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John Zorn › Kristallnacht

cd • 7 titres • 43:03 min

  • 1Shtetl (Ghetto Life)
  • 2Never Again
  • 3Gahelet (Embers)
  • 4Tikkun (Rectification)
  • 5Tzfia (Looking Ahead)
  • 6Barzel (Iron Fist)
  • 7Gariin (Nucleus-The New Settlement)

informations

Composed and produced by John Zorn

line up

Anthony Coleman (claviers), Mark Dresser (basse), Mark Feldman (violon), Marc Ribot (guitare), William Winant (percussions)

Musiciens additionnels : David Krakauer (clarinette, clarinette basse [1, 5]), Frank London (trompette [1, 5])

chronique

Kristallnacht ou l'album de la réconciliation entre John Zorn et ses racines juives. Oser un album concept sur la condition des juifs durant la Seconde Guerre Mondiale était un pari risqué. Pour ce faire, notre saxophoniste New-Yorkais s'est entouré de musiciens tous plus talentueux les uns que les autres, voyez plutôt: l'inusable Marc Ribot, le bavard David Krakauer, le discret Mark Feldman, le toujours présent Anthony Coleman… Bref, une belle brochette de juifs. Pour ceux qui auraient séché les cours d'histoire au lycée, une petite leçon s'impose. Kristallnacht ("la nuit de cristal" en français) est le nom donné à des actes de violence qui se sont passé en novembre 1938, pendant la nuit, comme des pogroms (crimes racistes), de destructions de magasins, de lieux d'habitations et d'agression de personnes dirigés contre les Juifs. A la demande d'Hitler, c'est Goebbels qui pousse les dirigeants du Parti Nazi et les S.A. à attaquer les Juifs. C'est à cause des débris de verre (vitrines des magasins, vitraux des synagogues) que les nazis donnèrent ce nom si "poétique" de Kristallnacht. Le cadre est posé. Musicalement, qu'en est-il ? L'album commence par "Shtetl", morceau de jazz yiddish mélancolique, de toute beauté, comme pour brouiller les pistes… en effet, celui-ci ne tarde pas à être doublé par un discours d'Hitler ("Republiken, FALLEN !")… Arrive l'incroyable "Never Again"… selon Zorn, ce morceau fut "écrit" pour donner migraine et nausée à ceux qui l'écouteront… objectif réussi, il s'agit d'un pur titre noise ultra agressif, très douloureux, aux fréquences insoutenables, avec des bruits de vaisselles cassées, de vitres brisées… Ecouter ce morceau au walkman relève de l'exploit physique… C'était sans compter sur ces breaks aux violons, simulant l'accalmie… pour revenir vicieusement à la souffrance ultime, petit à petit… "Gahelet" quand a lui est un titre très calme, très ambiant, comme si Zorn voulait que l'on prenne le temps de contempler les dégâts et toute l'horreur de cette nuit symbolique. "Tikkun" et ses instruments frénétiques, dissonant, très contemporains dans la composition, avec son break yiddish festif, son violon stridents, sa guitare convulsive, comme autant d'effets secondaires à nuit de violence physique… Ecchymose, tremblements, gestes compulsifs… Ca, c'était avant "Tzfia", qui démarre par une orgie bruitiste d'instruments distordus, pour déboucher sur un piano diabolique, cauchemardesque, suivit de passages bruitistes difficilement écoutables, tellement stridents, tellement sombres, tellement dérangeant… comme si Zorn voulait nous prendre par la main et nous faire visiter des chambres à gaz incrustées de traces d'ongles provenant de la souffrance de son peuple… Quelques explosions parcourent ce titre, explosions d'ultra violence, comme un coup de fusil dans le dos, avant de reprendre le thème du premier morceau, comme un clin d'œil au passé (Looking Ahead), quelques larmes dans les yeux… "Barzel" et c'est encore un morceau ultra violent… Percussions distordues, donnant l'impression de se retrouver au milieu d'un champs de bataille, en effet stéréo nauséabond, doublé par un sample noise agressif à mort… "Gariin" et nous voici au dernier morceau, très calme, aux percussions très "militaires", avant de débusquer des collabos planqué dans une cave sombre, écoutant du jazz de "noirs"… Ironie du sort… Basse groovy, guitare dissonante, cymbales omniprésente et répétitives… le contraste est saisissant… Le titre devient de plus en plus intense au fur et à mesure que les percussions et cymbales se rapprochent, que la guitares accélèrent ses notes d'outre-tombe… tandis que la basse ne bronche pas d'un poil… Et même si Zorn ne participe pas à cet album anthologique, il l'a composé tel un chef d'orchestre pour nous offrir un chef d'œuvre intemporel, contemporain, historique et inclassable. Par ailleurs, c'est ce Kristallnacht qui ouvra les portes à la Radical Jewish Culture du label Tzadik, et plus important encore, à l'incomparable Masada (quatuor composé de Zorn-Douglas-Cohen-Baron dont les albums sont chroniqués ici-même par proggy)… Kristallnacht est donc un album charnière dans l'histoire de notre saxophoniste préféré, peut être l'un de ses meilleurs aussi, l'un de ses plus consistant (sans que celui-ci ne soit imbuvable), bref, une masterpiece incomparable que tout amateur de musique au sens large se doit de posséder, et en original s'il vous plait: l'artwork est magnifique ! Alors, si vous ne l'avez pas encore, n'attendez plus une seconde: foncez !

note       Publiée le lundi 2 août 2004

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Note moyenne        34 votes

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Coltranophile Envoyez un message privé àColtranophile

Sans doute. Tu marques sans doute un point sur le côté « écoute anachronique » avec le temps. Il avait déjà commencé sur la voie narrative/cinématographique avec Spillane puis The Bribe sorti plus tard. Ça m’a fasciné un temps puis j’ai trouvé le stratagème fatiguant. Pas que d’autres sont exempts du recours à des formules. Mais je finis par décrocher avec notre bon John. En même temps, les grandes tentatives narratives sont casse-gueule. Il suffit de penser aux Opéra-Rock et autres concepts album, y’a eu beaucoup de casse et assez peu qui ont fini par faire le voyage.

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saïmone Envoyez un message privé àsaïmone
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Pour le coup c'est un de ses albums les plus homogènes, si on passe sur les 15 dernières années, qui l'ont vu se ramasser un peu. Rétrospectivement on peut y voir les gimmicks, qui n'en étaient probablement pas à l'époque de la chronique. Il est assez cinématographique, non ? Plutôt que zapping canal...

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Coltranophile Envoyez un message privé àColtranophile

L'ambition est noble mais j'ai jamais trouvé la réalisation plus intéressante que ça. J'aurais essayé plusieurs fois à des années d'intervalle. Noise-rock meets Musique concrète meets Enescu meets Penderecki, etc..... Un gloubiboulga comme seul Zorn sait les pondre avec un concept comme toile de fond. Même en matière de Free, ne pas oublier le packaging.

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(N°6) Envoyez un message privé à(N°6)
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Oh! L'Chaim !

(il fait tout jeunot Zorninou là dessus !)

saïmone Envoyez un message privé àsaïmone
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