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Am'ganesha'n › Somnia

cd • 14 titres

  • 1Yidam
  • 2Lumen mentis
  • 3Gloria in exclesis
  • 4Procella
  • 5The last procession
  • 6Canticum
  • 7Litania
  • 8Mesmerized mirror
  • 9Agni
  • 10Solstice
  • 11Gashanda
  • 12Chimera
  • 13Aeternal
  • 14Epitaph

enregistrement

Enregistré au monastère Kyi Chù. Mixé et arrangé par Gérard Chambellant et Alain Grandière. Produit par Gérard Chambellant.

line up

Gérard Chambellant (instruments et voix) ; Karin Mérat (voix et Church harmonium) ; Alain Grandière (drums et timpani sur 4 et 14, claviers sur 3,10 et 11). Instruments : Hackbrettbau, santoor, Yang t’chin, batterie, claviers, piano, gongs, bols chantants, cymbales tibétaines, tabla, damaru, coches, koto chinois, svara tampura, ghatam, arghul, chime, shamanic drums, rolmo, saranghi, indian harmonium, sitar, church harmonium.

remarques

chronique

Je dois l’avouer : j’ai dû me battre, longtemps, pour ne pas être déçu par ce «Somnia». Me battre contre mes envies, mes inclinations, me battre contre le souvenir de ce premier album qui m’avait enchanté. Car le Am Ganesha’n qui m’avait subjugué n’est plus, et que le nouveau rêve de Gérard Chambellant, quelque part, lui tourne franchement le dos. Le groupe qui s’était distingué par sa flamboyance a en effet opté, cette fois-ci, pour l’austérité… et ce n’est qu’après un long parcours au travers de sa grammaire et de ce qu’elle demande, que la musique présente nous autorise, enfin, à nous en satisfaire. Austérité de moyens : les arrangements sont beaucoup plus épurés, les sons beaucoup plus crus, chacun dans leur typologie, austérité des mélodies, dont la substance première est de fait le malaise, austérité du propos tout entier qui refuse tout compromis, ne reculant devant aucune confrontation de genre, de son et de culture, usant du synthétique comme du plus ancestral, à la recherche pourtant de la plénitude mystique. Il ne s’agit pas là de Heavenly sourire, où les sons merveilleux, les voix multipliées et les belles harmonies rendent l’accès à l’écoute fabuleusement facile. Ici il n’y a rien à espérer d’un «Gloria in excelsis» à la césure hasardeuse, si l’on n’offre pas toute son attention, dans un esprit dévot, aux accords de Karin. Il n’y a rien qui surgira de l’intro de Canticum, d’autre qu’une atmosphère sombre et éthérée, si l’on ne se plonge pas dans ce bruit de vent, ces chants d’oiseaux, la mélopée blafarde de Karin et les vocaux étranges de Gérard Chambellant. Rien ne nous parlera si l’on n’accepte pas cette cloche terne et exsangue, qui marque de son clac une régularité si pénible à entendre, lorsqu’on voudrait tellement pouvoir s’abandonner au calme un peu glacial de la musique qui passe. Am Ganesha’n nous offre toujours ces sons venus d’Orient à l’acoustique superbe, mais il ne les mêle plus, préférant s’attacher aux échos bien réels d’un unique instrument. Le groupe soigne toujours ses percussions, mais leur son est direct, sans écho ni espace, capté à même la peau et dont la platitude s’accorde d’abord bien mal aux merveilles du Kyi Chù. Chambellant et Mérat croisent encore leurs deux voix mais Carla n’est plus là, et ces lignes nouvelles sont bien sobres et diaphanes, si bien qu’il faut du temps, une attente respectueuse, avant que les couleurs développées par Karin ne se révèlent à nous. J’ai dû me battre, oui, car «Somnia», dans sa sobriété, dans sa diversité, dans sa grande liberté m’a d’abord et longtemps fait l’effet d’un ratage… et même d’un disque bâclé. Et puis j’ai fini par fermer les yeux et apercevoir, enfin, les portes très étroites qui mènent au cœur de «Somnia». De l’angoissant «Solstice», sobrement synthétique et qui trouve sa profondeur à mesure qu’il se répète au sauvage «Procella», lumineux et immense comme un voyage au ciel, Am Ganesha’n fait le pari du miraculeux, de l’abandon et de la liberté. Il mise sur la rencontre des âmes qui se sont ici exprimées, en se laissant aller au rêve et au divin sur une trame bien légère, mais réelle. Difficile, très difficile, le deuxième album d’Am Ganesha’n est si dépourvu d’artifices et de détails qu’il demande une tout autre écoute que celle du heavenly. Dans cette musique aride il faut prêter l’oreille à absolument tout… sinon on ne trouve rien. «Chimera», «Aeternal», «Epitaph»… ou l’évidence céleste ; «Somnia» est une fantastique prise de risque, et s’il n’est pas parfait, une très belle réussite, une véritable étape : l’invention du heavenly exigeant, pour une plénitude plus étrange et sauvage. Difficile, oui, mais le jeu en vaut la chandelle : car une fois libéré de ses vieux tics d'écoutes et entièrement lavé de tout à priori, on peut enfin s'abandonner à ce voyage profond, intense et authentique. Une leçon d'indépendance, une démarche salutaire, pour un album captivant.

note       Publiée le mercredi 14 janvier 2004

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Solvant › dimanche 8 mars 2009 - 12:49  message privé !

"Dans cette musique aride il faut prêter l’oreille à absolument tout… sinon on ne trouve rien." Eh bien pour ma part, "Somnia" m'emmène dans un sacré voyage avec une facilité extra-ordinaire. En l'écoutant allongé (et sans opium),je le vois se répandre dans tout l'appart' et y colorer jusqu'à l'air.

Note donnée au disque :       
Arwenn › jeudi 17 février 2005 - 10:48  message privé !
Je me suis retrouvée en plein désert regardant le soleil se coucher et au milieu d'une forêt en automne grâce à cet album. Seule avec la musique, ne bougeant qu'au rythme de cette musique et de ces chants, respirant l'air pur de la nature. L'esprit s'échappant du monde réel pour aller dans le monde d'Am'Ganesha'n.
Note donnée au disque :       
X¥X › vendredi 16 juillet 2004 - 17:36  message privé !
Très belle chronique! J'ai hâte d'entendre le disque, commandé par hasard ce matin chez The End...