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Boredoms › Vision Creation Newsun

cd | 9 titres | 67:41 min

  • 1 [13:42]
  • 2 [05:22]
  • 3 [06:51]
  • 4 Spiral [06:33]
  • 5 [06:19]
  • 6 [07:21]
  • 7 [06:26]
  • 8 Ω [07:36]
  • 9 ずっと (Zutto) [07:31]

enregistrement

Sanwa studio, Osaka, Japon, 1999

line up

Yamatsuka Eye (chant, bidouillages, synthétiseur), Atr (batterie, percussions électroniques, voix), E-da (batterie, percussions, voix), Hilah (basse, effets, voix), Izumi Kiyoshi (samples, synthétiseurs), Yamamotor (guitare, voix), Yoshimi (batterie, percussions, voix)

chronique

Styles
rock
Styles personnels
noise > neo psychédélique

Difficile de s'imaginer que ces vétérans de la scène punk japonaise puissent un jour se mêler à l'univers progressif...Pour ce conceptuel "Vision Creation Newsun", il s'agit plus, à proprement parler, de retour à une certaine forme de psychédélisme qui aurait tenu compte des dernières évolutions en matière de technologie, sans perdre de vue toutefois l'importance de l'aspect organique de cette grammaire particulière puisque tous les éléments qui font la richesse du genre y sont déployés - qu'il s'agisse des murmures aux délires guitaristiques en passant par le plombage métronomique de la section rythmique. Un long trip, sans escales, et très fun, mais qui n'a quasiment plus rien à voir avec l'univers déjanté autrefois mis en exergue par les compagnons de Yamatsuka Eye.

note       Publiée le lundi 5 novembre 2001

chronique

Clairement, pour les fans des Boredoms habitués à la violence extrême de leurs débuts – ou même à leurs élucubrations plus "posément" expérimentales du début des nineties – l’arrivée de Vision Creation Newsun a un fort goût d’inattendu, de déroutant et de sensationnel : faites place, voici venir le disque-confirmation d’un tropisme electronica, suite au premier grand virage opéré par Super AE vers une musique plus totémique et lancinante. Certes, plus d’un indice avait été auparavant laissé par EYE sous son pseudo DJ Pica Pica Pica (et son turntablism d’enfer) et bien sûr, à travers l’EP Super Go!!!!! mais, de là à imaginer la bombinette d’une telle orgie polyrythmique ? Sortant définitivement la tête de l’underground officieux, le groupe japonais entame sa révolution sonore. La tendance no wave et le punk de Sonic Youth sont laissés dans un coin d’armoire, et comme si les Super Roots précédents n’avaient tendu qu’à cette décision ultime, on opte à 1000% pour un krautrock monté sur ressorts, de la zique cosmique du genre ultra-percussive et cathartique, explosion continue de bruits et de samples en tous genres. Plus d’une heure de trip sous acide, clin d’œil appuyé à Can de Future Days et consorts (cf. la flèche vers le haut), qui nous prend le corps dès la seconde minute avec cette accélération de tempo subite, et bien sûr cette scansion du mantra éponyme, reprise quelques minutes plus tard la tête enfoncée dans un réacteur d’avion supersonique. Car pour planer, ça plane ! Le cercle domine le débat. Des tours de rase-mottes le long de paysages mouillés, des crop circles en faisant les cent pas de danse. Les synesthésiques goûtent les couleurs les plus vives, les plus barbouillées que fomente leur psyché, les mélodies leur gratouillant la gorge… Pour le commun des mortels, les yeux éblouis par le royal astre solaire devinent dans la silhouette qui les surplombe un capitaine d’aéronef, humain vêtu de synthés, qui aime déranger les oiseaux, les insectes et les grenouilles sur son passage de sons enflammés. Beats marqués métronomiquement, soli de guitare en roue libre sur une mer de cymbales fracassées, marée montante de bidouillages électroniques, voix en auréoles ; du delay à la pelle, et surtout, ce coup de phaser monumental – là, juste avant le tilde de la cinquième piste – sur lequel, définitivement, il est complètement impossible de garder son calme (ou une quelconque contenance). On frétille avec sa banane. Dans ce joyeux foutoir, ce capharnaüm inspiré par le bel azur infini, les musiciens n’ont clairement pas besoin de notre permission pour leur accorder cette transe. Quruli, Supercar, Fishmans ? Boredoms met tout le monde d’accord. Vision Creation Newsun, c’est l’aube d’un nouveau siècle.

note       Publiée le mardi 13 février 2018

chronique

Styles
ovni inclassable
progressif
krautrock
rock
psychédélique
Styles personnels
newsuuuuuuuuuun

Une fois n’est pas coutume, je sors brièvement de ma retraite pour m’occuper des Boredoms. Voir cette chronique lapidaire et son vieux 3/6 (parions que même Proggy doit se sentir gêné, hey regardez la date de la chronique ! Vous n’étiez même pas majeurs à l’époque) me brise le cœur et les reins. Et puis, d’une façon assez marrante, ça fête les quinze ans de ma « prise de conscience », aka la découverte de ce qui deviendra probablement mon groupe « fétiche » (au sens psychopathologique du terme, pervers), découverte réalisée grâce, justement, aux chroniques de Proggy (celle de Wow 2 à l’époque, et du tape trading). La position très particulière des Boredoms dans mon histoire ne doit pas balayer d’un revers de main la note en bas (6/6, bien entendu) et la qualité outrancière de cet album dont la jauge bonheur-joie dépasse toutes les limites de votre imagination. Car Vision Creation Newsun, sorti tout juste un an après le choc Super AE, s’inscrit dans une histoire (déjà longue, vaguement documentée sur ces pages) et une direction qui ne faisait de doute pour personne (c’est à dire pour les trois pelés qui écoutaient les Super Roots). Les couleurs feutres fluos des deux précédents albums se sont mués en une explosion cosmique en expansion sans horizon. Les côtés parfois potache et rigolo voir infantile des précédents ont disparus au profit, non pas d’une maturité, mais d’une insouciance heureuse liée à l’esprit libéré par l’expérience – cette musique à la fois complexe et simple, instinctive-tribale comme jamais, mais paradoxalement chiadée dans sa cascade d’effet, de montée d’intensité maîtrisée au millimètre (son côté japonais, sans doute, c’est à dire libre dans un espace restreint), où chaque instrument s’exprime à foison dans un lieu définit par avance – ce qui deviendra dans un futur proche le gimmick des concerts des Boredoms, les 77, les 88 et compagnies, avec son installation circulaire, etc – de concert des Boredoms, justement, dont je fus l’heureux témoin en 2016, un trou dans mon espace mental dont je ne suis toujours pas sorti, puisque je n’ai toujours aucune idée de ce qui s’est passé à ce moment là, si ce n’est que j’ai oscillé sur moi-même pendant un bon moment – cette musique complexe et simple, disais-je, qui appelle au meilleur du rock transcendantal (Faust, Neu !, Agitation Free, les jeunes Electric Orange, etc) mais « avec » les éléments du foutoir accumulé sur les années précédentes, des synthés, des trucs electronique improbables, des lecteurs de bandes déficients, des montagnes d’effets, des riffs à deux notes concassés-mixés-digérés-réingurgités à l’infini. Dariev Stands, notre aimable chroniqueur, comparait cet album dans les commentaires à une partie de Parodius sous produits hallucinogènes, ce qui n’est pas loin de la vérité – mais ce serait omettre le caractère homérique et marathonien du voyage. La ligne tracée par les batteries, d’abord rectiligne, se tord peu à peu sous les effets innombrables de la guitare, des dispositifs électroniques, ployant sous le poids des couches interminables se superposant à l’infini, en mille feuilles, y comprit quand l’acoustique s’invite et que l’accalmie abrite – quand bien même il s’agit de l’œil du cyclone, de l’apex hyperbolique, ce petit empattement, cet écrasement, ce bref moment de lévitation, suspendu dans l’espace et le temps, flottant légèrement entre l’accélération ascendante et la décélération attenante, répétée à l’envie comme des vagues au milieu de l’océan, un océan de textures tantôt granuleuses, tantôt lisses et douces comme un gel, une huile froide pour tempérament fiévreux, soumis au ressac des cycles solaires et lunaires, à l’échelle macroscopique. Vos renseignements pris sur internet, glanés sur des sites qui n’y connaissent rien par des « critiques » (des « experts » ?) encore moins au fait, tournent autour de la litanie Super-ae-la-matrice, « l’audace après le punk expérimental » et autres conneries (sans même savoir que la matrice de Super ae se trouve déjà dans Wow 2), comme si les types faisaient semblant de ne pas avoir découvert ça avec dix ans de retard – ce qui, en l’état, n’a aucune importance – alors que, déjà, Super Roots (5-6-7), et ensuite, que si une année seulement sépare l’un de l’autre, ce n’est pas qu’il s’agisse de pointillé, mais bien d’un triangle devenu carré devenu pentagone devenu hexagone devenu heptagone devenu octogone devenu enneagone devenu decagone devenu hendécagone devenu dodécagone devenu triskaidecagone devenu etc, et parfois même l’inverse, devant nos yeux, sautant deux stages, trois stades, un kaléidoscope tournant sur lui-même tournant sur lui-même tournant tout autour et encore autour, accroché sur le nez d’un satellite en orbite autour d’un satellite lancé à pleine vitesse dans le vide sidéral de l’univers chiffonné. Un atterrissage n’est pas envisageable, vous pensez bien.

note       Publiée le mercredi 14 février 2018

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DukeOfPrunes › samedi 17 février 2018 - 10:20  message privé !
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Tu m'étonnes ! ça vaut bien un paquet de céréales !

Note donnée au disque :       
Procrastin › samedi 17 février 2018 - 08:03  message privé !

3 matins de suite, punaise comment ça file la patate pour toute la journée! Merci pour la découverte. (C'est très très bien aussi OOIOO !)

saïmone › mercredi 14 février 2018 - 11:53  message privé !
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(sinon oui, Rovo, dans lequel oeuvre Yamamotor !)

Note donnée au disque :       
saïmone › mercredi 14 février 2018 - 10:22  message privé !
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Vu que je l'avais quand même écrite, je la poste...

Note donnée au disque :       
dariev stands › mardi 13 février 2018 - 19:39  message privé !
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Ah, ça fait plaisir de voir Dukeofprunes d'humeur joueuse comme ça ! Ouais, disque définitif de la période post-2000, plus le temps passe, plus ses rejetons (conscients ou non) s'avèrent nombreux. Un trip très vertical, méditerranéen, comme fraîchement sorti de la matrice (la pochette est carrément adéquate). Quant à OOIOO c'est le type même du petit side project mignon qui cache en fait de sacrés trésors ! Dans le genre de Vision Creation Newson, essayez aussi zOoOoOm, AOA, (ces noms!) et surtout Rovo, en particulier leur album "Sai" (sous-entendu "veut ce disque"?)... Y'a juste plus qu'à trouver un nom pour ce genre de motorik-ascencionnel...