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Rabih Abou-khalil › Morton's foot

10 titres - 68:17 min

  • 1/ Ma muse m'abuse 6.22
  • 2/ Morton's foot 8.12
  • 3/ Il ritorno del languore 7.24
  • 4/ Lobotomie mi baba lu 7.11
  • 5/ L'histoire d'un parapluie 6.04
  • 6/ O papaia balerina 6.17
  • 7/ Dr. gieler's wiener schnitzel 7.16
  • 8/ Il sospiro 6.52
  • 9/ Hopping jack 7.33
  • 10/ Waltz for dubbya 4.07
  • 11/ The return of the maltese chicken 0.11

enregistrement

Enregistré au sound studio Zerkall, 25 février-6 mars 2003. Ingénieur : Walter Quintus; producteur éxécutif : Matthias Winckelmann; produit par Abou-Khalil et Quintus.

line up

Rabih Abou-khalil (oud), Jarrod Cagwin (batterie, frame), Michel Godard (tuba), Gabriele Mirabassi (clarinette), Luciano Biondini (accordéon), Gavino Murgia (voix), Walter Quintus (ingénieur)

chronique

Tout simplement fabuleux. Dès l'entrée de thème de "Ma muse m'abuse", aussi saisissant qu'un "Catania", on sait que Abou-Khalil est au sommet et que "Morton's foot" va nous faire décoller, nous ennivrer de rythmes irrésistibles, d'arabesques mélodiques explosives, des notes en montagne russe. Une bande de musiciens littéralement extatiques, virtuoses... tel "Al-jadida", c'est bien l'état de grâce. Abou-Khalil, encore une fois, innove dans sa formation : clarinette, accordéon et tuba se partagent l'espace avec plus de complétude qu'une basse-guitare-piano-trompette-violon-que sais-je... et puis il y a l'extraordinaire Gavino Murgia et son incomparable chant, très extactement situé entre le scat pour le phrasé complexe et le throat-singing pour cette texture si stupéfiante, aussi profonde que nasale, avec laquelle il s'aventure dans des variations dignes d'un synthétiseur, tout en suivant les fantastiques tours et détours des thèmes d'Abou-Khalil qui retrouvent ici l'équilibre le plus fascinant entre jazz et musique arabe. Une authentique fontaine de musique, une corne d'abondance sonore où la fusion culturelle n'a d'égale que la perfection acoustique atteinte par une formation inédite et parfaite, et dont le potentiel permet toutes les ambiances, toutes les vitesses, de "Morton's foot" en transe à "Walz for dubbya" la sensuelle lascive, en passant par "L'histoire d'un parapluie", nocturne et mystérieuse. "Morton's foot" marche sur les traces de "Sultan's picnic" dans sa richesse acoustique, de "Cactus of knowledge" pour la solidité et l'impact rythmique de ses thèmes, de "Al-jadida" pour sa brillance, et son époustouflante liberté. Pas besoin d'aimer le jazz, pas besoin d'aimer la musique arabe, il suffit d'écouter et de se laisser immédiatement engloutir, puis porter sur les vagues, puis secouer puis intriguer puis dorloter puis à nouveau lancer au plus près du soleil... on regrette forcément que l'immense Gavino ne soit pas plus présent. Un thème de jazz arabe joué à l'accordéon ça annihile radicalement tout répère culturel, un tuba comme celui de Godard ça pulse bien plus puissamment que n'importe quelle basse, et que dire de Cagwin et de son sens unique de l'impact complexe, de la manière magistrale dont il se fait à la fois le plus solide des batteurs, et le plus voltigeant rythmaliste lorsque Murgia, Mirabassi ou Godard décollent, pour de véritables éruptions de notes et de musique. "Morton's foot" incarne mieux qu'aucun autre disque la vision et l'expérience du grand Rabih. On s'y trouve balladé de folies en silences, de délires virtuoses en atmosphères du soir... les familiers du maître trouveront là des raisons de perpetuer le culte, les autres, qui ne le connaissent pas, doivent impérativement se jeter dans ce disque, car ils en sortiront comblés et fascinés, conscients d'avoir été durant plus d'une heure plongés dans un pays de musique dont ils ne soupçonnaient même pas l'existence, et qu'une simple écoute suffit à rendre indispensable, et même vital. Ce disque n'est rien de moins que nécessaire, obligatoire; bien plus qu'une leçon de musique... puissant, subtil et flamboyant, ce disque EST la musique.

note       Publiée le jeudi 30 décembre 2004

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saïmone › jeudi 21 juillet 2011 - 16:54  message privé !
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Ca n'a certes rien à voir, mais ce que peut faire un Mounir Bachir avec son oud dans le registre Irakien (je n'aime pas trop les andalouseries), c'est carrément mystique... Quant à Rabih, je suis comme Coltrano : c'est consensuel, des jolies choses jusqu'à l’écœurement, mignon, bien joué, carré, professionnel, propre... sans intérêt. La tradition c'est bien des fois...

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Hallu › mercredi 3 février 2010 - 11:28  message privé !

Ouais je l'avais remarqué celui-là aussi, mais c'est un split apparemment (enfin une collaboration), il y est donc pas seul compositeur.

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Sheer-khan › mercredi 3 février 2010 - 11:24  message privé !
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tu oublies "voyage to the center of an egg"... oui, faut que j'en parle, mais voilà : j'ai repris le taff....

Hallu › mercredi 3 février 2010 - 10:27  message privé !

Justement moi ça me plait que Rabih Abou-khalil bosse sur des mélodies concrètes. Ca lui arrive de partir dans des délires jazz, mais on en revient toujours à quelque chose de structuré et de captivant à mon sens. Si je ne suis pas forcément fan de celui-ci, c'est plutôt à cause du "throat-singing" justement, qui est plus amusant que musical à mon goût. Quid des albums depuis 2003 d'ailleurs ? J'ai vu qu'il y avait un "Songs for sad women" et un "Em Português", 5 ans que t'as pas chroniqué du Rabih Abou-khalil va falloir s'y remettre Sheer-khan ça te changera un peu de la musique classique.

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Coltranophile › mardi 13 novembre 2007 - 17:07  message privé !
Il est certain que le jazz, dans la foulée de Coltrane a pris enormément à la musique indienne, tant dans les modes que dans la structure des improvisations qui se sont eloignées du carcan des grilles avec un nombre determinés de mesure. Je pense que le rapprochement s'est fait dans ce sens-là plutôt, car c'est la nature du jazz d'aller vers de nouveaux horizons. On parle d'une musique partie du blues pour arriver à Cecil Taylor en l'espace d'un siècle, comme si la musique classique avait connu Perotin et Stockhausen sur une période de cent ans. La musique indienne a toujours laissé une place réelle à l'improvisation mais elle est le fruit d'un très long apprentissage qui passe par bien des étapes avant de pouvoir prétendre improviser. Même si l'idée que le jazz, c'est avant tout l'impro est historiquement discutable, elle est devenue une réalité; l'impro est devenue quasiment un point de départ de l'apprentisage du jazz, cette musique ne s'imagine plus autrement.