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Miles Davis › The complete live at The Plugged Nickel 1965

38 titres - 433:03 min

  • 1/ If I Were a Bell (16:42) - 2/ Stella by Starlight (13:09) - 3/ Walkin' (11:01) - 4/ I Fall in Love Too Easily (11:43) - 5/ The Theme (10:19) - 6/ My Funny Valentine (16:33) - 7/ Four (15:05) - 8/ When I Fall in Love (10:44) - 9/ Agitation (13:13) - 10/ 'Round About Midnight (8:42) - 11/ Milestones (14:04) - 12/ The Theme (0:38) - 13/ All of You (14:38) - 14/ Oleo (6:05) - 15/ I Fall in Love Too Easily (11:53) - 16/ No Blues (17:35) - 17/ I Thought About You (11:03) - 18/ The Theme (8:05) - 19/ If I Were a Bell (13:29) - 20/ Stella by Starlight (13:09) - 21/ Walkin' (11:01) - 22/ I Fall in Love Too Easily (12:07) - 23/ The Theme (2:50) - 24/ All of You (10:39) - 25/ Agitation (10:48) - 26/ My Funny Valentine (13:52) - 27/ On Green Dolphin Street (12:48) - 28/ So What (13:36) - 29/ The Theme (3:28) - 30/ When I Fall in Love (13:39) - 31/ Milestones (11:49) - 32/ I Fall in Love Too Easily (11:43) - 33/ No Blues (20:06) - 34/ The Theme (0:22) - 35/ Stella by Starlight (14:16) - 36/ All Blues (12:18) - 37/ Yesterdays (15:00) - 38/ The Theme (4:51)

enregistrement

The Plugged Nickel, USA, 22 et 23 décembre 1965

line up

Ron Carter (contrebasse), Miles Davis (trompette), Herbie Hancock (piano), Wayne Shorter (saxophone ténor), Tony Williams (batterie)

chronique

Styles
jazz
Styles personnels
post bop

J'aime "Kind of Blue" pour le feeling incroyable qu'il véhicule. Ce n'est pas un des seuls albums du genre, que ce soit chez Miles ou chez d'autres d'ailleurs, mais ce fut un des premiers. "All Blues" et surtout "Flamenco Sketches" devraient être tout simplement déclarés d'intérêt public. J'aime le Miles électrique aussi. Celui qui nous a donné le contemplatif "In a Silent Way", les vaudou "Bitches Brew" et "Big Fun", l'héroïnomane "On the Corner", et bien d'autres. Quand on dresse une liste des musiciens qui ont séjourné au sein de son orchestre, on comprend mieux pourquoi son message continue de se perpétuer et continuera encore à l'être dans les décennies à venir. Alors, voilà ; j'ignore si c'est parce que je prends de la bouteille, quoi qu'il en soit, je constate que s'il y a bien une période de l'ange noir qui me fait vibrer plus qu'une autre (horrible travers d'une dichotomie aussi inutile que puérile), c'est celle de son second quintette, entre 1965 et 1968, avec, là aussi, un générique de film qui laisse pantois. Il est effectivement plus aisé pour nous tous qui partageons un socle culturel musical commun de succomber aux charmes instantanés de l'amplification ; la puissance, le volume, une batterie qui cogne, une guitare, voire même une trompette, distordues au son de la wah-wah... Mais dites vous bien une chose ; peu importe le contexte, Miles est toujours resté le même ! Il faut savoir faire fî de ces apparats pour tenter de toucher du doigt la substantifique moëlle de cette âme tourmentée. Vous serez peut-être étonnés de me voir écrire ce qui suit : pour Miles, flirter avec le rock n'a pas été une entreprise délicate, encore moins douloureuse. Il n'est pas question ici de remettre en cause l'intégrité de l'artiste, mais soyons honnêtes cinq secondes (je ne vous demande pas beaucoup) ; s'il a certes par ce biais ouvert de nouvelles perspectives, il a surtout aidé à émanciper le jazz de son univers jusque là cloisonné. Il a ouvert le jazz au monde en tendant la main à tous ceux qui pensaient qu'il n'y avait pas de place pour eux dans cet espace. D'où son succès interplanétaire. Le coup est magistral. Les répercussions, infinies. Mais où est le challenge ? Miles va errer pendant trois années à la recherche du nouveau combo qui lui permettra de retrouver toutes ses sensations. Cela se fait à tâtons, sur un air de chaises musicales. Peu à peu le noyau se forme et se stabilise. Le jeune Herbie Hancock, véritable surdoué, interprète fabuleux et éclairé, doublé d'un talent d'écriture indéniable. Esprit curieux qui sous couvert de classicisme aime avant tout se frotter aux idées neuves. Ron Carter, contrebassiste parfait, homme de l'ombre, forcément. Solide, infaillible, indéboulonnable. Et puis, Anthony Williams, jeune loup aux dents longues, dont l'approche du rythme est à elle seule une véritable révolution. Le père des batteurs (jazz) modernes. Les éléments réunis sont exceptionnels. Miles le sait. Il sent qu'il vient de mettre en place une rampe de lancement qui va le mettre en danger. Tout ce qu'il aime. Mais Miles en veut plus. Il lui faut un souffle nouveau, frondeur. Les recherches se poursuivent ; George Coleman, Sam Rivers... Des saxophonistes émérites, doués, dotés d'une réelle personnalité. Certes, mais pas LE saxophoniste que Miles recherche secrètement pour faire oublier l'épisode Coltranien. Quand Wayne Shorter déboule, le déclic est instantané. L'alter égo d'Herbie Hancock, travaillant sur une échelle verticale là où le pianiste voyage sur un axe horizontal. Une plume aussi, très affûtée, dont l'âme est habitée par le feu sacré. C'est une épreuve nourrie de cet élément fondamental qui les attend puisque Miles Davis n'a plus de temps à perdre ; ils se produisent en Europe (premières traces sur le live à Berlin), puis investissent le Plugged Nickel pour deux dates en décembre 1965, alors qu'ils viennent de terminer l'enregistrement de leurs deux premiers albums en commun ("E.S.P." et "Miles Smiles"). Le but ? Faire table rase du passé. Alors que la carrière de Miles prend un tournant sur disque avec des compositions au sang neuf, bien décidé à tirer parti des redoutables qualités émanant des forces en présence, le trompettiste veut une dernière fois faire la peau aux standards auxquels il doit tant. Le nouveau quintette revisitant l'ancien, alors qu'en face on parle de plus en plus d'un petit quartette guidé par les pas d'un géant. Ce box 8 cds regroupant l'intégralité des sept prestations données par le groupe en deux jours s'adresse avant tout à ceux qui sont déjà méchamment atteints par le venin insufflé par l'artiste. Si vous êtes encore étranger à tout cela, mieux vaut laisser cet exercice pour plus tard. Un simple regard à cette grosse boîte noire et massive qui a tout du monolithe nous laisse à penser qu'il s'agit là bel et bien d'une œuvre essentielle, un instant clé et important dans la carrière d'un homme en colère avant tout contre lui-même. Pour mettre un terme à cette chronique conséquente, proportionnelle finalement à la taille de l'objet passé en revue, je voudrais retranscrire un long passage issu du formidable livre d'Alain Gerber, "Miles Davis et le Blues du blanc" (chez Fayard), où parole est donnée à l'artiste, nous apportant un éclairage essentiel sur la mécanique qui régissait alors cette formation historique : "Tony [...] changeait sa manière de jouer tous les soirs... Pour jouer avec [lui], il fallait être toujours en alerte, faire attention à tout ce qu'il faisait, ou bien il vous larguait en l'espace d'une seconde ; vous vous retrouviez hors tempo, à la traîne, et alors vous étiez mal... Personne n'a jamais joué aussi bien que lui avec moi. À vous foutre les jetons. [...] Si j'étais l'inspiration, représentais la sagesse et assurais l'homogénéité du groupe, Tony en était le feu, l'étincelle créatrice ; Wayne était l'homme des idées, le concepteur intellectuel ; Ron et Herbie en étaient les ancrages. Je n'étais que le leader qui avait rassemblé tout le monde. Ils étaient jeunes mais, même si je leur apprenais certaines choses, ils m'en apprenaient d'autres, sur la New Thing, sur le Free... Je savais que je jouais avec de grands musiciens de la nouvelle génération qui avaient un autre rythme [que le mien] au bout des doigts... J'apprenais quelque chose chaque soir avec cette formation, d'abord parce que Tony Williams était un batteur progressiste. Le seul membre d'un de mes orchestres qui m'ait dit un jour : "Bon Dieu, Miles, pourquoi ne travailles-tu pas [ton instrument] ?" Il faut dire qu'en essayant de tenir la dragée haute à ce jeunot, je ratais des notes. Il m'a donc poussé à retravailler mon instrument, puisque je m'étais dispensé de cette discipline sans même m'en rendre compte... Il fallait à Ron Carter quatre ou cinq jours pour entrer dans quelque chose, mais une fois qu'il y était, mieux valait se garer. Parce que l'enfoiré fonçait alors bille en tête, et si vous n'assuriez pas au maximum, vous vous faisiez lâcher et vous aviez vraiment l'air bête. Nous étions trop orgueilleux pour accepter une chose pareille... Chaque nuit, Herbie, Tony et Ron rentraient dans leur chambre et discutaient jusqu'au petit matin de ce qu'ils venaient de jouer. Le lendemain, ils remontaient sur scène et jouaient différemment. Et moi, soir après soir, il fallait que je m'adapte..."

note       Publiée le jeudi 5 mai 2005

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Thomas › mercredi 9 mars 2011 - 11:24  message privé !

A nouveau dispo sur amazon.com : http://www.amazon.com/gp/product/B000002B01 pour 103 dollars.

Je n'y croyais pas mais ils me l'ont bien envoyé cette nuit...

Coltranophile › lundi 7 janvier 2008 - 17:04  message privé !
Je recommence à l'écouter dans sa totalité et si le premier disque fait un peu l'effet d'un tour de chauffe , dès le deuxième disque (qui est un double) on est dans le miracle continu. La première version de "My Funny Valentine" est déjà un sommet mais le disque "2b"(!) est carrément d'une autre planète. "Agitation" est démoniaque et Shorter sur "Milestones" est presque indécent de talent et de classe. En plus, Hancock, qui se fait pourtant accompagnateur très discret ici, joue aux questions-réponses avec lui et ça tient de la télépathie.
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Coltranophile › mercredi 2 janvier 2008 - 14:42  message privé !
@newbie: ça, c'est les aléas des prises de son live quand il s'agit de formations accoustiques. Surtout à l'époque. Le placement des micros et des musiciens sur scène joue pour beaucoup effectivement. Y'a des live où c'est Hancock qui est totalement étouffé comme le "Miles in Tokyo". Et sur le second disque du coffret ici présent, sur la version de "My Funny Valentine", si je me rapelle bien il y a un téléphone qui sonne au fond à un moment.
Note donnée au disque :       
newbie › dimanche 16 décembre 2007 - 16:49  message privé !
C'est normal que le son de saxophone de Wayne Shorter semble en retrait à certains moments ou bien c'est parce qu'il s'approche progressivement du micro à chaque intervention? Je pose la question parce que Miles Davis et Herbie Hancock sont vraiment bien audibles dans chacun de leurs chorus par rapport à lui qui apparait, de temps à autre, un peu "étouffé" je trouve.
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jazzmaniac › dimanche 7 octobre 2007 - 15:32  message privé !
Ce coffret est un rêve devenu réalité pour tout jazzfan discophile. Huit heures dans l' intimité d' un club de Chicago avec l' un des plus grands groupes de l' histoire du Jazz. Miles est parfois bousculé par l' audace de ses jeunes partenaires mais c' est bien cela son génie de savoir rester lui-même en toutes circonstances et d' offrir une musique intense et mystérieuse. Le groupe est en tout points extraordinaire avec un Shorter en grande forme et le fabuleux Tony Williams. Ce coffret offre une expérience musicale unique et on ne se lasse jamais d' y revenir.
Note donnée au disque :