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Toru › Velours Dévorant
- 2025 • WV Sorcerer Productions W112 • 1 LP 33 tours
- 2025 • Day off DAYOFF 31 • 1 LP 33 tours
- 2025 • Araki Araki 150 • 1 LP 33 tours
- 2025 • Bagdaddy Records BDR023 • 1 LP 33 tours
- 2025 • Aktiver Ausstand In Plastik NR. 104 • 1 LP 33 tours
- 2025 • Arsenic Solaris AS-31 • 1 CD
lp/cd • 5 titres • 45:21 min
- 1VHS6:51
- 2Voiles11:35
- 3Volutes5:40
- 4Vermeilles7:33
- 5Velours Dévorant13:44
informations
Enregistré par Nicolas Dick au Puits Sonore, Gardanne, du 7 au 16 août 2023. Mixé et masterisé par Arthur Arsenne au Green Noise Studio, hiver 2023/printemps 2024.
Artwork : Lia Pradal. Sculpture en impression 3D originale (et photo) : « Bouquet », par Terence Hannum. Layout : Ruò Tán.
line up
Arthur Arsenne (guitare huit-cordes, guitare, basse, synthétiseur, cloches, bruit), Nicolas Brisset (batterie, percussions), Héloïse Francesconi (guitare, synthétiseur modulaire, objets, flûte, bruit)
chronique
Toru a tourné – entre son premier disque, enregistré pendant le confinement sans jamais avoir donné le moindre concert et celui-ci, sorti cinq ans plus tard. Ça s'entend. Non que le premier ait donné – loin de là, à aucun de ses moments – l'impression de tâtonner, qu'il ait manqué de corps... Mais ici, l'effet saisit immédiatement : d'un groupe qui est un bloc et où chacun.e, pourtant, peut foncer ou s'écarter, s'enfoncer ou jaillir du son, dans le son ; que tout reste tenu par le fil ténu des regards, par une écoute intense et libre, ouverte, plutôt que par un plan rigide, tracé d'avance dans ses moindres détails. La sensation instantanée – et durable, tenace – d'une présence. Toru a grandi – s'est encore enhardi. Les trois ont exploré, sans aucun doute – sur scène, en studio, en se frottant à d'autres, peut-être, aussi (au gré des concerts encore, des sorties de splits avec d'autres gens...) – leur matière, leur espace, affiné leur mouvements. De nouveaux instruments sont apparus, de nouvelles vitesses sont devenues possibles – des rapports aux timbres et au temps. Ici donc : une basse, des synthétiseurs, des flûtes s'ajoutent ou se subsituent aux deux guitares. La batterie reste – et quelle batterie ! Quelle machine, machinerie vivante, la pulsation, la scansion obnubilée parfois presque jusqu’à la fixité, le flux imprévisible, pourtant, le groove massif et multiplié, qu'il soit démis ou carré (oui... les deux, donc, souvent à la fois).
Velours Dévorant est saisissant, j'insiste. Goudronneux et aérien, énorme et subtil. Ses respirations amples – ses gestes fulgurants quand la tension monte ou se relâche. Le bruit y circule, s'y étend, s'y épand et s'y contracte toujours en nœuds barbelés, déchirés, tout aussi intégrale, irradiant la guitare d'Héloïse Francesconi, toujours tempéré par rien – pas même par « le rock » (comme dans noise-rock, donc), qui là ne vient à la rigueur qu'en suffixe, comme une précision certes d'importance mais qui n'inféode rien... Cette guitare-ci est NOISE – du genre indissoluble. Et les deux autres ? Eh bien... Ils groovent, on l'a dit. Ils cassent et compliquent la mesure. Nicolas Brisset tape et roule, cisaille et clou-décloue les attaches et les pivots de la métrique et du tempo. Arthur Arsenne dérape lui aussi, parfois, mais tient toujours quelque chose de fixe, quels que soient les cahots, l'apparent chaos qui se mettent en branle autour. Et puis maintenant... Il y a donc ces flottements – ces moments de calme qui couve.
Redoutable autant que le reste. Ce calme, je veux dire – pas vraiment du genre « faux » (comme on dirait « toi, tu es un faux calme »), et justement, d'autant moins, comme ça, intranquille, hanté... C'est la surface brillante d'un silence profond. Luisante, reflétant la lumière comme des entrelacs d'huiles ou d'essence prêts à s'enflammer. C'est d'une beauté qui choppe et englouti, plonge les alentours dans un noir opaque et illumine la sphère, la bulle où l'on respire d'un lueur non vacillante mais vibrante, courte mais habitée (de tout ce qu'on y pense et de tout ce qu'on y cherche, de tout ce qu'on imagine dans la distance au-delà, si proche et soudain si... en-dehors). C'est merveilleux, aussi, qu'ils s'autorisent ça si longuement sur la dernière plage titre – treize minutes, presque quatorze, à ne pas tout de suite, pas tout le long exploser, à permettre aux flammèches de tout ainsi lécher. L'intensité tendue mais vaste. La vue qui s'habitue – les contours, les détails que petit à petit on discerne. Ça n'a pas de nom, peut-être bien, cette musique, pas d'étiquette possible. Là ou sur Voiles (oui... vous avez remarqué, tous les titres sont en V), Toru me rappellent chaque fois ce trio unique qu'était Death Ambient – Fred Frith, Ikue Mori, Kato Ideki. Sans rien en dupliquer, pourtant – surtout, sans se tenir dans leur ombre (ou dans celle de qui que ce soit, au vrai). Toru persiste. Ce disque s'ancre, pénètre, se diffuse autour et dedans. Il vous agite encore, après que le son soit retombé. Il vous laisse en partant son aplomb, sa singulière sérénité pleine de fracas, son assurance accidentée. Sa certitude de l'accident – qu'il faut attraper, suivre on contrarié, n'importe, tant qu'il en sort autre chose qu'un bête constat ? Je ne sais pas – ce qu'ils en diraient. C'est ainsi, simplement, qu'il me parle. En plaisir non-routinier, en mouvement physique et cérébral, en complexité chimique pas faite pour qu'on la résolve, pour qu'on l'arrête en formule.
Velours Dévorant me rend bavard... Une fois de plus. Ce n'est pas le seul, allez, je sais bien. C'est encore pour ça, toutefois, comme souvent : parce qu'il est une chose unique, qu'un froid descriptif ne saurait cerner. On ne cerne pas ça, allez, de toute façon – la musique ou le reste, qui nous touche pour de bon. On ne s'y enferme pas, non-plus. On y passe, elle passe, on trouve dedans, et dans son sillage, de quoi se nourrir et s'interroger. De quoi partir loin et tenir à ses bases.
Dans le même esprit, Dioneo vous recommande...


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- moustache › Envoyez un message privé àmoustache

Le morceau de Toru sur le split avec Brutalism est juste terrible.
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- moustache › Envoyez un message privé àmoustache

Yes, Merci pour eux !!! Incroyable album en effet qui m'a foutu une énorme claque !
Et il est toujours en stock chez bibi :
Je le relance pour la peine.
Message édité le 25-01-2026 à 09:59 par moustache
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- Dioneo › Envoyez un message privé àDioneo

Je n'ai pas encore écouté le split avec Brutalism, sinon, mais je compte bien le aire dans pas longtemps... Je ne connais par ailleurs pas du tout, d'ailleurs, Brutalism.
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- Dioneo › Envoyez un message privé àDioneo

Tout à fait juste pour la "matérialité du son" ! Il est très "live", assez brut mais travaillé juste ce qu'il faut pour être avec ça toujours très "lisible". Et... Jee n'ai pour l'instant pas eu la chance de les voir en concert mais... J'aimerais vraiment, quoi !
Message édité le 24-01-2026 à 20:33 par dioneo
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- saïmone › Envoyez un message privé àsaïmone

Tellement incroyable oui ! Il faut aussi souligner la matérialité du son, de la production, qui est physique, palpable, qui reproduit, j'imagine, assez bien l'intensité des concerts, qui doivent ressembler à des cérémonies, pas possible autrement (cf le split avec brutalism)
Message édité le 24-01-2026 à 20:25 par saimone
