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Johann-Sebastian Bach (1685-1750) › Six sonates et partitas pour violon seul

6 titres - 113:16 min

  • CD 1 :
  • 1-4/ Sonate n°1 en sol mineur, BWV 1001
  • 5-12/ Partita n°1 en si mineur, BWV 1002
  • 13-16/ Sonate n°2 en la mineur, BWV 1003
  • CD 2 :
  • 1-5/ Partita n°2 en ré mineur, BWV 1004
  • 6-9/ Sonate n°3 en ut majeur, BWV 1005
  • 10-15/ Partita n°3 en mi majeur, BWV 1006

enregistrement

Enregistré à Berlin en novembre 1960 (bwv 1001,1006); février 1961 (bwv 1002,1005) et mars 1961 (bwv 1003,1004)

line up

Arthur Grumiaux (violon)

remarques

Ces partitions nécessitent naturellement la main d'un maître pour les servir. La place réservée aux échos, la prise en considération du silence qui entoure l'instrument sont primordiales, tout autant que le talent dans le maniement de l'archet. Cette version du grand Arthur Grumiaux est tout simplement extraordinaire, tant sur le plan acoustique qu'émotionnelle, et je la conseille particulièrement. La version la plus unanimement saluée est l'hallucinante interprétation de Nathan Milstein (DG), dont l'acoustique est, il est vrai, sans équivalent.

chronique

Styles
musique classique
Styles personnels
violon seul-baroque

Tout est dans le mot "seul". Sonates? Partitas? Peu importe... au travers de ces pièces à l'impact éternel, Johann Sebastian Bach ne révèle rien de moins que la nature profonde, et quelque peu insensée, de l'état de solitude, et par là même d'existence. Oui : le violon est plein, dense; oui : son chant est multiple et sa voix pleine d'échos. Mais malgré les accords arrachés aux quatre cordes, ces quelques harmonies, c'est un être solitaire, c'est une simple mélodie vibrant dans le silence, c'est toute une existence vouée à l'isolement qui s'exprime dans ces pages, comme s'il n'y avait rien d'autre... rien d'autre ni personne. Le chant de l'instrument s'évertue à la joie, la danse ou la tristesse, s'entête à exister dans ses propres échos, sans jamais regarder ce vide autour de lui, et au milieu duquel sa présence singulière résonne à l'infini. Il cherche à se suffire, à ne pas disparaître de ce monde sans témoin. Il ne montre ni faiblesse, ni doute, ni lassitude, il existe et c'est tout : il cherche la beauté. Les rythmes sont légers, les impulsions dansantes, les notes qui se succèdent se refusent à sonner comme le constat tragique d'une quelconque vanité : le cantor, au contraire, a composé une ôde à la simple existence : être seul, oui, peut-être... mais être, tout simplement. Ainsi la voix magique du violon valse d'une note à l'autre, fait des tours sur elle-même, des boucles et des saltos, ainsi ce chant tout seul tord le cou au néant par la foi invincible qui l'anime et le pousse, ainsi Bach nous révèle combien il est futile d'attendre la voix des autres pour y mêler la sienne. Que bach s'adresse à Dieu, à lui-même, à personne, n'a aucune importance. Que la musique ici soit nue et sans filet, sans ses habits d'orchestre, sans serviteurs nombreux, qu'il n'y ai qu'une mélodie pour porter sa parole n'est pas un pis-aller mais bel et bien le but, l'origine, et le sens de ces six partitions. Puisqu'il s'agit de Bach il semble bien inutile de s'apesantir dans les superlatifs qui pourraient qualifier l'extraordinaire beauté d'écriture de ces pièces. Le son de l'instrument, l'écrin exceptionnel que le lui offre ce silence qui l'accueille et l'entoure, la richesse de ses timbres... Bach démontre à quel point il est juste, respectable et sublime de n'avoir personne d'autre à qui parler que soi, et de parler quand même. Personne ne lui répond, pas une voix, pas un souffle, mais le violon est là, plein de vie et d'espoir, plein de la certitude qu'il suffit de chanter, même ignoré de tous, pour vaincre le néant. C'est bien plus qu'un chef-d'oeuvre, c'est une leçon morale, l'improbable découverte du plus beau des espoirs une fois tout disparu... un plaidoyer sublime, conscient et éternel, pour chacun d'entre nous.

note       Publiée le lundi 11 avril 2005

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GrahamBondSwing › jeudi 28 mai 2020 - 21:48  message privé !

Pas écouté depuis longtemps, mais intensément à une période donnée. La chaconne est une pierre angulaire du répertoire classique. Indispensable.

Note donnée au disque :       
merci pour le fusil... › samedi 2 mai 2015 - 16:09  message privé !

Il y a Tout ce dans ce Bach là, tout ce qu'il faut pour combler l'âme rabougrie. Ce n'est jamais complaisant, impudique, intempérant. Tout le contraire de ce qu'essaye d'atteindre les musiques extrêmes, mainstream ou d'époque.

taliesin › vendredi 12 octobre 2012 - 18:05  message privé !

Bon, ce n'est pas cette version que je possède, mais en dehors de l'interprétation même, 6 boules. Bach, c'est 6 boules. 7, même. Pour rebondir sur le commentaire d'Arno : une preuve de l'existence de Dieu ? Bach !!!

Note donnée au disque :       
Kronh › jeudi 11 octobre 2012 - 19:42  message privé !

Cette version de Grumiaux m’ennuierait presque, je la trouve trop chirurgicale. Milstein reste ici beaucoup plus convainquant.

Note donnée au disque :       
Arno › jeudi 15 octobre 2009 - 21:57  message privé !

C'est donc de là que vient l'athéisme des personnes de bon goût...