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Band of Susans › The Word and the Flesh
- 1992 • Rough trade RTD 157.1196.2 • 1 CD
- 1992 • Restless records 7 72534-2 • 1 CD
cd • 11 titres • 57:26 min
- 1Ice Age5:29
- 2Now Is Now4:36
- 3Trouble Follows3:25
- 4Plot Twist4:22
- 5Estranged Labor4:41
- 6Sermon On Competition, Part 25:00
- 7Bitter and Twisted3:13
- 8Bad Timing3:27
- 9Tilt5:06
- 10Silver Lining4:42
- 11Guitar Trio13:20 [composition de Rhys Chatham]
informations
Enregistré par Oz Fritz, assisté de Steve Wellner en mai et juin 1990 au studio Platinum Island, NYC. Produit par Robert Poss.
line up
Robert Poss (guitare, voix), Ron Spitzer (batterie), Susan Stenger (basse, voix), Ann Husick (guitare), Mark Lonergan (guitare)
chronique
Band of Susans présentaient cet album, semble-t-il, comme leur « hommage (tribute) à l'accord de mi ». La blague pourrait faire sens – et de fait n'en être pas tout à fait une – à l'écoute, tant le groupe semble se plaire, ici, aux alentours de ce début de manche. La critique rock, musicale, quant à elle, a souvent tendance à présenter ce disque comme le plus accessible – le plus « facile » – du groupe. Il est vrai que The Word and the Flesh a quelque chose d'immédiat – sans l'effet choc, contact brutal, abrupt en guise de seule introduction, des deux précédents Susans. Ici le son est clair – et un peu moins coupant. Toujours massif mais avec quelque chose de plus ouvert. Méfions-nous, cependant... Ces gens, on le sait, gardent toujours (et volontiers) l'un ou l'autre mauvais coup en réserve, sous cape, au cas où, il ne faudrait pas que l'auditoire s'endorme, qu'on s'englue eux ou nous dans des attentes routinières, sans relief ni surprise. On n'a pas ce genre de relation, les Susan et nous – on n'a pas les uns/unes/autres le goût des complaisances !
The Word and the Flesh arbore certes un son limpide. Il a des instants presque... Pop ? Du genre en tout cas qui font mieux comprendre pourquoi on a comparé ces New Yorkais là aux anglais de la vague Shoegaze – leurs brouillards de guitares (trois, ici, comme toujours) moins évidemment corrosifs qu'ailleurs. Bien sûr... C'est un piège. La chose – le côté dissolvant, abrasif de cette musique se fait seulement plus insidieux. On y prend goût – façon addiction aux bonbons durs et colorés, emballés dans leurs papiers-plastiques translucides aux teintes pareillement vives. On monte le son. Et au détours : ça ne manque pas ! Tilt nous déferle alors qu'on bée, béat.e.s, et c'est encore ce même verre pilé qui nous descend dans la gorge, qui vient nous frictionner ! Et puis cette pochette... On dirait presque qu'elle nargue en nous l'archiviste, joue avec nos repères de culturé.e.s/cultistes pop-art – à nous faire douter, fantasmer des pastiches. Band of Susans ont-ils repris l'image sciemment sur le Blackouts sorti par Ashra (en fait Manuel Göttsching seul, à ce point de l'histoire) en 1978 ? Le renvoie se fait-il plutôt vers le fameux Loveless de My Bloody Valentine, puisqu'on parle Shogaze ? En fait non, là c'est moi qui blague – c'est tout bonnement impossible, ça, puisque Loveless sortira deux mois après le ci-présent, seulement ! Ou alors... Le modèle serait-il le Kinks Kontroversy des Kinks, sorti lui en 1965, puisque rock il y a ? Peut importe, allez ! Et oui : le Rock est toujours là, sur ce troisième album... Il rejaillit franco sur Silver Lining – et une fois frappé par ça, on l'entend autant que sur le reste de la discographie, au fil des écoutes qui reviennent.
Le rock, oui, et New York, disions nous, avec ses avant-gardes et son goût pour le bruit, qui n'avaient pas fini de se mêler. Alors, en guise d'envoi : c'est le Guitar Trio de Rhys Chattam qu'ils nous laissent là. Encore un hommage, ça ? Une version, plutôt – de l’œuvre, certes, de la compostion, mais aussi de ce que le groupe peut être, un rappel de ce qu'il est, parmi toutes les choses qu'il peut être, qu'il sait être. Bonne version, d'ailleurs... Mais pour être honnête : la plage de ce disque que j'aime le moins, la seule dont l'attaque, à la réécouter, ne me saisit pas à chaque passage. Pas du tout sans puissance, pas plus que le reste, pas moins électrique, pas moins tendue par le plaisir de jouer dru, fort et net – c'est simplement que, curieusement, ce retour aux murs de sons, sans mélodies, un seul accord (le fameux mi?) oscillant son balancement obsessif de plus en plus fort, semble détaché du reste du disque, sonne un peu « addenda » (Love Addenda, du coup ? … Hum), post-scriptum, après l'impeccable collection ciselée et contondante (une fois, je le redis, le volume adéquat calé) de ce qui précède. Ça ne gâche rien, qu'on m'entende... C'est simplement que parfois, je me passe de ces treize minutes finales – là où aucun autre disque du groupe ne me laisse zapper l'une ou l'autre de ses pistes. Je ne crache pas dans la soupe. J'en reprend une autre lampée – et je n'oublie pas qu'ici comme ailleurs, s'y glissent des ingrédients qui tapent à la tête et s'infusent aux fibres des muscles, aux circonvolutions des organes qui se trouvent là, sur le chemin, dans le circuit. Le Mot et la Chair sont là, séduits et libérés dans un seul et même mouvement que ne dictent aucuns standards de production ni de protocole.
Dans le même esprit, Dioneo vous recommande...

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- Dioneo › Envoyez un message privé àDioneo

J'avais jamais fait le rapprochement mais je peux voir ! Chez les deux groupes il peut y avoir un côté brouillard de guitares shoegaze-mais-en-fait-c'est-pas-complétement-ça... Bon, chez les Thugs c'est par passages (mais sur ceux-là pas à moitié... Et sur As Happy particulièrement, ouep) alors que chez les Susan(s) c'est un peu leur marque de fabrique ! Mais donc oui, j'imagine que ça doit pouvoir s'enchaîner facilement. (C'est malin, j'ai envie de les écouter aussi, maintenant).
Message édité le 29-01-2026 à 18:50 par dioneo
- Note donnée au disque :
- Giboulou › Envoyez un message privé àGiboulou
En écoutant les deux suivants (Veil et Here Comes Success) ce matin ça m’a curieusement donné envie d’écouter les Thugs de la même époque (as Happy as + Strike ). Ça s’enchaîne très bien tout ça.
- Indusfreak › Envoyez un message privé àIndusfreak
@ Dioneo : En effet, je crois que c'est bien ça. J'avais vu en broc l'album chroniqué ici en cd mais le gars demandait tellement une blinde pour ses vieux cd's que j'ai laissé tomber. Ou alors, c'est le genre de truc qu'on peut trouver chez des particuliers qui revendent leurs collections même si ça devient de plus en plus rare, internet oblige, ou aux puces avec de la chance...
Message édité le 26-01-2026 à 20:13 par Indusfreak
- Dioneo › Envoyez un message privé àDioneo

Alors pour E2-E4, la version/histoire que j'avais entendue (je ne sais plus si Phradream en parle dans sa chro), c'est qu'il s'agissait d'un mouvement de pièce d'échec... Mais c'est vrai que l'explication "ce sont les accords de mi qu'il joue tout le long" (2 et 4, le E correspondant à notre mi dans le système de notation anglo-saxon, allemand etc.) se rient aussi - j'ai pas vérifié (alors que j'aime assez E2-E4, en passant...) mais c'est assez plausible !
Pour en revenir au présent disque, je n'ai pas vérifié non-plus mais ça ne m'étonnerait pas que le Guitar Trio de Chattam, qui tourne sur un seul accord et que le groupe joue presque quatorze minutes durant à la fin de l'album soit en mi aussi ! (J'ai assisté à une perf de cette pièce par d'autres - plein - de guitaristes dirigés par le Rhys lui-même il y a quelques années à Lyon, en plus... Mais j'avoue ne pas avoir spécialement regardé où ils/posaient leurs mains sur les manches de leurs instruments, sur le coup !)
Message édité le 25-01-2026 à 17:00 par dioneo
- Note donnée au disque :
- Giboulou › Envoyez un message privé àGiboulou
Je ne connaissais pas l’anecdote de leur « album hommage à Mi ». Ça renforce la thèse de la pochette clin d’œil Ashra puisque l’album solo de 1984 de Manuel Gottsching est basé sur les accords E2 et E4 - d’où le nom. Excellent. J’adore ce genre d’histoires (réelles ou supposées).
