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Camecrude › Enclave II-II
- 2020 • Cioran Records CIORAN009 • 2 CD
cd 1 • 4 titres
- 1Les Maux : Minja Los Que Non Te Mingen
- 2Les Sorts : A La Tèrra Volatz
- 3Interlude
- 4La Mort : Précis de décomposition
cd 2 • 9 titres
- 1Anathème
- 2Rituel d'avortement
- 3La Jambre Crue
- 4La Malor
- 5Broishami
- 6Tableau d'inconstance
- 7Sauge lente
- 8Que Las Arraditz Que't Sèquin
- 9Voeux d'échec
informations
Boîtier moyen format en bois noir.
line up
Valentin Laborde (voix, hurdy gurdy, effets, programmation)
Musiciens additionnels : Stase:Orgone (voix), Malou Rivoallan (voix féminine), Ginkgotuk (percussions)
chronique
D’où vient-elle cette pulsation ? Tu l’as déjà ressentie, pas vrai ? Quelque part sous les voûtes des cathédrales de Rosa Crux, une magie intemporelle… Mais si Rosa Crux en était la version gothique, Camecrude en serait la version dark ambient harsh noise. Vielle à rats chez les uns, vielle à roue chez les autres mais couplée à des effets. Le nom de Camecrude viendrait d'une légende des Pyrénées racontant qu'une jambe avec un œil au niveau du genou (‘la Jambe Crue’) se promènerait à cloche-pied la nuit pour dévorer celles et ceux qui s'égareraient trop loin de chez eux. Charmant. Le groupe originaire de Pau s’inspire donc beaucoup des mythes et de la magie ancienne de sa région mais aussi de philosophes et écrivains, généralement pas les plus joyeux: Cioran (‘Précis de décomposition’), Albert Caraco… La base de l’instrumentation repose sur les manipulations du hurdy gurdy mais pas que, percussions, claviers, effets, sans oublier le travail des voix dans une optique fortement incantatoire d’où l’analogie avec Rosa Crux. La musique de Camecrude est cependant plus brute, plus instinctive, avec des parts d’improvisation, élaborée non sous les arches des temples humains mais à l’ombre d’une nature dans ce qu’elle a de plus sauvage et sans pitié. C’est flagrant sur le cd 1 faisant la part belle a des compositions longues avoisinant aisément le quart d’heure presque à chaque fois, exception faite de l’interlude. Long n’est pas le terme adéquat car cette musique grouille littéralement, rien de gratuit ou d’inutile, mais ne cachons pas que c’est intense, particulièrement glauque, avec une impression d’une ténèbres opaque dans laquelle s’agitent bruissements, voix, pulsations primaires, gigues diaboliques, comme si des griffes creusement la terre, brisaient les racines, se tordaient entre les souches, bousculaient les pierres… Une présence ramifiée vivante, à l’affut, aux limites du domaine des hommes, observant, la babine écumante et fumante, dont on ne devine que les contours monstrueux. Le rendu est parfois si riche et opaque que le son strident de la vielle apparait presque comme une délivrance même s’il vrille le cerveau (‘Précis de décomposition’). Le plus pervers est que la présence de voix rappelle que certain/es initié/es sont autorisé/es à se fondre dans cette connaissance occulte et millénaire. Sur le cd 2, les compositions sont plus courtes, plus ‘balisées’ mais tout aussi noires. Véritable fusion entre industriel brut, dark ambient, gothique rituel, la musique est d’une intensité tranchante, injecte l’obscurité dans le corps de l’auditeur/trice jusqu’à en changer le rythme cardiaque et lui révéler dans la douleur une sagesse sauvage certes pas destiné/e à tout le monde. Il y a quelque chose aux limites de la cruauté dans le processus mais rien de fortuit. L’aspect rituel des boucles rythmiques évoque encore Rosa Crux mais version oubliettes, caveaux putrides. Pas de sonorités claires ni d’espace, tout ici est son, tout ici est noirceur avec des envolées presque symphoniques parfois (‘La jambe crue’, ‘Tableau d’inconstance’…) et des mélodies qui prennent toute leur symbolique (le fabuleux ‘Que Las Arraditz Que't Sèquin’). Pour autant, le projet ne se coupe pas de la réalité puisque l’efficace ‘Sauge lente’ avec récitation féminine glaçante traite de l’affaire des ‘Bébés congelés’, preuve que cette noirceur s’inscrit dans l’ADN humaine et se loge au sein même du coeur de chair comme dans le coeur de terre. Autant le dire, cette oeuvre (difficile de la qualifier autrement) doit s’appréhender comme telle et vu son intensité ne s’écoute pas dans n’importe quelle condition. Impossible de se montrer tiède, on adhère ou non mais pour ma part, spécialement à notre époque où la noirceur semble faire peur, une musique d’une profondeur si marquante, originale et riche, puissante, rappelle à quel point comprendre la part bestiale en soi peut renforcer et rapprocher de la lumière. La B.O. parfaite pour l’Enfer de Dante ou les Chants de Maldoror, la touche wicca en bonus; à renvoyer la plupart des projets black metal dans les jupes de Maman...
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- Dioneo › Envoyez un message privé àDioneo

(Le nom me dit un peu quelque chose, en vrai)
Message édité le 04-01-2026 à 12:13 par dioneo
- Dioneo › Envoyez un message privé àDioneo

En fait il est possible qu'on en ait déjà parlé et que j'ai écouté pour voir mais... Chuipasur !
- born to gulo › Envoyez un message privé àborn to gulo
"Dioneo ne connaît pas Camecrude", hein... Hohoho, vous avez bu, Berthier !
Message édité le 04-01-2026 à 11:43 par born to gulo
- Dioneo › Envoyez un message privé àDioneo

"Oh tiens, de la vielle... Va falloir que je check ça".
- Richard › Envoyez un message privé àRichard
Ils sont forts ces Béarnais. Surprenant ce type de projet dans une ville aussi calme que Pau. Merci pour cette découverte Shelleyan. L'immersion est tout à la fois totale, éreintante et magnétique. Pas le style que j'écouterai quotidiennement mais le voyage sonore vaut le détour.
