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Johannes Brahms (1833-1897) › Concerto pour piano n°1

  • 1998 - Erato, 3984-21633-2 (1 cd)

3 titres - 50:06 min

  • Concerto pour piano n°1 en ré mineur, op.15
  • 1/ Maestoso 23.50
  • 2/ Adagio 13.27
  • 3/ Rondo-allegro ma non troppo 11.49
  • 4/ Applaudissements 0.52

enregistrement

Produit par Lennart Dehn. Ingénieur : Christian Feldgen. Enregistré en concert les 21 et 22 octobre 1997 au Schauspielhaus, Berlin.

line up

Hélène Grimaud (piano); Staatskapelle Berlin; Kurt Sanderling (direction)

remarques

Les versions recommandables ne manquent pas, mais cette version d'Hélène Grimaud, dont le tempérament s'accorde si bien à ceux de Brahms et Schumann, est particulièrement brillante. La pianiste y déploie une fougue qui n'a d'égale que sa glaciale austérité, une alliance à la fois improbable et magistrale, qui montre la musique de Brahms dans toute sa splendeur, mais aussi dans toute sa jeunesse. Elle est ici accompagnée par le grand Kurt Sanderling, à la hauteur de sa légende.

chronique

Styles
musique classique
Styles personnels
musique concertante-romantique

L'oeuvre s'ouvre comme une nouvelle terrible... terrible, et sans issue. Son thème est implacable; un roulement de timbales, des cordes atrocement sombres, pesantes et solennelles, une masse déclamative de pessimisme noir. C'est au delà du vent, au delà d'une tempête et de ses lourds désastres : Johannes a vingt ans, c'est sa vie qui bascule. Le jeune homme tourmenté vient de trouver Schumann, un modèle, et un père... et assiste, impuissant, à sa chute sans retour, dans les limbes solitaires d'une folie sordide, une souffrance indicible et dont seul le suicide peut enfin libérer. L'homme se jette dans le Rhin mais la mort se refuse; Schumann passera encore deux années d'épouvantes, cloîtré dans un asile, entre lucidité, déchirements et délires, avant que la faucheuse ne daigne enfin paraître, et le prendre avec elle. Alors "Maestoso", durant 25 minutes, exprimera sans détour cette incapacité à peser sur les choses, notre statut primaire d'instrument du destin... durant 25 minutes le piano s'essayera à combattre la tourmente, sensible et virtuose, tour à tour délicat pour enrayer les ombres, ou subitement factieux, comme pour prendre le pas sur la force sourde et lente de la fatalité... en vain. Qu'il le nie par arpèges profonds et lumineux, le combatte de plein front en plaquant à son tour des accords martelés, l'instrument concertant a beau être le soliste, il s'écroule, il disparaît, balayé comme poussière par le thème commandeur, englouti comme du sable sous les vagues immuables de cette terrible annonce qui nous a accueillis, et s'en revient sans cesse pour réduire à néant le moindre éclat d'espoir que Brahms, tant bien que mal, fait naître sous ses doigts. On l'entend qui est là, tapi derrière le calme, grondant sous la surface, imprimant peu à peu sa tournure harmonique à l'orchestre endormi, jusqu'à reprendre forme et surgir du silence, emportant avec lui toutes les choses qui furent dites pour mieux nous signifier que face à ses desseins, il n'est rien qui existe : ni coeur, ni homme ni larme, et pas non plus d'espoir : il n'est rien qu'un seul être, quelle que soit sa beauté, ne puisse lui opposer. Le récit d'un combat, ou d'une résignation... l'ouverture est si sombre, le thème si imposant que le piano lui-même attend de longues minutes avant d'oser entrer. Profitant d'un répit accordé par l'orchestre, il trouvera dans les cors, le hautbois ou la flûte des suiveurs délicats, prêts à fournir l'étoffe soyeuse et aérienne sur laquelle il veut peindre ses images d'apaisement. Automnal de naissance, Brahms ne cherche pas à vaincre les ténèbres à coup de joie légère, à renfort d'énergie vouée à l'exultation... non, le pauvre Johannes tente de supplier, de dévier de sa route la marche impitoyable du venin qui s'infuse dans l'esprit de Schumann en la faisant douter, il cherche à l'émouvoir. Nostalgique, subtil, tempéré, le piano tourne autour de la mélancolie lors de moments posés, en appelle aux douceurs des vents et des violons, il s'adresse à l'ennemi avec délicatesse, dans l'espoir insensé de le voir renoncer, dans l'espoir insensé que l'ennemi soit quelqu'un, quelqu'un qui peut entendre, comprendre... quelqu'un qui peut changer. Mais c'est dans la réponse, glaciale et sans appel, que se trouve justement toute la substance profonde, toute la puissance obscure du premier concerto. Dans ce retour constant de la sentence de mort, dans la manière terrible qu'elle a de s'éveiller de son demi-sommeil, et de réorienter les cordes et les cuivres, qui lâchent le pauvre Brahms, pour reprendre les rènes de ce "Maestoso". Le jeune homme plein de fougue va user de colère; à son tour il s'élève, puissant et dramatique, martelant son piano sans même se rendre compte que par ce fol orgueil, il s'adonne à l'emprise des ténèbres qu'il veut fuir... ainsi le rejoignant dans son accès sonore, l'orchestre s'approprie toute la force du soliste et le dirige tout droit, sans qu'il puisse rien y faire, vers la fameuse sentence. Automnale de naissance, Brahms est dans son emprise. Le récit d'un combat, puis d'une résignation; et comme il s'est ouvert, noir dense et tout en masse, Maestoso se referme, sans lumière ni regret. Que se passe-t'il alors... que peut-il se passer? Adagio et rondo... Brahms n'a que vingt ans, première oeuvre orchestrale, toute une vie à vivre et le voilà aux portes d'une fin annoncée, d'un constat effroyable... Adagio et rondo : Brahms va continuer. Automnal de naîssance il portera toute sa vie le deuil du père, Schumann, le deuil de sa raison qu'il a vu déchirée, en prise à tous les gouffres, hurlant toutes les douleurs; le deuil de sa personne, après deux ans d'horreur. L'adagio est tranquille, lumineux, c'est un prière sereine. La beauté de ses cordes, diaphanes comme le matin, la profondeur des cuivres en appui bienveillant, la nostalgie troublante de l'instrument soliste, la merveilleuse douceur de la pièce toute entière : Adagio est le lieu dont on avait besoin pour faire sortir ses larmes, maintenues pétrifiées par le Maestoso, et qui n'attendaient plus qu'un peu de bienveillance, de grâce et de lumière, pour oser se montrer. Un quart d'heure religieux aux clartés émouvantes, à l'écriture subtile, aux détails magnifiques, un quart d'heure pénitent qui trouve dans la beauté son unique raison d'être, la seule qui poussa Brahms à vouloir continuer. Rondo est agité, fiévreux et emporté... jusqu'à l'exultation.

note       Publiée le dimanche 17 avril 2005

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Arno › dimanche 13 mai 2012 - 19:44  message privé !

Le deuxième est plus beau... et plus digeste...

Int › mardi 13 mars 2012 - 20:30  message privé !

Je n'ai écouté que le Maestoso pour l'instant mais c'est excellent... complètement fou et torturé. Schumann c'est très bon aussi de ce que j'ai écouté (concerto pour piano op.54) mais alors ça...

Coltranophile › vendredi 20 février 2009 - 00:00  message privé !

Suis d'accord; à l'époque où cette version est sortie, je bossais au rayon classique d'une grande enseigne que je ne citerais pas et forcément, en tant que nouveauté importante, on y avait droit tous les jours pendant une semaine. Elle m'a toujours paru terriblement mécanique cette version, même dans ses élans "romantiques".

ellington › jeudi 19 février 2009 - 23:49  message privé !

fougue et glaciale austerité ? glaciale

Note donnée au disque :       
Delyseet › lundi 25 avril 2005 - 13:05  message privé !
Ce maestoso de départ, ca colle une sacrée tarte, surtt qd les parties de piano commencent à gagner en puissance et à soulever l'orchestre par leur brillance.Le mouvement court, vole, jusqu'a son inévitable terme et diffusant autour de lui une atmosphère sombre et déchirante emplein d'une majesté noire et morne.Un déluge de sons nous est envoyé par le piano et l'orchestre conjugués, chaque note agissant sur l'auditoire comme une épine qui s'enfonce dans la chair, éveillant par la souffrance une conscience autre...Et on ne touche plus le sol. (merci Sheer-Khan, ca faisait un moment que j'attendais ce concerto...à qd ceux de rachmaninov?)
Note donnée au disque :