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Elend › A World In Their Screams

cd • 11 titres

  • 1Ophis Puthôn 5:59
  • 2A World In Their Screams 6:21
  • 3Ondes De Sang 2:55
  • 4Le Dévoreur 5:54
  • 5Le Fleuve Infini Des Morts 4:22
  • 6Je Rassemblais Tes Membres 7:46
  • 7Stasis 5:07
  • 8Borée 4:41
  • 9La Carrière D'Ombre 4:43
  • 10J'Ai Touché Aux Confins De La Mort 4:29
  • 11Urserpens 5:25

informations

Studio des Moines, The Fall Studios

line up

Iskandar Hasnawi, Renaud Tschirner, Sébastien Roland

Musiciens additionnels : Line-up complet à suivre

chronique

gothique / indus / apocalypse

Janvier, mois idéal pour aborder la culmination du cycle des Vents. Une révolution autour du soleil, et tout reprend... ou pas. Depuis cette sortie précipitée par les circonstances, Elend s'est fait bien discret. C'est qu'un chef d’œuvre naît dans la douleur. Et de la douleur, il y en a à ne plus savoir qu'en faire dans cet album-monde.

« J’ai tenté de circonscrire le monde, mais le voilà perdu dans sa course. » A World in Their Screams ne devait pas exister sous cette forme ; il devait être un sommet d’intensité avant deux autres albums allant decrescendo et formant une pentalogie. Les Muses avait un autre plan ; et le triple oeuvre se fit un, et le cinq devint trois.

Les Grecs, peuple maritime par excellence, avaient une compréhension profonde et théologique des vents (Anémoi). Les rythmes des saisons et la destinée des hommes allaient de pair. Les vents balaient, soufflent, punissent ; les éléments foudroient et s'abattent sans merci, mais avec suffisamment de répit pour pouvoir conter les oeuvres des héros osant les braver. Il y a pourtant dans cet album une noirceur unique, un rejet de toute narration héroïque ou cathartique qui force l'auditeur à se contenter de quelques rayons grisâtres dans une heure de noirceur, de flammes, de glace et de cendres éparpillées. Nous sommes les spectateurs impuissants du bateau d'Ulysse alors que ses compagnons ouvrent le sac des Vents. Point de héros au delà de ce “je” dont on ne connaît ni le tenant ni les motivations. S'il y a bien une retranscription profondément hellénistique qui passe ici, c'est l'impression que les passions humaines et divines ne se tempèrent l'une l'autre ; la terre rejette les morts ; les morts hurlent toujours, les démembrements ne suffisent pas à éteindre une âme en tourment. On est comme le dirait Nietzsche dans l'expression de la folie antique où les hommes pouvaient laisser cours à leurs pulsions jusqu’à les diviniser ; ni la mort ni la raison ne sauraient ralentir les volontés qui s'entrechoquent avec violence.

Je me dois de signaler que j'ai découvert Elend avec cet album, ce qui n'est pas le cas pour la plupart d'entre vous. Le texte récité est donc pour moi la « vraie » expérience du groupe ; ayant découvert chaque album à rebours je n'ai pas encore complètement raccordé dans ma tête les éléments plus classiques des albums qui précèdent celui-ci. Pour moi cette forme ultime lui sied merveilleusement ; le phrasé monotone mais terriblement expressif me rappelle mes propres lectures de textes anciens avec ces accumulations d'axiomes dont seuls l'imparfaite exégèse et le plaisir presque coupable d'accéder à une connaissance arcane restent à notre portée. De tous les titres je crois que j'aime 'Borée' le plus intensément, ne serait-ce que pour ces deux lignes qui sont gravées dans mon esprit depuis plus de quinze années :

« Mais le froid n’éteindra pas les bûchers.
Et si je meurs, c’est d’accueillir Borée dans mes veines. »

Si Sunwar the Dead cherchait encore sa forme, A World In Their Screams l'a trouvé par la force des choses. En mélangeant les enregistrements de son autre projet l'Ensemble Orphique et ceux d'Elend la masse orchestrale s'en est vue à la fois réduite (en nombre) et approfondie (en matériau). Ni tout à fait gothique ni avant-gardiste, soumettant la forme aux besoins du thème, le groupe évolue ici dans un miasme terrifiant capable de trames musicales reconnaissables même si intenses (le titre éponyme, 'Le Fleuve infini des Morts' avec une armée de pizzicati qui n'est pas sans rappeler celle de 'Ares in Their Eyes', le très rentre-dedans 'Je Rassemblais tes Membres' et ses roulements de percussions apocalyptiques) mais aussi dans des champs plus abstraits défrichés par Alfred Schnittke et György Ligeti ('Ondes de Sang', 'La Carrière d'Ombre' et son éprouvant jump-scare). L'électronique se fait présente mais en aucun cas distrayante ; le vocabulaire de textures n'en est que plus riche et on ne sait plus où donner de l'oreille lorsque du chaos nous survient une oscillation, un cri d’âme torturée ou un cor de guerre. Même sous le calme des deux derniers titres se cachent une sourde violence ; les profondeurs des drones n'en sont que plus riches lorsque l'on sait la nature des extrêmes qui sont capables d'en surgir.

Janvier 2026, mois idéal pour aborder les turbulents cycles des passions humaines qui ravagent au-delà et en deçà du monde. « Malheur aux hommes de bien » nous prévient-on. Une bande-son tant prophétique qu'intemporelle dont la forme maintenant implacable ne laisse plus de place au doute. Pour que tout recommence, juste un peu plus noir.

Chef-d'oeuvre
      
Publiée le samedi 17 janvier 2026

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stickgrozeil Envoyez un message privé àstickgrozeil

Au delà de sa qualité intrinsèque, je trouve que sa valeur est démultipliée quand on s'enfile les deux précédents juste avant. Il y a une progression dans le drama qui est juste exceptionnelle.

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Reflection Envoyez un message privé àReflection

Ralalala j'avais quasi-oublié ce disque : un "one shot" à l'époque de la sortie. La mega-claque (les planètes alignées...), j'étais parti looiiinnn. Mais... toujours eu peur de le ressortir (je ne l'ai écouté qu'une seule fois). Néanmoins vos derniers com' sont plutôt rassurants. Faudrais que je ressorte ce disque.

allobroge Envoyez un message privé àallobroge

J'ai toujours eu du mal avec Elend, 3ème division bontempi risible , mais celui ci est pas mal du tout effectivement.

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stickgrozeil Envoyez un message privé àstickgrozeil

Oui, pas mieux. Un vrai chef d'oeuvre de noirceur totale.

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maouel Envoyez un message privé àmaouel

Il est incroyable cet album. Cette tension qui monte progressivement jusqu'à exploser sur "Borée". Des années à l'écouter et à chaque fois ça me fout toujours des frissons.

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