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Philip Glass (1937) › Two pages / Contrary motion / Music in fifths / Music in similar motion

4 titres - 74:13 min

  • 1/ Two Pages (17:56)
  • 2/ Contrary Motion (15:31)
  • 3/ Music In Fifths (23:19)
  • 4/ Music In Similar Motion (17:11)

enregistrement

Enregistré à New-York : "Contrary Motion" et "Two Pages" en mars 1975 au Basement Recording Studio ; "Music In Similar Motion" en juin 1971 au Martinson Hall du Public Theater ; "Music in fifths" en juin 1973 à Butterfly Productions.

line up

Steve Chambers (orgue électrique), Jon Gibson (saxophone soprano), Philip Glass (1937) (electric organ), Dickie Landry (saxophone soprano), Kurt Munkacsi (ingénieur du son, électronique), Arthur Murphy (orgue électrique), Robert Prado (flûte), Michael Riesman (piano)

remarques

Ce disque reprend en CD des enregistrements de jeunesse de Philip Glass sortis en vinyle sous les titres "Solo Music" et "Music In Similar Motion And Music In Fifths"

chronique

Il existe paraît-il une torture chinoise qui consiste à faire tomber de l'eau goutte à goutte sur le crâne d'un homme. Cela peut durer des semaines sans discontinuer. Au début, cela gêne, puis dérange considérablement, la victime entendant le "plic" résonner à l'intérieur de sa tête. Puis, au bout d'un certain temps, elle ne s'en rend plus compte...jusqu'à ce que l'eau s'arrête de tomber. Alors, la victime devient folle. C'est l'effet que peut faire cette musique de Philip Glass : vous vous ennuierez à mourir puis une étrange torpeur s'emparera de vous et vous ferez le vide en vous ; vous ne vous rendrez même plus compte que la musique vous entoure, plongé dans un quasi-état de transe. Et votre réveil, votre retour brutal à la réalité ne se fera que par l'arrêt de cette musique. Ne vous inquiétez donc pas : c'est l'effet espéré, sans aller jusqu'à vous pousser à la folie. Bon, l'autre cas de figure classique, c'est qu'au bout de trois minutes vous vous disiez : "Mais qu'est-ce que c'est que cette merde ? Cest toujours la même chose, on dirait un disque rayé !" et que, à bout de nerfs, vous balanciez ce disque à la poubelle. Je vous laisse faire le test. Mais ce qu'il faut quand même dire sur les quatre pièces de ce disque (composées entre 1968 et 1974), c'est qu'elles constituent la base : la base du langage de Philip Glass, son solfège, à partir duquel il développera toutes ses oeuvres postérieures. Ici, comme nous sommes au tout début, il faut vous imaginer ces happenings musicaux new-yorkais des années soixantes, où quelques intellos à cheveux longs se réunissaient dans un loft de Soho pour se faire un trip d'art contemporain (et éventuellement d'autre chose). Le langage de Glass est intransigeant, austère, radical : l'utilisation des processus additifs est mise à nu - il n'y a pas un gramme de graisse. Cette radicalité est à l'époque nécessaire pour s'affirmer face aux autres avant-gardes musicales. Nous sommes dans sa première période, qui culminera et s'achèvera à mon sens en 1976 avec "Einstein on the Beach", pour laisser place à une musique plus ouverte sur des influences extérieures et plus empreinte d'une aura religieuse dans les années 1980, avant de sombrer dans une certaine facilité dans les années 1990. Mais là, foin de tout ça, Glass est sans pitié : répétition d'un motif pendant 18 minutes dans "Two Pages", avec adjonctions successives de blocs de notes qui l'allongent, puis réduction de ce motif de manière symétrique. Allongement indéfini du thème par le même processus additif dans "Contrary motion", avec la mélodie qui est jouée main droite et main gauche, accompagnée d'harmoniques qui durent de plus en plus longtemps, à mesure que s'allonge le thème, qui se métamorphose progressivement : cette pièce a un pouvoir hypnotique fascinant qui annonce déjà la grande réussite d'"Einstein..." Même chose ou presque dans "Music in fifths", où les instruments jouent toujours en tutti (tous ensemble), créant une "épaisseur" de la couche sonore contribuant à l'éventuel effet de transe (une constante ensuite dans sa première période). Enfin, "Music in similar motion" marque une progression plus nette avec l'arrivée régulière des divers instruments et de lignes mélodiques parallèles ; on pense ici déjà à ce qui sera le monumental "Music in twelve parts". Faites donc l'expérience d'écouter ce disque, fondation des chefs d'oeuvre à venir, et vous me direz si oui ou non vous êtes tombés pour la transe...

note       Publiée le jeudi 3 mars 2005

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Wotzenknecht › jeudi 20 décembre 2007 - 01:12  message privé !
J'ai eu le droit à 'Contrary Motion' hier soir au CNSMD et c'est ma foi une très belle pièce, rapide et étincelante.
Nokturnus › mardi 2 mai 2006 - 21:45  message privé !
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Okay, merci pour ces précisions, je vais essayer de jeter une oreille dessus ^^
Trimalcion › mardi 2 mai 2006 - 20:55  message privé !
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Oui et non... Ça c le début, et le plus "austère" (certains traduiront : chiant) ; dans cette période je pense qu'il faut au moins connaître Einstein on the beach. Mais commence par écouter Satyagraha ou Akhnaten, plus accessibles, là c difficile de ne pas immédiatement tomber sous le charme.
Note donnée au disque :       
Nokturnus › mardi 2 mai 2006 - 19:43  message privé !
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Tiens d'ailleurs, est-ce que cela ressemble vraiment à ça Philip Glass ?? Parce que bon, faut avouer que ce qu'on entend dans cet épisode, c'est un peu...enfin, voila quoi...
Arno › mardi 26 avril 2005 - 00:33  message privé !
Notons en complément important à ces chroniques que Philip Glass fait une apparition remarquable dans un épisode ma foi fort scatologique de South Park...