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Miles Davis › Pangaea

2 titres - 87:38 min

  • CD1
  • 1/ Zimbabwe 41.48
  • CD2
  • 2/ Gondwana 46.50

enregistrement

Produit par Teo Macero; Enregistré live au Hall Festival d'Osaka, Japon, 1er févrir 1975. Ingénieur : Tomoo Suzuki

line up

Pete Cosey (guitare, synthés, percussions), Sonny Fortune (saxophones soprano et alto, flûte), Al Foster (batterie), Michael Henderson (basse), Reggie Lucas (guitare), Mtume (congas, percussions, water drum, rythm box)

remarques

Bien qu'enregistrés live, "Agharta" et "Pangaea" sont à ranger selon moi dans les recueils studio, en ce sens qu'ils valent fondamentalement pour les compositions inédites qu'ils proposent.

chronique

Styles
jazz
rock
ovni inclassable
Styles personnels
jazz électrique quintessenciel...

"Gondwana" est une des pièces les plus fascinantes qu'ait engendrées le génial Miles Davis. L'atmosphère inédite de mystère aérien entretenue par la flûte de Fortune donne le ton dès l'intro de ces trois fantastiques quarts d'heure, envoûtants, aérés, soutenus dans le lointain par les rythmes roulants, retenus ou lascifs d'Henderson et Foster. "Now the band settled down into a deep african thing, a deep african-american groove, with a lot of emphasis on drums and rythm..." disait Davis. De retour en effet sur les rivages vaudous de "Bitches brew", "Gondwana" se déroule comme une séance de spiritisme, une soirée de maléfices et d'appels aux esprits, dans le silence de la nuit, la chaleur du grand feu, et la transe des fidèles. Étoiles, potions et sueur. Minutes entières tenues par une seule percussion, reverb' dans le silence et la batterie qui passe comme un tigre à l'affût, trompette et saxophone étincelants dans le ciel comme des éclairs d'argent, versant nocturne de "Zimbabwe" et de son insupportable frénésie, "Gondwana" clôt comme il se doit, avec génie et exhaustivité, la période la plus folle de la vie de Davis. Elle demeure l'aboutissement de ce mythique 1er février 1975, et des sept années noires, tout comme miraculeuses, qui y ont mené. Avant ce long périple dans les arcanes nocives des possessions sorcières, "Zimbabwe" la sauvage, la dangereusement longue, met l'esprit à genoux et pulvérise les nerfs. Il n'y pas un jazzman autre que Miles Davis qui aurait accepté, et ici demandé, de jouer sur un tel rythme, si rapide et si rock que ce poum-tchack furieux dans lequel Al Foster s'élance dès l'ouverture. La densité pesante du Prelude d'Agharta trouve ici sa maîtresse: même course au désespoir, même inertie sauvage, même système tournoyant qui saisit l'auditeur et le mène peu à peu jusqu'à l'œil du cyclone... mais ici c'est plus long, plus rapide et plus dense, un bloc monumental mené à 100 à l'heure par la basse d'Henderson et qui laisse les présents, musiciens et public, aux portes de la folie. Quarante minutes ainsi ça rend fou et malade, c'est à la fois atroce et mortellement jouissif ; la lourdeur de ce groove, la densité sans fin, les descentes chromatiques qui s'abattent comme des sorts ont vite fait de pousser celui qui se trouve là au bord de la nausée. Les plongés jam s'aventurent dans l'excès, chaque note se refuse à la suivante dans un ballet convulsif que l'auditeur ne peut réellement pénétrer. Peu importe les longueurs, les quintessences opaques où tout le monde se dispute, l'aspect répétitif, ce sont eux justement qui nous plongent dans le délire, nous forcent à l'abandon en nous poussant à bout... épuisés et transpirant. Les longues plages minimales, de détails et silence qui traversent "Zimbabwe" nous évitent de justesse une horrible noyade. Ça avait commencé "de manière silencieuse", sept ans plus tôt, ça se termine ici, dans une apothéose de son et d'exigence que seul le côté jam peut faire, et justifier. Avec "Pangaea" le génial Miles Davis se montre seul détenteur de la symphonie jazz... pour cela il use du funk, du rock et du délire, il élève toute sa science au rang de prophétie.

note       Publiée le jeudi 30 décembre 2004

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Reflection › samedi 10 octobre 2009 - 00:04  message privé !

Les lives électriques de Miles de la période "Pangaea" et "Dark magus" sont ahurissants ! Ca me fou en transe ! C'est voodoo, ça saigne, ça transpire par tous les pores de la peau, c'est organique et orgasmique! (dsl c'est le "turbonegro" j'y suis pour rien) Un sommet !

Note donnée au disque :       
aur › samedi 13 octobre 2007 - 11:40  message privé !
On retrouve là, sur Gondwana, un sens du silence et un blues des profondeurs qui renoue avec les ambiances éthérées d'In a Silent Way. Et en même temps, la flûte de Sonny Fortune et les roulements de tambour de Foster au début de Gondwana évoquent vraiement Sun Ra : étonnant et magique !!!
Macbeth › jeudi 15 mars 2007 - 22:30  message privé !
Ah ça y est, il tourne – allez louhia. Content de pouvoir enfin écouter ce cul-de-sac, le point de non retour du « Brouet De Salopes » davisien. Rien à faire, même étirée jusqu’à l’extrème limite de l’endurance auditive, cette musique continue de sonner comme un aboutissement, sans rien de maladroit ou de bêtement provocateur – ce qui est peut-être dû à l’alchimie manifeste de ce groupe de fous furieux, chacun jouant comme s’il était le reflet vivant de la vision crépusculaire du sorcier en chef. On comprend d’autant mieux que, doté d’un tel instrument, Miles délaisse quelque peu sa trompette. Qu’il l’ait fait pendant 5 ans demeure rétrospectivement un chouïa extrême. D’un autre côté, moi aussi j’aurais fait une bonne sieste après ça.
Macbeth › jeudi 8 mars 2007 - 00:51  message privé !
Bon, ce truc devient introuvable et la version empruntée à la médiathèque est tellement rayée qu'elle ne passe même pas dans le laptop. Si ça continue je vais me la jouer Kvarforth dans la baignoire moi...
edenbeast › vendredi 10 novembre 2006 - 03:03  message privé !
c'est vraiment la quintessence de la fusion jazz rock funk. effectivement jusqu'au boutiste, apres ca, rideau. pas etonnant qu'il ait eu besoin d'une pause. de toute facon, physiquement, il avait une hanche de foutu, donc repos force, et periode trouble. de 75 a 81, la grosse periode noire de miles, seul, depressif, came... finalement musicalement les ambiances lugubres des derniers albums de Miles l'annoncaient. il aura bien merite son surnom de Prince of darkness, Agharta et Pangaea, monstrueux!!