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Anton Bruckner (1824-1896) › Symphonie n°9 en ré mineur

17 titres - 113:19 min

  • CD1 47.39 Symphonie n°9 en ré mineur - 1/ Aplaudissements - 2/ I : feierlich, misterioso 32.26 - 3/ II Scherzo. bewegt, lebhaft _ trio schnell 13.47 - CD2 - - 65.40 symphonie n° 9 en ré mineur - 1/ III adagio, langsam, feierlich 30.37 - 2/ aplaudissements 1.04 - 3_11/ Symphonie n°9, orchestra's rehearsals.

enregistrement

Enregistré en concert le 10 septembre 1995, Gasteig, Munich.

line up

Münchner Philarmoniker; Sergiu Celibidache (direction)

remarques

Il y a deux choses : les symphonies de Bruckner, et les symphonies de Bruckner par Celibidache. Sans rentrer dans le détail, disons que la parution après la mort du chef en 1998 de ces enregistrements avec son dernier orchestre de Munich a porté à l'évidence ce que l'on savait déjà par la splendeur des concerts donnés : Celibidache entrenait avec la musique de Bruckner une relation d'intimité étonnante. Des tempi d'une lenteur unique, un investissement sonore et émotionnel hors du commun, il n'y a pas besoin d'être spécialiste pour privilégier les versions du chef Roumain, même si l'on se fiche de la dernière demi-heure de rehearsal. Elles sont les seules à avoir su, et osé révéler le fond des choses, la véritale dimension de ces monstres de musique que furent les symphonies d'Anton Bruckner. Les autres chefs, Jochum en tête, Wand ou Karajan ne déméritent certes pas... mais il n'y a que Celibidache qui ait su voir en Bruckner, et dans ses formes symphoniques, l'ancêtre d'un Neurosis en matière d'explosion.

chronique

Styles
musique classique
Styles personnels
symphonie-romantique

Attention... monstre musical, merveille noire... une symphonie d'Anton Bruckner c'est toujours quelquechose d'énorme et de douloureusement puissant. Cette neuvième, inachevée et aux mélodies plus marquées et accessibles que la monumentale huitième, est un hallucinant volcan de grandeur épique et ténébreuse. Le premier mouvement est déjà trop... trop puissant, trop éprouvant... trop exigeant, trop long... trop riche et trop noir. C'est un cycle saisissant de tensions retenues et souterraines, contenues dans des grondements de cordes, flattées de mélodies superbes qui passent à la flûte, au hautbois, et de montées en apothéose harmonique et sonore à l'efficacité proche de l'insoutenable. Après les deux premières minutes d'inquiétude qui en entame soixante-quinze d'extase désincarné, thème noirissime de cuivres sourds et bas, gonflements dynamiques annonciateurs du pire, mélancolie terrible, la première éruption s'annonce à l'occasion d'une flûte qui s'égare dans sa mélodie comme on se perd le soir. Les violons s'agitent... ça gonfle... ça monte... ça explose et ça nous déchire le torse à coup d'extrasystoles. Difficile à décrire. Car l'orchestration semble brute, puissante, massive, un bloc de sons d'une densité sans équivalent et qui se déploie en cuivres scintillants, en violons de ténébres, en hautbois d'inquiétude, en percussions funèbres. Cette neuvième symphonie et son premier mouvement ahurissant sont une véritable tempête d'océans d'émotions déchaînées; les mélodies fascinantes, les harmonies ténébreuses qui culminent lors de thèmes d'une beauté noire indescriptible, la puissance de l'orchestre totalement lâché, la lenteur des accomplissements plus pénibles encore... une fois possédé par la puissance mélodique et nocturne des notes du grand Bruckner, on se fait écarteler par sa science des tensions, son goût pour l'extremisme, son obsession sadique a toujours construire sa musique dans le sens de l'apothéose. La furie initiale nous reviendra plus forte seize longues minutes plus tard... et elle nous terrassera encore. Mélodies plus marquées, cette neuvième porte en elle des déploiements harmoniques d'une puissance et d'une beauté à couper le souffle... le glissement harmonique qui oblique à la huitième minute un thème mélancolique vers les gouffres inquiétants de l'occulte est un des moment de musique les plus intense qu'il m'ait été donné d'entendre... un effet qui reviendra deux minutes plus tard, et dont le superbe destin va nous mener jusqu'au plus incroyable de l'explosion harmonique... une fois... puis deux... jusqu'à devenir l'incarnation musicale la plus crédible et saisissante du tragique. De la première à la dernière minute de cette symphonie, la force plastique du son et l'ampleur dynamique nous condamne à l'esclavage, nous impose de subir, et l'on se laisse flotter le long des accalmies, résolu à laisser le cours de la musique nous mener tout doucement vers la prochaine douleur. Le scherzo central alterne les sautillements printaniers avec la brutalité mélodique la plus crue... ce n'est plus de romantisme dont il s'agit ici... ces pièces de plus d'une heure, traversées des tourments les plus violents, des extases les plus puissantes, sont des oeuvres mystiques. Bruckner était dévot, un colosse de travail, de foi et de tristesse, qui travailla au déchirement et à l'explosion du langage musical jusqu'à offrir la plus intense des brutalités, au royaume de la splendeur mélodique. Immense et prodigieux.

note       Publiée le dimanche 16 mai 2004

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Arno › dimanche 28 juin 2015 - 04:37  message privé !

Je viens de découvrir le scherzo par Oswald Kabasta... Jamais rien entendu d'aussi fou dans ce mouvement, dans une optique opposée à celle de Celibidache: http://www.youtube.com/watch?v=8ieL5bnQKPU

Note donnée au disque :       
Moonloop › jeudi 28 juin 2012 - 15:59  message privé !

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ellington › mercredi 27 juin 2012 - 18:37  message privé !

oui , avant d'être du Debussy , du Ravel ou du Bruckner , c'est du Celibidache . On peut hurler ou s'extasier , je fais les deux , selon le disque , selon l'humeur ... Pour Bruckner , il faur rendre les armes , c'est magnifique . Un grand chef , oui , et recordman du monde incontesté de l'ego qui explose . Un jour , je vous ferais le répertoire de quelques unes de ses auto-célébrations : à pleurer de rire .

Kronh › mercredi 27 juin 2012 - 18:34  message privé !

Bravo, tu as gagné le droit de pecho son intégrale des symphonies de Bruckner parue chez EMI l'année dernière. Go to amazon, et que ça saute!

Moonloop › mercredi 27 juin 2012 - 18:22  message privé !

Étonnant chef que ce Celibidache... Je viens d'écouter "sa" mer (Debussy), c'est vraiment très beau, ample, contemplatif et détaillé, mais extrêmement déroutant au départ... C'est presque une autre musique oui...