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Beth Gibbons & Rustin Man › Out of Season

cd | 10 titres | 43:46 min

  • 1 Mysteries [4:39]
  • 2 Tom the Model [3:41]
  • 3 Show [4:26]
  • 4 Romance [5:09]
  • 5 Sand River [3:48]
  • 6 Spider Monkey [4:10]
  • 7 Resolve [2:51]
  • 8 Drake [3:54]
  • 9 Funny Time of Year [6:48]
  • 10 Rustin Man [4:20]

extraits vidéo

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enregistrement

The Townhouse, Londres, Angleterre, 2002

line up

Martyn Barker (percussions, conga), Mark Berrow (violon), Simon Edwards (basse, contrebasse), Beth Gibbons (chant, guitare acoustique), Nick Ingman (orchestration), Peter Lale (violoncelle), Martin Loveday (violoncelle), Frank Ricotti (vibraphone), Chris Tombling (violon), Adrian Utley (orgue, guitares, basse, Moog, effets), Paul Webb (percussions, piano, accordéon, guitare, clavier, choeurs, effets), Gavyn Wright (violon), John Baggot (piano, wurlitzer), Gary Baldwin (orgue), John Barclay (flugelhorn), Rachael Brown (choeurs), Lurine Cato (choeurs), Ben Chappell (violoncelle), Clive Deamer (batterie, percussions), Philip Dukes (violon), Mark Feltham (harmonica), Andrew Findon (flûte), Pete Glenister (guitare acoustique), Lee Harris (batterie, percussions), Matt Holland (cuivres), Leo Green (cuivres), Mitchell John (choeurs), Patrick Kiernan (violon), Boguslaw Kostecki (violon), Neill MacColl (guitare acoustique), Perry Mason (violon), Lorraine McIntosh (choeurs), Eddie Roberts (violon), Nina Robertson (flûte), Joy Rose (choeurs), Mary Scully (contrebasse), Jonathan Tunnell (violoncelle), Bruce White (violon), Dave Woodcock (violon), Warren Zielinski (violon)

chronique

Styles
pop
trip hop
Styles personnels
délavé

C'est bien simple ; la présence de ce disque dans les colonnes de Guts of Darkness va nous garantir quelques commentaires bien fleuris. Pourtant, il n'y a pas matière à se couper les cheveux en quatre : y en a qui vont adorer, et y en a qui, comme moi, ne trouvent pas ça nul, mais restent pour le moins circonspects face à tant d'éléments à la fois prometteurs et finalement aussi si peu aboutis. Je m'explique... En 2005, qui s'attend encore au retour de Portishead ? Un tel retour serait aussi pertinent que, je ne sais pas moi, celui de Guns'n'Roses si vous voyez ce que je veux dire... C'est, déjà, une autre époque... Et Portishead, le premier, s'est employé à le montrer ; assez vite, ils ont laissé tomber leur culture du sampling pour tout enregistrer par eux-mêmes, quitte à en simuler l'effet. Procédé paradoxal qui nous a guidé jusqu'à l'ultime live de New York, et par des détours secrets, ici, jusqu'à "Out of Season", album dépouillé à l'extrême. C'est troublant et c'est beau, mais troublant dans les deux sens du terme. Car, si on veut être honnête avec soi-même le temps d'une chronique, que resterait-il de Portishead si on lui ôtait ses samples, ses craquements de vinyls, ses beats cradingues, ses atmosphères de film noir, ses sonorités fifties ? La réponse est sur ce disque. La réponse est ce disque. Écoutez "Show" ou "Funny Time of the Year", par exemple, et rajoutez-y tout ce que je viens d'énumérer ; vous verrez par vous-mêmes... Qu'on ne s'y trompe pas, je ne suis pas insensible à la voix de Beth Gibbons, mais le charme qui résidait dans Portishead c'était - en tout cas en ce qui me concerne - cette rencontre jusque là inédite entre une voix parfois trop tournée vers l'emphase et une musique que tout sépare. "Out of Season" a beau officialiser une belle rencontre sur papier entre Gibbons et l'ex-Talk Talk Paul Webb, Adrian Utley n'est tout de même pas loin et co-produit la moitié des titres, un détail que l'on omet trop souvent de signaler. "Tom the Model", le single improbable qui a servi à promotionner ce disque, est sans doute le titre qui m'accroche le moins, avec ses arrangements de grand orchestre sans relief apparent (tant de musiciens pour... ça ?). Pour fragile qu'elle soit, soutenu à bon escient par des choeurs qui parfois donnent l'impression d'être les seuls à même de sauver la mise, la voix de Beth Gibbons ne peut pas faire de miracle face à des compositions ternes et qui, en réalité, n'apportent aucune nouvelle perspective, contrairement à ce que l'on pourrait croire. Une musique qui respire dans le silence aura toujours mes faveurs, mais pour cela elle devra d'abord se montrer apte à jouer avec les nuances. Cette épure du monde de Portishead l'a tout simplement privé d'une bonne partie de son contenu. Vraiment dommage.

note       Publiée le mardi 12 avril 2005

chronique

Styles
pop
soul
folk
Styles personnels
soul automnale

Il y a douze ans jour pour jour, la silhouette penchée sur son micro de Beth Gibbons se tenait devant moi. Un grand moment. Son spleen, sa douleur qu'aucune pudeur mal placée ne met en veille. Sa voix avant tout, au-delà de l'enrobage plombé du trio Portishead, propulsé par hasard symbole d'un genre éphémère, nouvel avatar d'une génération X morose triturant le passé pour en expurger le poison. Une voix de soul blanche. Blanche pas seulement pour la couleur de peau, mais pâle comme quand le corps s'est vidé de son sang, quand le reflux d'angoisse, de terreur, grise les tempes d'un coup. Le succès de Portishead est resté un malentendu. La discrète Beth Gibbons est une chanteuse de boîte de jazz, entre le verre de whisky et la clope, toujours allumée. L'habillage n'a que peu d'importance. C'est la couleur qui compte, celle des feuilles en automne, qui se racornissent sous le vent de plus en plus froid, dont les teintes devient jaunâtres, puis maronnasses. Les couleurs de la ville le soir quand le changement d'heure, le dernier changement d'heure, à déjà été effectué, et que c'est la nuit. La nuit dans le coeur. La soul que retrouve Beth Gibbons loin des beats devenus entre-temps des facilités de production, tout juste bons pour les bars à cocktails fluorescents. D'ailleurs Beth Gibbons s'en fout des beats, avant même de croiser ses compères de Portishead elle avait déjà dans l'idée de travailler avec un orfèvre, Paul Webb, dissimulé sous l'étrange surnom de Rustin Man, le bassiste de l'immense Talk Talk. Ah oui, mais les couleurs du printemps ont bien vite laissé la place à celles de cette dernière saison avant la mort. La saison où on repense à ce qui aurait pu advenir. La saison des regrets. Un drôle de moment de l'année comme le chante Beth dans le point culminant de cet album saisissant, expressionniste, d'un folk charbonneux aux divines orchestrations intemporelles descendues directement des Champs-Elysées. Les choeurs de sirènes éplorées, les cuivres inquiets, les cordes et les claviers sombrement élégiaques font comme un écrin pour les plaintes de Beth, un écrin de velours pourpre. Détachée définitivement des effets de mode non voulus du passé, le chant de Beth y atteint la pureté du sentiment. En toute simplicité, Beth y chante mieux que jamais. Les quelques pistes les plus apaisées au fil d'une guitare acoustique dénudée ne tromperont personne, des frissons de "mais c'est trop tard" viendront, implacables, se loger sous la peau. Et il y aura bien sûr ces quelques morceaux vraiment profondément emmurés dans une horrible déprime, la voix comme vieillie de Gibbons retraversant le Styx pour rappeler à notre bon souvenir que nous tous, nous ne sommes que regrets, "Show" et son piano réduit à peau de chagrin. Un drôle de moment de l'année. Un drôle de moment de la vie. "Funny Time of Year", juste avant les balbutiements expérimentaux de la piste finale, repose en forme d'épitaphe. Un morceau glaçant, sublime de noirceur, à la sentence inéluctable, "There'll be no blossom on the trees.", peut-être le plus beau sur lequel Beth Gibbons ait jamais posé sa voix, en long crescendo terminal, tragique, où louvoie la guitare grisâtre d'Adrian Utley. Gibbons, penchée sur son micro, une silhouette voutée qui, alors que l'orchestre déroule sa mortifère complainte, descend saluer son public dans la fosse, paradoxalement chaleureuse et souriante de pouvoir partager ce qu'il nous est interdit d'exprimer avec nos propres risibles moyens. Il y a douze ans, j'avais pressé la jolie fille juste devant moi de lui filer une clope. Beth Gibbons taxait toujours une clope dans les premiers rangs. Il y a douze ans, on pouvait encore fumer dans les salles de concert. Mais Beth Gibbons n'était pas passée assez près de nous pour que la jolie fille blonde devant moi puisse lui filer une de ses clopes. Et moi je n'avais pas été foutu d'inviter la jolie fille blonde en bottes à boire un verre, alors qu'après le concert, nous nous étions infiltrés furtivement dans les coulisses pour essayer de croiser David Lynch. Ouais, y avait David Lynch programmé juste après Beth Gibbons. Ca n'avait pas été terrible, alors que Beth Gibbons avait été fabuleuse. C'est ce spleen majestueux qui m'était resté, alors que j'avais laissé la jolie fille blonde en bottes avec de beaux seins comme un con métro Opéra sans même lui demander son portable ou lui filer le mien. Elle travaillait à Canal et m'avait dit que Héléna Noguerra était "très conne". Ouais, y avait Katerine juste avant Beth Gibbons, le mec d'Héléna à l'époque. Ca avait été rigolo mais pas fabuleux, au contraire de Beth Gibbons, bouleversante. Et j'ai toujours regretté de ne pas l'avoir invité à boire un verre, ou de ne pas lui avoir au moins demandé son portable, ou filé le mien, à la fille. Il y a douze ans, si j'avais alors agi, qu'est ce que j'aurais pu faire et aurais réussi (comme dit Philippe Poirier) ? Et au lieu de ça je suis rentré seul. C'est ça qu'elle chante, Beth. On est tous passé à côté. Et quand l'automne s'en vient, le froid nous fait refermer nos manteaux en frissonnant un peu. Pas à cause de la température. Pas celle de l'extérieur en tout cas. Celle de l'intérieur, notre automne à nous, nos regrets éternels. Notre couronne à venir. On tremble en écoutant Beth chanter dans son écrin de velours. En attendant le nôtre.

note       Publiée le mardi 11 novembre 2014

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22goingon23 › mercredi 7 septembre 2016 - 20:30  message privé !

of course Sir et l'un des meilleurs du Zim, son intimiste, à fleur de peau et magnifique Blood on the tracks

zugal21 › mercredi 7 septembre 2016 - 20:09  message privé !

pick-pochette Dylan, non ?

Note donnée au disque :       
cyprine › mercredi 23 décembre 2015 - 07:45  message privé !

chair de poule (farcie) assurée...

Note donnée au disque :       
salida › jeudi 13 novembre 2014 - 23:38  message privé !

Enfin une chronique qui réévalue cet album précieux. Progmonster m'a fait découvrir tellement de chefs-d’œuvres que ça me fend le coeur (:)) à chaque fois que je ne m'y retrouve pas (Mars volta...). En partant du même constat (cet album c'est du portishead débarrassé du trip-hop), j’aboutis au résultat opposé. Débarrassé du trip-hop, il reste la quintessence de portishead. La voix exceptionnelle de Beth gibbons. En plus elle a eu le bon goût de s’acoquiner avec le bassiste du meilleur groupe de silence depuis harold budd (ou miles davis, au choix) et de garder le meilleur transfuge de portishead (adrian utley). Le résultat est sans âge, ce qui le rend aussi appréciable aujourd'hui qu'il y a 10 ans. On ne peut pas forcément en dire autant des albums de portishead, qui passé l'écran de fumée de la nouveauté révèlent des effets de prods finalement rachitiques (comme 95% du trip-hop).

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jeansairien › mercredi 12 novembre 2014 - 13:17  message privé !

Vraiment beau et touchant. Un album que je réécoute souvent et sans lassitude... Autant Portishead me fait chier, autant celui là me transporte à chaque écoute. Après, il est vrai que ce n'est pas vraiment comparable... un presque chef d'œuvre amha.

Note donnée au disque :