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Pierre Henry (b.1927) › Messe de liverpool / Fantaisie messe pour le temps présent

  • 1999 • Philips 464402-2 • 1 CD

7 titres - 69:43 min

  • MESSE DE LIVERPOOL
  • 1/ Kyrie (6:02)
  • 2/ Gloria (5:12)
  • 3/ Credo (14:55)
  • 4/ Sanctus (5:46)
  • 5/ Agnus dei (8:43)
  • 6/ Communion (6:35)
  • 7/ FANTAISIE MESSE POUR LE TEMPS PRESENT (22:22)

enregistrement

Studio Apsome, Paris, 1967. Pour "Fantaisie messe pour le temps présent", remix de Pierre Henry (1991) et de William Orbit (1997) réalisés au studio Son/Ré, Paris.

line up

Michel Colombier (arrangements, direction d'orchestre), Pierre Henry (réalisation sonore), Jacques Spacagna (phonèmes et voix sur "Messe de Liverpool"), Jacques Alric (voix du "credo").

remarques

La "Messe de Liverpool" est une commande pour la cérémonie inaugurale de la nouvelle cathédrale du Christ-Roi de Liverpool. La "Messe pour le temps présent" dans sa version originale (1967) est co-composée par Pierre Henry et Michel Colombier. Elle comporte ici des remix de Pierre Henry et de William Orbit.
Il s'agit du troisième volume (disponible séparément) du coffret Mix 01.0. Il y a 4 coffrets "Mix" (16 disques au total) qui constituent une anthologie de l'oeuvre de Pierre Henry conçue par le compositeur lui-même.

chronique

Les délires sonores de Pierre Henry sont toujours très sérieux. Et pourtant... on a du mal à imaginer la création de cette messe de Liverpool, première pièce du présent disque, dans une cathédrale. Ca a dû leur faire un sacré choc, à ceux qui pensaient entendre une oeuvre sacrée un peu respectueuse des traditions, comme cela se fait parfois même chez les compositeurs d'avant-garde lorsque l'on aborde le domaine du religieux. Mais non, le compositeur français se livre, toujours avec la même fureur d'expérimentations, à une revisite complète du genre. Cette messe "concrète" est précise sans être sèche, tranchante sans être austère : peu de sons utilisés, des échantillonnages de cordes qui rappellent la musique sérielle dominante à l'époque, des samples de percussions diverses, xylophones, clochettes, gongs ; et surtout la voix, un des matériaux sonores de prédilection du compositeur français : n'oublions pas que c'est une messe. La voix, donc, et quelle voix ! Le texte sacré traditionnel est tronçonné, déconstruit syllabe par syllabe, puis reconstitué pour être la matière première d'une prière dite dans une langue qui rappellerait vaguement la nôtre, pour adorer le dieu d'une religion qui n'aurait pas encore été inventée (ou alors par Lovecraft, peut-être). Choeurs graves à la limite de l'infra-son, psalmodies bégayées, cris d'émerveillement primitifs ("agnus dei"), accompagnent un récitant qui fragmente le texte en phonèmes, tantôt avec une ferveur toute religieuse, tantôt dans des râles agonisants puis orgasmiques, chuintant puis nasillard, allant jusqu'à nous cracher le nom de Jésus à la figure ("Sanctus"). Cela parlera à l'inconscient de chacun des auditeurs et personne n'y entendra la même chose. Deux mouvements font cependant exception : le "credo" central, au chant plus traditionnel, où des alarmes électroniques, buzz, sonneries diverses et cordes sont entendus en contrepoint, occasionnant plusieurs changements d'atmosphère, et donnant à cette partie une impressionnante pesanteur sacrée, devant laquelle on se sent plus petit. Et le final, cette "communion" qui est à mettre au panthéon des musiques électroniques, terrifiante montée du bourdonnement assourdi de voix qui semblent venir d'outre-tombe : âmes en souffrance qui se mêlent dans un montage de boucles virtuose, dont le son rejoint progressivement la note unique tenue par l'orgue durant tout le mouvement dans une véritable transe. Un sommet qui à lui seul justifierait l'écoute de cette messe. Quant à "Fantaisie Messe pour le temps présent", qui complète ce disque (la "Messe pour le temps présent" originale date de la même année 1967), ça n'est à côté qu'un aimable divertissement, avec des moments tout de même franchement jouissifs, en partie dus aux remix de William Orbit (la Fantaisie comporte également des extraits de l'oeuvre originale et des remix de Pierre Henry lui-même). Que dire de cette Messe célèbre et célébrée dont se sont réclamés toute une génération de musiciens électroniques d'aujourd'hui ? D'abord, qu'elle donne à elle seule, trop pop pour être honnête, une idée bien fausse de l'art de Pierre Henry, les accents rocks étant dus aussi et surtout à Michel Colombier, compositeur-arrangeur génial et farfelu. Ensuite qu'elle est à la base d'un malentendu : certes, les techniques de la musique concrète (échantillonnage, montage, boucles, filtrage, distorsions de sons...), inventées par Pierre Schaeffer et Pierre Henry, sont les mêmes que celles qu'utilisera la techno 35 ans plus tard ; mais ce qu'en fait la musique concrète est une poétique de l'objet sonore qui va bien au-delà des contraintes technologiques dont elle est tributaire, et qui est souvent fort éloignée de ce qu'on regroupe aujourd'hui sous le vocable de "musiques électroniques". Mais bon, je ferai une conférence à ce sujet un autre jour. Pour l'heure, je préfère inviter chacun à se faire une idée par soi-même.

note       Publiée le samedi 12 mars 2005

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floserber › jeudi 12 novembre 2009 - 12:38  message privé !

C'est vrai que "Fantaisie messe pour le temps présent" est assez lourde par moments, mais ici on a l'impression que le thème de Psyché Rock est répété jusqu'à l'écoeurement, certains beats sont tous simplement caricaturaux et je me demande si ce n'est pas aussi un choix esthétique de la part de l'auteur, si ce n'est pas simplement une farce. Quand à la "Messe de Liverpool" elle est hallucinante.

Note donnée au disque :       
mangetout › mercredi 10 décembre 2008 - 22:12  message privé !

La grosse faute effectivement, je fais amende honorable !

empreznor › mercredi 10 décembre 2008 - 22:03  message privé !

"Anfractuosité" , t'ecris bien alors pas la peine de gacher tout ça stp... Ouais sinon la musique? Pierre Henry? Je pourrais dire que je l'ai vu en concert (la plus grosse différence avec Lemmy jusqu'à maintenant); ce concert concret avec Truffaz et son travail avec Colombier me donnent envie d'en savoir plus. Escroc ou génie, oui la question fait cliché, mais semble on ne peut mieux correspondre au personnage.

mangetout › mercredi 10 décembre 2008 - 20:56  message privé !

J'ai acheté récemment le mix 1.0 du programme de réédition de Pierre Henry chez Philips dont ce disque est extrait et pour l'instant je n'ai écouté que ce disque et si la "Fantaisie Messe pour le temps présent" n'est, comme son nom l'indique, qu'une fantaisie sympathique (le big beat de William Orbit y est quand même assez efficace), la "Messe de Liverpool" par contre est, elle, tout bonnement terrassante, le travail sur la voix relève juste du génie, découpant le temps et le vocable en anfractuosités infinitésimales reconfigurées et réassemblées avec une science de l'agrégation rare, quant à son pendant instrumental qu'il soit bâtit sous forme d'architectures pointillistes ou d'un seul bloc granitique, il participe à créer une masse sonore qui crépite, jaillit, avance et vit sa propre vie comme si les voix vivaient la leur sur un autre plan, une autre dimension. Son audition dans l'enceinte de l'édifice sacré a du être d'une divine réjouissance doublée d'un étonnement certain pour les âmes humaines qui assistaient au déluge sonore.

Spektr › dimanche 3 février 2008 - 10:51  message privé !
Hum moyennement aimé celui-ci, parce que toutes ces expérimentations vocales sont impressionnantes, mais finalement on s'emmerde un peu (comme dans Granulométrie)
Note donnée au disque :