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Current 93 › Dawn

cd • 5 titres

  • 1Great black time
  • 2Maldoror est mort
  • 3Great black time
  • 4A day in dogland
  • 5Extra ecclesiam nulla salus

extraits audio

informations

la 2ème version de 'Great black time' est celle du vinyl original

chronique

  • indus old school / collage / récitations

‘Dawn’ figure parmi les travaux expérimentaux de Current 93 que je préfère. Je trouve que contrairement à d’autres albums (je pense notamment au ‘Live at Bar Maldoror’), il est varié dans ses atmosphères et équilibré dans ses structures, sans temps mort. Le ton est vite donné avec ‘Great black time’ constitué d’un arrière-fond de cloches d’église sonnant à toute volée sur lequel se greffent des grincements de guitare et des petites mélodies gentillettes qui se transforment en passages désaccordés et servent de support au spoken word de David Tibet, avant que ne s’élève la voix de la charmante Rose Mc Dowell menacée par une couche supplémentaire de bruits. ‘Maldoror est mort’ commence comme une sorte de méditation tibétaine avec incantations glauques, percussions étouffées, grognements pour se terminer en véritable lamentation macabre. S’ensuit une reprise de ‘Great black time’ avec ses cloches assourdissantes ponctuées de samples de textes en latin, du mot ‘destruction’ qui tourne en boucle sans oublier les grincements de guitare…malsain à souhait. Et le groupe n’a pas fini de surprendre puisque ‘A day in dogland ‘commence par un sample de ‘la Marche funèbre’ de Chopin sur lequel se superposent des bribes de chants religieux, des montées d’orgue et des crissements de violon, bref, une petite merveille de collage musical. Le disque s’achève sur un ‘Extra ecclesiam nulla salus’ effrayant avec des bribes de scansions caverneuses déformées qui créent des atmosphères proches de la messe noire. ‘Dawn’ me paraît éviter les faiblesses d’albums comme ‘Dogs blood rising’ ou ‘Live at Bar Maldoror’, c’est à dire des structures trop linéaires et des longueurs inutiles. Tout ici est parfaitement à sa place et la tension ne faiblit à aucun moment…terrifiant !

note       Publiée le jeudi 10 avril 2003

chronique

Un jour, je me souviens, vers 2006, 2007, par là. L'idée m'avais pris, me tenait – je ne sais plus trop pourquoi, depuis où, par lequel de ces enchaînement où celles-là s'égarent parfois – de me « mettre » à Current 93. Un nom que j'avais entendu, vu passer souvent, jeune, alors que j'écoutais d'autres choses. Une espèce de mot de passe que s'échangeaient des gens qui gravitaient autour sans que forcément, souvent, on se touche. Des types, sur les radios indépendantes, alternatives, locales, qui en passaient des bouts au milieu d'autres – sans annoncer, débriefer tout de suite (ni parfois tout court), sans que je sache où c'était eux. (Cette émission qui s'appelait Nothing Special, c'était sur quelle fréquence, déjà... Canut ? Sol FM ? Brume ? … Les mecs aimaient bien And Also the Trees, en tout cas, le Velvet – ça, je connaissais ! – et puis des gens nommés All About Eve, This Mortal Coil, Nurse With Wound... Leur générique, c'était Feurio! de Neubauten – ça aussi je connaissais un peu, tiens. Et souvent, tout ça, j'aimais bien, sans encore, dans tout, plonger). Bref, puis ce jour, donc, où je me dis « ah tiens, et C93, finalement, c'était, c'est quoi, au juste ». Alors hop, internet, moteur de recherche Je tombe sur ce truc, ce site : Guts of Darkness, dans les premiers résultats francophones. Les chroniques d'un certain Twilight – qui semblait bien s'être envoyée toute la discographie. Je lis... Ça me cause, par endroits. A d'autres places, moins. Je survole en même temps mes résultats de recherche sur les moteurs de machins peer-to-peer... Y'en a, du Current. (Oui... Je le savais, ça, qu'on disait parfois, souvent, tout simplement « Current »). Je lis... Dawn. Ça a l'air cool, ça – ou bien, et puis pas du tout cool, comme probablement mon humeur en cette heure là. Alors je clique. Il faut bien commencer quelque part.

Great Black Time ! Le mec – Tibet, OK, il s'appelle Tibet – fait claquer quelques phrases et puis ce sont les cloches. Et ça ne s'arrête plus, jamais. Le bruit – je l'aimais déjà, le Bruit. Je l'écoutais, j'allais le chercher – autre part, sous d'autres formes. Du noise-rock, de la noise, du free-jazz. Des résidus et mutations indus dans tout ça et ailleurs – dans les espèces de machins rock dont je me nourrissais, donc, chez d'autres gens aux actes moins bien répertoriés. Mais là... C'était nouveau. Un autre flot – une coulée d'inconscients malaxés, un montage fou. Pas du tout mes terres familières – même pas dans leurs secteurs les plus tourmentés. Pas pire, pas mieux – complètement différent, et juste ce qu'il me fallait. C'était... Quoi ? Une cérémonie ? Un simulacre ? Une tentative de se libérer de tout rituel et de tout simulacre ? Ça se mettait à gronder, pitché, déformé comme une bande-son de film d'horreur, ou de la Concrète (la musique du même nom, le courant) attrapée, rendue, comprise à la brute, hors-écoles, avec des moyens plus pauvres et plus violents. MAAALDOOOROOOOOR ! Ah oui, lui. Ducasse etc., Lautréamont. Je m'étais lassé depuis un moment de cette littérature là, je crois bien, déjà – j'avais trié, ne m'étais sans doute même jamais complètement attaché à tout ça (le surréalisme, ses précurseur, Dada, les Chants en question). N'empêche : Maldoror Is Dead, ça m'a fait bizarre, comme faire-part. Ça m'a flanqué un coup, déstabilisé. Pas envoyé chez la Faucheuse – mais fait voir une drôle de nuit où ses familiers peuvent jouer avec nous, de concert, sympathiser sans qu'on y perde forcément, littéralement, la vie ou la tête.

Je lisais, je lisais encore, je continuais d'écouter. Great Black Time – deuxième prise, version – me tombait dessus, achevait de m'emporter. Les cloches, encore ! Et puis ce groupe, là, euh... The Mamas and the Papas ! Complètement dévoyés dans le mix, défoncés, déchirés comme la fin du Summer of Love. (Maldoror, ce serait Manson... Allons. Pas dupe, moi, non. Pas rassuré, pour autant). Et cette boucle infernale – DESTRUCTION DESTRUCTION DESTRUCTION DESTRUCTION ! Le pire c'est que ça groove, cette horreur. Et que les harmoniques des cloches avaient l'air de vouloir dessiner dans leurs résonances, leurs échos bombés, quelque chose de beau, de magnifique – et qu'elles y parvenaient et que je restais là, renversé, consentant, heureux que tout se fracasse ainsi autour de moi.

Tout le disque m'a fait ça, cet effet d'indéfinissable découverte, d'éléments tous connus, reconnus, qui se combinaient, naissaient en une forme pour moi nouvelle, étrangère, bizarre et attirante. Alors j'ai fouillé. Lu les autres chroniques. Je me suis essayé aux disques attenants ou proches – Nature Unveiled, Dog Blood Rising ou le Live at Bar Maldoror (bah tiens). J'ai vite eu tendance à les confondre un peu tous. Mais celui-là – Dawn – jamais. À jamais, quand j'y pense, quand je recroise le nom – Current 93 – c'est cette boucle qui jaillit dans ma tête, se remet à m'obséder. DESTRUCTION DESTRUCTION DESTRUCTION DESTRUCTION ! Le pire, c'est que ça groove autant qu'alors, que ça ne me lâche toujours pas, ne m'a pas lassé. Et les carillons. Et les chœurs tordus, essorés, engorgés de MAAALDOOOROOOR. Je me suis risqué plus loin, ensuite, un peu. Dans la période folk du groupe – des différentes bandes réunies par Tibet. Je me suis même rendu à l'un de leurs concerts, un coup – mais en suis revenu assez déçu, la première partie de l'événement (bon... c'était Comus, en même temps) m'ayant dit bien plus que la tête d'affiche. Je ne suis pas devenu fan – j'ai pu mesurer tout juste, à peine, l'ampleur de la chose. Je me réserve de temps à autre d'y revenir. Je me dis que je pourrais y replonger mieux.

Et puis à part ça, je me suis ensuite inscrit, vite, sur ce truc noir-orange. J'ai lu autant que possible « tout Twilight ». Assez vite, finalement, j'ai changé de nom d'utilisateur – quand on m'a ouvert la porte pour pouvoir à mon tour y écrire. Twilight aussi, plus tard, en a pris un autre. Le désormais collègue a continué d'écrire – tout le temps, régulièrement. D'autres découvertes, de sa plume, me song arrivées – parfois très loin de ce que j'étais venu ici chercher. Et voilà qu'aujourd'hui – alors que je n'en suis qu'à une poignée de centaines – celui qu'on nomme maintenant Shelleyan vient de poster sa cinq-millième.

Une marche funèbre – celle de Chopin, il me semble, réorchestrée – surgit dans mon espace. Et des voix, des nappes fantomatiques, spectrales. A Day In Dogland... J'ai laissé filer le disque. On n'enterre personne, ici, ce jour. On se dit : « cinq mille »... C'est mieux qu'un début. Et puis que non, blague à part : Chapeau, plutôt ! Et puis merci de m'avoir pointé par ce disque-ci, l'entrée – même si c'était, au fond, par accident, par hasard. C'en est un, d'accident, d'ailleurs, cette musique – heureux comme une sortie de route au-delà de quoi on trouve tout un monde. Maldoror vit ailleurs, je me couche bien moins souvent au petit matin qu'alors. Mais j'aime toujours l'aube, autant – et celle qui monte, celle qui tombe, là-dessus, me semble toujours si magnifique en ses reliefs tranchés, fondus, tourmentés

note       Publiée le vendredi 22 mars 2024

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zugal21 Envoyez un message privé àzugal21

Le symbole, nous dit Nigel Pennick dans son bouquin traduit en français en 1995 sous le titre " Runes et Magie" , se nomme " Angurgapi " . Sa signification : " Engendrant l'incertitude " .

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Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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En me laissant aller je lui trouve quelque chose de purement jouissif, bien au-delà de l'agression, indépendamment du côté messe noire. Un truc du domaine de la pure sensation encore une fois, sans que ça exclue le côté très cérébral de la chose. Même les DESTRUCTION DESTRUCTION DESTRUCTION en boucle et la Marche de ce bon Polonais sur Dogland ne me cantonnent pas au malaise. Sonnez les matines, sonnez les matines.

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zugal21 Envoyez un message privé àzugal21
Brrrr ...
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taliesin Envoyez un message privé àtaliesin
"par ailleurS" bien sûr ! A taper trop vite sur son clavier...
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taliesin Envoyez un message privé àtaliesin
Et encore une chronique de mon groupe favori ! Merci Twilight, et bravo ! Il s'agit par ailleur d'un album qui me rappelle assez bien le cultissime "Nature Unveiled". La grande période darkindus de Current...
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