langage musical qui n'a appartenu qu'à lui. C'est en outre un orchestrateur génialissime, à n'en pas douter le plus doué de son époque avec Henri Dutilleux, avec qui il partage d'ailleurs plus d'un point commun. Jusqu'au milieu des années 1950, le compositeur polonais s'inscrit encore dans une veine plus ou moins "néo-classique" en s'inspirant du folklore de son pays, mais en se référant également à Bartok. Puis il se laisse gagner par les influences de la musique sérielle "découverte" par Schönberg, et de la musique aléatoire de John Cage. Enfin, après avoir digéré tout ça, il en ressort une technique de composition en "chaînes", qui le caractérisera jusqu'à sa mort. Bon, allons-y carrément, la "musique funèbre" pour cordes (1958), qui ouvre cette intégrale, est un chef-d'oeuvre absolu. Elle correspond à l'époque où Lutoslawski se laisse gagner par l'influence du dodécaphonisme, mais en voulant déjà se démarquer et se forger une identité sonore qui lui soit propre. C'est bien sur une série de douze notes qu'est construite cette musique. Mais les types d'intervalles utillisés, l'apparition du canon dans la montée des cordes... font déjà tout autre chose de ces treize minutes dédiées à la mémoire de Bela Bartok. L'exploit est d'allier une émotion poignante, qui vous prend aux tripes, avec une rare perfection formelle. Le prologue fait surgir du néant cette série de douze notes, puis la montée en intensité s'accomplit progressivement, dans un contrepoint suffocant. Les "métamorphoses" de la deuxième partie débouchent sur l'acmé de l'oeuvre, l'apogeum, qui fait retentir la série en douze accords fracassants qui constituent le sommet de cette arche musicale. Enfin, l'épilogue fait replonger la musique dans le néant en un miroir inversé du prologue absolument saisissant, avec une beauté des timbres à vous scotcher au plafond. Si vous cherchez en tout cas une musique pour cordes "savante" avec le même impact d'émotion que les adagios d'Albinoni, de Barber ou de la cinquième de Mahler, entre autres, n'allez pas plus loin. A conseiller pour réussir un beau suicide ; et aussi pour une première approche de Lutoslawski (enfin juste après le «concerto pour orchestre» quand même). Les autres oeuvres présentes dans le premier volume de cette intégrale sont issues de sa dernière période créatrice. « Chaîne II » et « Partita », qui forment un tout contrastant avec l’Interlude central, sont en fait un concerto pour violon. La « chaîne » est un décalage constant entre deux discours, en l’occurrence celui du soliste et celui de l’orchestre, l’un commençant une nouvelle réplique alors que l’autre n’a pas encore achevé sa réplique précédente. Des correspondances mystérieuses sont tissées, dont l’auditeur n’a pas toujours conscience, mais qui produisent leur effet. Ce « dialogue » fait passer l’orchestre par mille humeurs différentes, qui déboussolent aux premières écoutes, entre éclats de percussions et de piano, qui répondent aux myriades de cordes ou de bois. Comme souvent chez Lutoslawski, il y a alternance entre une exposition « lâche » du matériau (« ad libitum ») et une exposition ordonnée et rigoureuse (« a battuta »), une manière de « préparer » l’auditeur expérimentée depuis la symphonie n° 2. La « Partita » reprend la même technique de composition en « chaîne » avec un aspect lyrique plus prononcé, un violon qui chante davantage. Une expérience musicale fascinante au final quoique difficile à faire. L’Interlude est une sublime rêverie, qui tranche nettement avec « Chaîne II » et « Partita » : sur une nappe de cordes qui distillent de subtils et langoureux chromatismes, viennent les appels irréguliers des autres instruments de l’orchestre – une atmosphère inhabituellement apaisée, mais que vous pourrez percevoir comme inquiète selon votre état d’esprit. Enfin, la symphonie n° 4, dernière œuvre du genre composée par le Polonais, reprend également les mêmes techniques. Cantilènes oniriques y alternent avec les coups de boutoirs d’un orchestre dont les pupitres sont toujours soumis à d’incessantes ondulations, à tel point que cette œuvre, comme beaucoup d’autres de Lutoslawski, mériterait elle aussi le nom de « concerto pour orchestre », tant chaque famille d’instruments est mise en valeur dans sa singularité ; le tout avec une science quasiment inégalée…

note       Publiée le samedi 7 mai 2005

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troubadourpaladin › mercredi 16 décembre 2015 - 07:43 Envoyez un message privé àtroubadourpaladin

Bon par ou commencer ,tout d'abord personne li mes post alors c chiant mais venont en aux disque, vouus me faite rappeler comment ce compositeur moderne est crucial, de la musique funebre de premiere qualité, j'ai ce disque sur naxos, je n'écoute pas asser de Witold care j'ai peur d'etre aspiré par un vortex dans un sombre univer dont nul c'est échapés.Grandiose ce disque , un des compositeur polonais les plus intéressant, bref si n'aimer pas ce disque vous allez perdre mon respect et attaquer mon amour propre.

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Arno › dimanche 24 août 2014 - 01:38 Envoyez un message privé àArno

Juste pour signaler, en retard, qu'il existe un coffret qui regroupe tous les disques chroniqués ici: http://www.amazon.fr/Symphonies-Concertos-Oeuvres-chorales-vocales/dp/B00DOQBVNW/ref=sr_1_3?s=music&ie=UTF8&qid=1408837017&sr=1-3&keywords=lutoslawski

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melmoth › mardi 25 septembre 2007 - 01:41 Envoyez un message privé àmelmoth
Ne pas oublier l'interpretation de la musique funebre par l'auteur lui même...
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Arno › vendredi 17 juin 2005 - 08:57 Envoyez un message privé àArno
Fascinant... Beau et effrayant...
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