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Pascal Dusapin (1955) › Requiem[s]

  • 2000 - Naïve, MO 782116 (1 cd)

15 titres - 47:10 min

  • 1-8/ Granus sinapis 20.18
  • 9/ Umbrae mortis 4.13
  • 10-15/ dona eis 19.53

enregistrement

Producteur exécutif : Hervé Boissière ; directeur atistique : Jean-Pierre Loisil ; Ingénieurs du son : Pierre-Antoine Signoet et Jacques Warnier. Enregistré en février 2000, Arsenal de Metz.

line up

Chœur de chambre Accentus ; Ensemble ars nova ; Laurence Equilbey (direction)

chronique

Styles
musique classique
Styles personnels
musique sacrée-contemporain

Les requiem [s] du français Pascal Dusapin sont parmi les pièces les plus singulières du genre. A-capella pour le «granus sinapis» et le «umbrae mortis», juste soutenus par des instruments au rôle d’arrière-garde dans le «dona eis», ces chants à la fois austères et plaintifs, sombres et diaphanes sont faits de voiles tendus, de plans vocaux monotones qui se hantent les uns et les autres, se survolent et s’effacent en une lente variation de notes et de profondeur, de plans et d’arrières plans plus sobres et purs à mesure qu’ils se dévoilent. Souvent chaque pupitre n’entonne qu’une note unique et l’étire dans le temps comme on dresse un rideau, tandis que d’autres toiles se tendent, toutes aussi froides et mornes, et dans cette surprenante et hypnotisante danse ralentie aux textures dissociées surgit parfois la ligne lunaire d’une voix soliste qui semble, plutôt que de marcher sur une route mélodique, sauter comme d’autres tombent au hasard de ces plans glacials et désertiques qu’étendent et font mouvoir les différents pupitres du chœur. Les variations mélodiques sont infimes, allant par demi-ton, attendant des secondes avant d’oser grimper. Les notes se suivent laborieusement, sans assurance, comme si chaque nouveau pas était un risque à prendre. A mesure que les chants progressent on est de fait sans cesse plus profondément plongé dans la lumière désincarnée et blafarde de cette musique, les plans se joignent et se mettent à gronder et lorsqu’ils retombent soudain, il en reste un souvenir ténébreux qui murmure dans les graves… car c’est une messe des morts. Extrêmement plastique, la musique de Pascal Dusapin arrive pourtant ici à un aboutissement expressif remarquable d’où naît une émotion souvent diffuse, fuyante et incertaine, mais palpable. L’extrême sobriété, y compris dans les écarts harmoniques, des mélodies font de cet univers sonore un lieu à la fois tendu, inquiétant et tenace, mais qui ne bascule jamais dans l’effroi. Le compositeur reste toujours à la lisière de l’abîme, il préfère l’inquiétude, l’angoisse éthérée à la terreur violente. Ces chants fantomatiques tiennent de la danse ralentie des âmes mortes, comme on assisterait dans une clairière perdue aux errances sous la lune des esprits tourmentées.

note       Publiée le vendredi 3 janvier 2003

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saïmone › mercredi 29 novembre 2017 - 16:13  message privé !
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Ce mec est fascinant. Ses cours au collège de France sont vraiment sympas, et son livre d'entretiens avec des psychanalystes passionnant. Ses combos de 7 (et surtout les 7 solos dont parle Arno) sont ahurissants, de la saloperie atonale qui brise le coeur

Arno › dimanche 25 avril 2010 - 03:26  message privé !

Y a son grand œuvre qui vient de paraître: le cycle des 7 solos pour orchestre...

Wotzenknecht › mercredi 3 octobre 2007 - 00:41  message privé !
Une telle retenue suscite l'attente, la tension ; on se rattache à ce que les morts veulent bien exprimer comme bribes d'émotions ou de souvenirs mélodiques. Epuré, sobre, mais loin d'être minimaliste ; bien au contraire, chaque choix est des plus judicieux et dans ces longues lignes se trace un chemin, presque atonal, pour l'âme en dérive qui ne sait où s'installer pour s'éteindre.
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Wotzenknecht › jeudi 30 août 2007 - 18:25  message privé !
Ca y est, je me le suis procuré... c'est surprenant, cette retenue dans la composition, surtout pour une thématique (et une époque) invitant souvent à l'exhortation, sinon à la surenchère... quelques écoutes supplémentaires s'imposent
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Wotzenknecht › dimanche 3 juin 2007 - 09:42  message privé !
Tiens ! Pascal Dusapin chroniqué ici ! Pour l'avoir vu en conférence, voilà un bonhomme bien modeste et passionné de sa musique qui n'a pas employé tant de mots savants pour nous en parler (faut dire aussi qu'il se faisait draguer par une bibliothécaire bourrée). Je me rappelle de ses extraits de Faust mais je n'ai pas de souvenir du reste (j'ai encore le dessin fait ce jour-là !) mais qu'est-ce que je raconte, tout le monde s'en fout, il serait temps de rejoindre le lit.
Note donnée au disque :