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Am'ganesha'n › Eleftheria

cd • 15 titres

  • 1Altar
  • 2Samsara
  • 3Kala hari vati
  • 4Nharba
  • 5Zephyria
  • 6Song of devotion
  • 7Stigmata
  • 8Atma
  • 9Deva
  • 10Adhemonia
  • 11Bliss
  • 12Caeligena invocated spirit
  • 13Om
  • 14Shanak
  • 15Lamentations

enregistrement

Enregistré au monastère Kyi Chu. Enregistré, mixé et produit par Gérard Chambellant et Thierry Garnier.

line up

Gérard Chambellant (Hackbrettbau, santoor, yang t'chin, gong, cloche, svara tampura, rolmo, shamanic drums, cymbales tibétaines, percussions et voix); Karin Merat (voix, caisse claire et percussions); Thierry Wargnier (tabla, ghatam, arghul, bansuri, flûte, sarangi, oud et percussions); Amélie Duranteau (claviers, timpani, shamanic drums et percussions); Gaudinis TA+ (voix, timpani, bols chantants et percussions) - Magali et Marlène Spahr (violoncelles); Alain Vlamynck (hautbois); Léa Fabing (roltho-ptôh)

remarques

chronique

"Somnia" avait prévenu, "Eleftheria" le confirme : Am'Ganesha'n n'est pas un groupe d'easy-listening à but esthétisant comme le sont d'ordinaire, avec plus ou moins de réussite, les formations d'ethno-heavenly, mais un lieu d'expérience, un terrain d'abandon dans lequel Chambellant et tous ses acolytes s'expriment en liberté. Plus généreux que son prédecesseur, "Eleftheria" n'en est pas pour autant moins dérangeant; les lignes de chant se refusant majoritairement aux mélodies classiques au profit d'une approche bien plus aventureuse, qui confine à l'étrange et limite largement tout épanouissement harmonique. Contrairement à ce que laisse supposer "Altar", "Eleftheria", de fait, juxtapose plus qu'il ne fusionne. Les lignes de Karin, véritables incantations mélodiques entièrement legato, se promènent volontiers hors des sentiers battus, sans véritable assise ni rapport harmonique avec les instruments, porteuses de mélodies bizarres et incongrues dont les inflexions peuvent être aussi ténues, que soudaines et sauvages. La volonté d'échapper aux schémas mélodiques traditionnels est patente, malgré quelques titres plus apaisants ("Deva", "Atma"...), le travail sur les voix masculines enfonçant sans vergogne le clou de l'étrange... et même de l'inquiétant. "Nharba", "Stigmata", "Adhemonia"... Chambellant passe ses chants au ralenti et à l'envers, imprimant à la voix une gravité monastique un peu désincarnée; une voix au service de notes lunaires et sombres, dissonantes, qui se meuvent laborieusement de demi en quart de ton, peuplant l'espace sonore de chacune de ces pièces de présences plurielles et fantomatiques réellement saisissantes. Certes, on ne peut raisonnablement résumer le travail des voix à ces traits par ailleurs fondamentaux; les interventions percussives, les mélopées traditionnelles, les HA! HO! et autres OM! faisant partie intégrante de l'environnement musical, participant largement à la richesse et à l'équilibre instable de ce troisième recueil. Chaque pièce est par ailleurs l'occasion d'une nouvelle couleur, du simplement atmosphérique au mystique, en passant par le spirituel ou le purement sensuel. Si l'on retrouve bien sûr les dentelles d'instruments à cordes orientaux sur plusieurs de ces titres, elles sont moins exposées, moins essentielles et c'est tant mieux, le genre tout entier commençant sérieusement à souffrir de tics et autres clichés spiritualo-asiatiques; la connaissance et le respect de la culture propre aux instruments traditionnels passant de plus en plus en arrière plan, au profit d'une récupération purement acoustique, et ainsi esthétique, des sonorités. Posséder un tabla n'est pas une condition suffisante à capturer l'esprit des Indes, et Gérard Chambellant, malgré quelques facilités persistantes bien pardonnables, tente d'y remédier. De la même manière que "Somnia" plongeait dans un dépouillement austère propre à nettoyer le genre de ses travers esthétisants et de sa pluriculture illusoire, "Eleftheria" témoigne d'une telle liberté dans la rencontre des choses, le déroulement des voix et leurs intonations, qu'il arrive à s'extraire du piège des cartes postales. L'instrumentation fait autant appel aux nappes sombres et soyeuses qu'aux Yang t'chin et Santoor, les percussions gagnent très largement en sincérité et intérêt acoustique; Am'Ganesha'n pousse même le vice jusqu'à user (enfin!!) d'instruments acoustiques occidentaux : violoncelle et hautbois dont chaque intervention, frappée de pertinence et d'inspiration, assoit la qualité et plus encore la crédibilité de la recherche sonore de ce "Eleftheria". Les voix et percussions se font parfois pesantes, les moments d'inquiétudes sont prenants et nombreux, et s'il est difficile d'adhérer complètement à l'ensemble de l'album, Am'Ganesha'n nous offre avec "Eleftheria" un recueil exigent, risqué et novateur, dans un genre habitué au déroulement tranquille de pièces faciles d'accès et pauvres en émotions. L'émotion, oui, commence à apparaître au coeur d'Am'Ganesha'n, l'intro A-cappella sensible et dépouillée d'un "Om" en est un bel exemple; certes la démarche du groupe demeure très spirituelle, mais leur album permet, par le biais de l'étrange et de l'inattendu, de nous laisser aller à nos propres angoisses, et d'épanouir au creux de ses instants troublants nos inquiétudes secrètes. Certains systématismes, un recueil un peu long (70 minutes!!), l'impasse faite sur les harmonies afin de mieux libérer les aventures vocales font partie des regrets que l'on peut éprouver face à "Eleftheria". Mais on ne peut que saluer l'existence d'un tel groupe, et remercier ses membres pour leur sincérité, et leur goût de l'expérience. Voilà un trop gros 4 pour ne pas être un 5... Am'Ganesha'n demeure une formation modèle qui ne craint pas les risques, et travaille sans filet. Le résultat est là, imparfait comme toute chose...

note       Publiée le jeudi 28 avril 2005

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Sheer-khan › jeudi 28 avril 2005 - 14:18  message privé !
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*peut* finir...
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Sheer-khan › jeudi 28 avril 2005 - 14:17  message privé !
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Oui, les vocalises sont désormais et de loin la matière principale d'Am'Ganesha'n, et leur tournure précieuse et chargée peuvent, je le concède, finir par peser... mais c'est aussi par là, à mon sens, que le groupe se distingue.
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ptit_boy › jeudi 28 avril 2005 - 14:00  message privé !
Je l'ai chroniqué pour TFT, j'aime bien, même si les vocalises prennent désormais trop d'ampleur à mon goût. L'orchestration reste de très haut niveau.
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