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Radiohead › Amnesiac

cd | 11 titres | 43:55 min

  • 1 Packt Like Sardines in a Crushd Tin Box
  • 2 Pyramid Song
  • 3 Pull/Pulk Revolving Doors
  • 4 You And Whose Army ?
  • 5 I Might Be Wrong
  • 6 Knives Out
  • 7 Morning Bell/Amnesiac
  • 8 Dollars & Cents
  • 9 Hunting Bears
  • 10 Like Spinning Plates
  • 11 Life in a Glasshouse

enregistrement

Produced by Nigel Godrich & Radiohead on Location

line up

Radiohead (line-up non écrit)

remarques

Les titres sont issus des mêmes sessions que Kid A
Existe aussi en version 2x10" et en livre

chronique

Sorti seulement un an après le splendide "Kid A", "Amnesiac" est un prolongement plus électrique mais tout aussi torturé. Du magnifique "Pyramind Song" au si pathétique "Morning Bells" (déjà présent sur "Kid A" dans une autre forme) en passant par d'autres titres expérimentaux, la bande à Yorke ne fait aucune concession et se fout de passer à la radio. Bien évidement, il existe des tubes dans ces 11 titres ("Knives Out" pour n'en citer qu'un) mais tous possèdent la même intensité. Truffé de sons travaillés et remaniés, "Amnesiac" est comme un livre sacré rempli d'âmes égarées, de désespoir et de solitude. Impressionant de maîtrise, Radiohead aborde tous les styles mais n'oublie pas de rester cohérent. Album de l'année ?

note       Publiée le lundi 30 juillet 2001

chronique

"Après des années d’attente, rien n’est arrivé / Je suis un homme raisonnable, laissez-moi tranquille". C’est à peu près les seules paroles de Packt like sardines in a crushd tin box, et c’est par cette porte dérobée, qui commence dans des bruits de casseroles (sacré début d’album) pour s’achever dans des bêlements de moutons électriques rêvés par un androïde paranoïde, que je découvrai Radiohead, peu après sa sortie. Un ami s’était procuré l’édition "grimoire", objet totalement fascinant et cryptique pour nos mimines tremblantes… "A conserver à l’abri de la lumière du soleil, de préférence dans un tiroir sombre avec tes secrets" avait inscrit Stanley Donwood – le 6ème membre du groupe, Mr Visuels - sur la pochette. "Tu ne frimera pas dans la cour avec celui-ci, mais tu n’en sera que plus heureux" aurait-il pu ajouter. Et depuis, voilà bientôt dix ans qu’Amnesiac m’accompagne, tel un labyrinthe un peu grinçant aux entournures, sentant le moisi et l’humidité, mais dans lequel je peux retourner à loisir, tel le minotaure de la pochette. Un dédale familier et ombrageux, jumeau des cimes déchiquetées et changeantes de Kid A, donc, un peu à la manière de Heroes par rapport à Low de David Bowie, finalement. On y trouve un tube-monstre (deux en l’occurrence ici, Pyramid Song et Knives Out), comme pour Heroes, mais n’est-il finalement pas le plus bizarre des deux jumeaux ? Dans ce labyrinthe, il y a des portes tournantes, comme à l’entrée des magasins, et ça fait un bruit qui hérisse le poil de ceux qui n’ont jamais encore approché d’électronica (Pulk/Pull Revolving Doors). Il y a aussi ces guitares, revenues faméliques de leur long exil depuis Ok Computer, qui deviennent ici de long fils d’araignées dans les mains du sorcier Jonny Greenwood… Ecoutez Hunting Bears ou l’immense, l’ultime I Might Be Wrong, c’est d’un primitivisme sec et écorché, évoquant presque les errances de Neil Young sur la BO de Dead Man. Beaucoup ont vu dans cet album la goutte qui fait déborder le vase, d’autres ont persisté à l’interpréter comme un recueil de chutes studio de Kid A (alors que c’est cette version de Morning Bell qui est "la bonne" selon Thom Yorke). Tous s’accordaient à dire, à l’époque, que Radiohead avait franchi une certaine limite. "Que faire après ?" était la question qui revenait souvent… Aujourd’hui, en cherchant à prendre du recul, deux choses semblent indéniables : Radiohead était à son age d’or, et leurs audaces auront en grande partie façonné (que ce soit par simple avance ou en déclenchant le mimétisme des autres groupes) les années 2000. Le succès de Muse montre ce qu’ils auraient pu faire en choisissant la facilité. Ironie des grands : ils ont raflé encore plus en choisissant le chemin rocailleux, celui que votre grand-père empruntait il y a 50 ans pour aller chasser et qui est depuis rendu dangereux par les éboulis et les ronces qui ont poussé. Celui que les Beatles ont commencé à emprunter en 66, quand ils ont commencé à empiler les instruments et les effets en studio en sachant pertinemment qu’ils n’en reproduiraient jamais rien sur scène. J’en vois certains qui tiquent… "Il exagère un peu, là, quand même…". Mais qui d’autre peut se targuer d’être considéré comme le groupe de musique populaire de la décennie par Edward Ka-Spel et Hélène Ségara à la fois ? Qui d’autre peut déclencher de telles crises d’hystérie, jusqu’à rendre leur concerts plus dangereux que les concerts de metal extreme ? Qui d’autre peut permettre à un DJ de faire danser une piste - d'ordinaire amorphe - pleine sur Windowlicker d’Aphex Twin, lors d’une soirée thématique leur étant consacrée ? Comme si leur nom était devenu une sorte de passe-droit magique, une sorte d’exception, et bien souvent hélas le seul groupe contemporain que consentent à ne pas mépriser certains quadras biberonnés au Floyd ? Bien sûr, sur guts of darkness, Amnesiac reste un album de Pop, truffé de mélodies qui restent en tête et d’harmonies sublimes. Mais si vous lisez toujours mes pavés, c’est que vous savez déjà que la pop peut être diablement sombre et expérimentale. Le nier reviendrait à se cacher les oreilles, comme le petit pleureur de la pochette se cache les yeux… Et Radiohead, avec cet album, livre une sorte de sommet du sombre et expérimental accessible, automnal, artisanal et mélancolique, là où Kid A proposait une vision glaciaire, exacerbée et parfois inquiétante. Peut-être le premier groupe à mériter vraiment son statut de dinosaure du rock (malgré eux), et ça tombe bien car c’est certainement le dernier, l’espèce étant depuis sérieusement menacée par la météorite piratage. Il suffit d’être tombé sur les clips totalement avant-gardistes de Pyramid Song, I might be wrong ou encore Like Spinning Plates (celui de Knives Out appartenant plus à l’univers de Gondry qu’à autre chose) pour être tombé des nues à l’époque. Aujourd’hui, appuyer sur play devrait suffire. Jusqu’à I might be wrong inclus, c’est un sans faute dont il est difficile de se remettre, chaque morceau découlant du précédent avec fluidité, comme ce You And Whose Army qui sonne comme une vieille berceuse des années 30, et qui semble laisser entendre le disque lui-même respirer, avant le plongeon en eaux stagnantes (et non planantes…) de la deuxième partie. Des arrangements à la Björk, mais la voix est ici aussi résignée et léthargique que celle de l’Islandaise est à fleur de peau et expressive. Dollars and Cents est une traversée du désert évoquant mille autres titres… Money, du Floyd, ou tout simplement The National Anthem et sa ligne de basse se déroulant elle aussi à l’infini. Like Spinning Plates pousse à son paroxysme les tentatives des Beatles en 66 justement, puisqu’il s’agit d’un titre pensé et enregistré pour fonctionner une fois passé à l’envers. Et Life In A Glasshouse semble balayer tout ça avec le plumeau de la désuétude, remuant la poussière lors du refrain où les cuivres se soulèvent comme une vieille nappe… Et l’auditeur d’éternuer de satisfaction. On s’endormirai presque, lové tout contre cette fin d’album dépeuplée et lointaine. Mais l’angoisse de Thom Yorke n’est jamais loin. "Bien sûr j’aimerai m’asseoir un moment et discuter le bout de gras… Mais il y a quelqu’un qui nous écoute". Avec le recul des années, car tout de même, ça fait bientôt 10 ans, je ne peux m’empêcher de penser : s’ils s’étaient arrêtés là-dessus, ç’aurait été le plus beau panache de toute l’histoire.

note       Publiée le vendredi 27 août 2010

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(N°6) › dimanche 24 février 2019 - 12:31  message privé !
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hashtagjoiedevivre

Cera › vendredi 20 juillet 2018 - 13:15  message privé !

j'ai mis un temps incroyable pour adhérer à ce groupe, restant bloqué à leur porte d'entrée (OK computer) peu convainquante à mes oreilles. Mais depuis 2 ans environ, je reviens régulièrement sur (tous) leurs albums avec beaucoup de plaisir, en particulier celui-ci et son prédécesseur. Albums pleins d'émotions, d'expérimentations accessibles, de mélodies accrocheuses, etc. Bref, encore la preuve que les gouts changent, y compris pour des groupes très accessible/grand public. Je ne trouve même plus la voix mieleuse !

Note donnée au disque :       
Ramon › jeudi 18 juillet 2013 - 12:19  message privé !

Entre Kid A et Amnesiac, je vote pour le second les yeux fermés, les mélodies sont à tomber à la renverse et la dimension organique du groupe réapparaît.

Note donnée au disque :       
sourdicus › lundi 6 mai 2013 - 18:30  message privé !

You and whose army c'est le climax de l'album avec Like Spinning plates.

salida › dimanche 5 mai 2013 - 11:50  message privé !

Mais pourquoi Radiohead n'a-t-il pas sorti Amnesiac et Kid A en double album ? Là, on aurait pardonné les morceaux plus anecdotiques (You and whose army?, Dollars and Cents...) pour être encore plus terrassés par les meilleurs (Pyramid song, Like spinning plates, Life in a glasshouse...). Il n’empêche que ce diptyque est bien le plus impressionant de la musique populaire depuis la trilogie berlinoise de Bowie. Il réuissiront ensuite encore un grand album, avant de sombrer dans la redite et la facilité.