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Miles Davis › Filles de Kilimanjaro

cd | 5 titres | 56:31 min

  • 1 Frelon brun (Brown Hornet) [5:36]
  • 2 Tout de suite [14:04]
  • 3 Petits machins (Little Stuff) [8:05]
  • 4 Filles de Kilimanjaro (Girls of Kilimanjaro) [12:00]
  • 5 Mademoiselle Mabry (Miss Mabry) [16:32]

enregistrement

2, 3, 4 enregistrées les 19, 20 et 21 juin 1968 à New York; 1 et 5 enregistrées le 24 septembre 1968 à New York. Ingénieurs : Frank Laico, Arthur Kendy. Produit par Teo Macero

line up

Ron Carter (basse sur 1,2 et 4), Chick Corea (piano, piano électrique sur 3 et 5), Miles Davis (trompette), Herbie Hancock (piano, piano électrique sur 1,2 et 4), Dave Holland (basse sur 3 et 5), Wayne Shorter (saxophone ténor), Tony Williams (batterie)

chronique

Styles
jazz
musique improvisée
Styles personnels
freebop

Difficile parler de jazz sans décortiquer sa substance, sans guetter l'endroit où le soliste va chercher l'inédit et exploser les règles ou habitudes de telle ou telle école ; difficile de se souvenir, finalement, que le jazz n'est rien de plus, et rien de moins, que de la musique. Le dernier quintette de Davis est pourtant de ceux qui ont tout pété, dont les extases de chacun des membres ont laissé empreintes, il est aussi un représentant de jazz pur et ainsi apparemment hermétique aux non passionnés du genre. Mais après "Frelon brun" la bopienne percutante, qu'est-ce donc que ce magnifique quart d'heure, "tout de suite", cet interminable chant aussi doux que secrètement rythmé, une lente plainte lascive et groove tendue d'à-coups soudains, de piano électrique entêtant et sorcier, si ce n'est une longue pièce d'atmosphères distillées avec soin, qui use de la distorsion rythmique comme pinceau à couleur et du miracle harmonique comme pourvoyeur d'étoiles. On peut aisément sentir l'imminence des Silent way et Bitches brew dans cette gestion de plus en plus légère, libre et narcotique du principe d'aventure jazz. Commencée dans la nostalgie la plus classique, "Filles de Kilimanjaro" s'embarque rapidement dans cette transe un peu folle, tempérée mais solide, sur laquelle les piano, saxophone et trompette dansent jusqu'à l'abandon, subtil et retenu, mais au pouvoir hypnotisant irrésistible et lourd. Holland ou Corea apparaissent sur ce disque qui marche sans équivoque sur la piste d'un jazz atmosphérique, sans doute riche et virtuose, mais avant tout mené par la main inquiétante du feeling tout puissant. Sur "Mademoiselle Mabry" les toms de la batterie deviennent déjà ces tams-tams africains, et sur le thème léger qui revient en souriant, la basse inquiète, lourde et sombre. J'ai beaucoup de mal à parler longuement de jazz, et cela se trouve bien car le genre est bavard et n'a pas besoin de moi. Mais Miles Davis, on le sait, est celui qui mena le jazz à ses épures les plus fascinantes, par sa trompette limpide, comme par sa vision soudaine d'une musique hybride et possédée qui s'exprimera bientôt par injection secrète et poudre de sortilèges. Là où le jazz voyait ses musiciens parler un peu tous en même temps, Davis qui ne souhaitait pas se priver des rencontres apprit à ses comparses à jouer en chuchotant.

note       Publiée le dimanche 5 septembre 2004

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Moonloop › mardi 25 avril 2017 - 09:21  message privé !

Magnifique album, en effet... Ça donne envie de replonger dans la discographie du monsieur...

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Dioneo › vendredi 8 juillet 2016 - 19:45  message privé !
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Magnifique, celui-là... La musique de Miles - et les jeux de tous et chacun, ici - pas encore ostensiblement amplifiés comme il seront bientôt mais cherchant déjà l'électricité, une tension, des enveloppes où le saut suivant les immergera complètement. Pas qu'un peu - comme signale Tigrou - que ce disque annonce In a Silent Way, en passant. Sur Tout de Suite, le piano électrique d'Hancock et la basse de Ron Carter - électrique aussi, d'ailleurs... décidément - amorcent déjà, articulent, même, ce jeu de question-réponse, ces motifs comme doucement hoquetés, tâtonneurs, qu'on retrouvera quasi - si ce n'est complètement - à l'identique sur Shhh Peaceful (EDIT : non ! Sur It's About That Time, en fait... Où la batterie est moins bruine de cymbales mais tout aussi "mouvement perpétuel"...). C'est la beauté aussi de cette musique, à cette époque, d'être sans cesse en transformation, de ne jamais bégayer tout en énonçant parfois les mêmes "mots" ou "phrases". (En fait au lieu de seulement passer, arrêtez-y vous donc, tiens... Ça vaut de s'y attarder, tout de bon. Y'a un sommet et de la compagnie, c'est même dans le titre, allez).

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(N°6) › dimanche 1 septembre 2013 - 16:19  message privé !
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Tout comme Miles in the Sky, des albums "de transition" comme ça, on en voudrait tous les jours. Mademoiselle Mabry est tout simplement sublime.

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darkmagus › lundi 13 mai 2013 - 13:53  message privé !

C’est éculé comme formule, mais voilà un disque dont je ne me lasse jamais, notamment la plage titre et particulièrement ses deux ou trois dernières minutes, qui me foutent des frissons même après la millième écoute, avec un Miles tout en équilibre et introspection, ou comme le dit Sheer-khan, épure et chuchotements.

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Dioneo › lundi 13 mai 2013 - 12:25  message privé !
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Tiens, je n'avais pas lu cette chronique. C'était dommage, parce qu'elle touche très juste !

(La ligne de basse du morceau-titre... Magnifique. Tout le reste aussi, en fait)

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