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Philip Glass (1937) › Einstein on the beach

20 titres - 200:40 min

  • CD 1 - 1/ KNEE 1 (8:04) - 2/ TRAIN 1 (21:25) - TRIAL 1 - 3/ Entrance (5:42) - 4/ "Mr. Bojangles" (16:29) - 5/ "All Men Are Equal" (4:30) - 6/ KNEE 2 - CD 2 - 1/ DANCE 1 (15:53) - 2/ NIGHT TRAIN (20:09) - 3/ KNEE 3 (6:30) - TRIAL 2 / PRISON - 4/ "Prematurely Air-Conditioned Supermarket" (12:17) - 5/ Ensemble (6:38) - 6/ "I Feel The Earth Move" (4:09) - CD 3 - 1/ DANCE 2 (19:58) - 2/ KNEE 4 (7:05) - 3/ BUILDING (10:21) - BED - 4/ Cadenza (1:53) - 5/ Prelude (4:23) - 6/ Aria (8:12) - 7/ SPACESHIP (12:51) - 8/ KNEE 5 (8:04)

enregistrement

Enregistré de janvier à juin 1993, The Looking Glass Studios, New-York

line up

Lisa Bielawa (soprano), Jon Gibson (saxophone soprano, flûte), Martin Goldray (claviers), Kurt Munkacsi (traitement du son), Richard Peck (saxophones alto et ténor, flûte), Michael Riesman (direction musicale, claviers), Andrew Sterman (flûte, piccolo, clarinette basse), Lucinda Childs, Gregory Dolbashian, Jasper McGruder, Sheryl Sutton (récitants), Gregory Fulkerson (violon), Patricia Schuman (soprano solo dans "Bed"), CHOEURS : Marion Beckenstein, Michèle A. Eaton, Kristin Norderval (sopranos), Katie Geissinger, Margo Gezairlian Grib, Elsa Higby (mezzo-sopranos), Jeffrey Johnson, John Koch, Eric W. Lamp (ténors), Jeff Kensmoe, Gregory Purnhagen, Peter Stewart (barytons).

remarques

Cette interprétation récente est à mon sens bien supérieure à la version "historique" plus ancienne parue chez Sony.

chronique

Voici un disque qui vous ouvrira peut-être les portes de la musique contemporaine, dans ses manifestations les plus agressives, les plus férocement radicales, ultimes, jusqu'au-boutistes, que sais-je encore... Ce fut le cas pour moi. Dans l'oeuvre de Philip Glass, il y a un avant et un après "Einstein..." : d'abord parce que cet opéra est la manifestation définitive de son langage musical sous sa forme la plus pure, raison pour laquelle il n'y reviendra plus par la suite, entamant une deuxième période créatrice plus ouverte aux influences extérieures ; ensuite parce que "Einstein" lui apporta ce qu'il est convenu d'appeler la gloire, lui permettant de s'imposer comme un des compositeurs importants de son époque. 1976, l'année où fut créé le spectacle au festival d'Avignon, est d'ailleurs également l'année de création de "Music for 18 musicians" de Steve Reich, qui propulsa pareillement son auteur sur le devant de la scène. Toutes les aspirations, tous les délires artistiques et musicaux que nous n'osions pas imaginer sont là, présents. Je me plais parfois à imaginer la tête qu'ont dû faire les premiers spectateurs de cet opéra : 5 heures de musique sans interruption (on avait le droit d'aller se dégourdir les jambes de temps en temps durant le spectacle), pas d'histoire compréhensible, des textes n'ayant aucun sens (mais qu'on peut aussi interpréter comme étant saturés de sens), scandés par les notes de solfège et des numéros correspondant au rythme de la musique, ou bien à rien du tout, comme lorsqu'il faut tester un micro et qu'on se retrouve comme un idiot à dire "un, deux, un, deux...", et puis la mise en scène de Robert Wilson, faisant partie intégrante de ce spectacle total (Wilson a collaboré très étroitement avec Glass dans la conception de cette oeuvre, mais la musique reste du seul Philip Glass). Non, vous n'apprendrez rien sur Einstein en écoutant cette musique ; mais vous aurez peut-être la chance de vivre une expérience nouvelle car il y a quelque chose là-dedans de... comment dire ? extra-terrestre, inhumain : oui, voilà, cet objet musical n'est pas de ce monde. Des musiques qui se sont voulues révolutionnaires, il y en a eu beaucoup ; mais des musiques qui ont comme Einstein la force de changer votre perception du temps et de l'harmonie sonore, de faire vivre cette fameuse "expérience intérieure" que nous recherchons tous plus ou moins confusément en écoutant des choses "extrêmes", il y en a bien peu. Tout commence étrangement quoique timidement par la répétition de trois accords au clavier, puis viennent des numéros énoncés au hasard, la récitation d'un texte absurde ("It could get some wind for the sailboat. And it could get for it is. It could get the railroad for these workers. And it could be were it is. It could be Franky it could be very fresh and clean. It could be a balloon. All these are the days my friends and these are the days my friends.") avec le choeur des femmes qui chante des nombres mais cette fois-ci selon la durée des accords ("one two three four, one two three four five six, one two three four five six seven eight") et le choeur des hommes qui scande les harmoniques en chantant tout simplement les notes de la musique ("do, ré, mi..."). Voilà, cela se répète des dizaines de fois, et pendant ce temps les spectateurs de cet "opéra" non-conventionnel entraient dans la salle, déjà plongés dans un curieux bain sonore. Pour nous aussi, c'est le moment où il faut "entrer" dans l'oeuvre, en douceur. Après, avec "Train 1", tout s'emballe, nous pénétrons un maelstrom sonore répétitif, qui acquière ici une puissance inédite. Les saxophones répètent le même arpège tandis que les voix font varier la longueur des motifs rythmiques, pour que des cycles se forment, se décalant par rapport à l'arpège de base puis revenant à la même place - la vitesse est telle qu'on est pris de vertige ; puis les deux autres thèmes principaux de l'opéra seront exposés dans ce même mouvement. Les mouvements avatars de ce "Train 1" sont "Night train", à l'ambiance étonnament douce et feutrée, et "Building", formidable pulsation des claviers sur laquelle s'élèvent les notes du choeur puis le saxophone de Richard Peck. Dans "Trial", "Trial 2 / Prison" et "Bed", les thèmes sont allongés puis rétractés, procédé désormais coutumier pour qui connaît Philip Glass, mais ce qui augmente ici la fascination, c'est la récitation de ces textes sans queue ni tête, la sensualité inouïe chez Glass de l'"aria" ; et puis il y a bien sûr le tournoiement ensorcelant de l'"Ensemble", procédé là encore parfaitement maîtrisé depuis "Music in twelve parts" mais dont la grisante euphorie qu'il provoque, avec son tutti de flûtes, était jusqu'alors inégalée. Les actes sont articulés autour de pièces "charnières" (d'où leur nom de "knee") toutes composées selon la même structure : écoutez la furie violonistique de "knee 2" et "knee 4", et surtout le battement du choeur a capella de "knee 3", peut-être la pièce la plus envoûtante de l'oeuvre. Gardons pour la fin "Dance 1", "Dance 2" et "Spaceship" : là, c'est le point de non-retour. Dans "Dance 1", on ne peut plus séparer de la masse sonore les instruments et les voix dans leur individualité ; l'énergie cinétique que dégage cette musique répétitive nous capte et semble n'être pas de ce monde. "Spaceship", qui combine et fusionne à peu près tout ce que l'on a entendu précédemment dans une fureur apocalyptique, agit de même sur la conscience de l'auditeur : machinisme de la musique, robotisation des voix, vitesse folle d'un carrousel instrumental qui ne cesse de tournoyer : Glass confirme qu'il est bien passé maître dans l'art de faire atteindre une certaine forme de transe à l'auditeur. "Knee 5" clôt l'opéra sur une note absurdement romantique, effaçant tout ce qui a précédé, renvoyant au tout début comme si rien n'avait eu lieu... LE chef-d'oeuvre de Philip Glass, celui qui vous hantera le plus durablement.

note       Publiée le samedi 5 mars 2005

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merci pour le fusil... › mardi 27 janvier 2015 - 21:45  message privé !
Alfred le Pingouin › samedi 20 juillet 2013 - 14:31  message privé !

je confirme, cette version est meilleure que celle de Sony des années 80. Plus de nuances, des tempos et des voix moins "mitraillettes", des synthés plus doux. Vraiment plus agréable à écouter.

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Arno › jeudi 14 juin 2012 - 23:41  message privé !

Il me semble que dans Knee 4, la partie rapide est chantée "Do - Ré - Mi - Fa - Sol"... et la partie lente "La - Sol - Do - Mi"... Depuis que je m'en suis rendu compte, je ne peux plus écouter ça sans rigoler... "La SoDoMie"...

Note donnée au disque :       
Richter › samedi 17 mars 2012 - 09:40  message privé !

C'était la première hier soir et effectivement j'ai passé un très bon moment. Ca continue ce soir et demain pour ensuite poursuivre par l'Italie, Londres, Toronto, Brooklyn, Berkeley, Mexico et Amsterdam. La version a duré 4h30 et il y a des choses que j'ai plus aimé que d'autres. En tout cas voir cet opéra en vrai et ne pas se limiter à ses cds, bah ça change beaucoup la perception de la chose. Les séquences plus théâtrales, je les ai trouvé un peu trop longues (le tribunal). Par contre les scènes dansées (Dance 1 et 2) étaient monstrueuses et la chanteuse a eu bien du courage car ce n'est pas évident à faire. Des scènes excellentes, Train, Building ou Bed. Et puis que dire des Knee qui servent d'entracte entre les différentes scènes mais qui sont surtout de véritables perles. Je ne comprends pas les gens qui allaient faire un tour entre chaque scènes et qui au final dérangeaient tout le monde. Je n'étais jamais allé à l'opéra Berlioz de Montpellier. C'est une chouette salle, un opéra moderne, on est bien assis et l'acoustique n'est pas dégueu. A noter la présence de Robert Wilson, Lucinda Childs et Philip Glass qui sont venus saluer le public à la fin de la représentation...

Note donnée au disque :       
mangetout › lundi 27 février 2012 - 17:38  message privé !

Tu devrais passer un bon moment, sacré veinard. Bonne soirée !