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Daft Punk › Discovery

cd • 14 titres • 61:00 min

  • 1One More Time05:20
  • 2Aerodynamic03:33
  • 3Digital Love05:01
  • 4Harder Better Faster Stronger03:45
  • 5Crescendolls03:32
  • 6Nightvision01:44
  • 7Superheroes03:58
  • 8High Life03:22
  • 9Something About Us03:52
  • 10Voyager03:48
  • 11Veridis Quo05:45
  • 12Short Circuit03:27
  • 13Face To Face04:00
  • 14Too Long10:00

informations

chronique

pop / electro / héroïque fantaisie

Discovery sur Guts of Darkness! On croit rêver... De la Dance Music de bas-étage diront les plus réfractaires ou simplement ceux qui porte le flambeau des mélomanes les plus sombrex. Alors pourquoi parler de ce disque au fond? Tu sens pas que la French Touch a rien à foutre ici, Nanabre? On va enchaîner avec David Guetta bientôt? Alors non, rassurez-vous, pour ma part je n'irai pas plus loin que le disque dont il est question aujourd'hui. Et pensez bien que je me suis longtemps tâté avant de me décider à vous en parler justement. Parce que oui: au fond y a rien de plus débilement mainstream que ces producteurs et DJ surproduits par ces grosses maisons de disques. Que ce soit dit. Expérimental? Clairement pas! Sombre, alors? Pas franchement. En tout cas pas comme un disque des Cure ou de Mayhem. Mais alors pourquoi dans ce cas?

Tout simplement parce que ce duo French Touch, avant le relatif succès de leur premier LP et surtout celui incontestable de ce fameux Discovery, c'était des DJs sans moyen qui organisaient des Rave Party à la sauvage dans des club l'underground Parisien dont les adresses souvent fluctuantes s'échangeaient en scred' entre mélomanes terpsichoréens en tout genre, tous amateurs de sueur et de pilules magiques. Vous commencez à capter? Ouais les Rave Party bordel, y a rien de plus festivement gutsien au fond. Une culture dénaturée aujourd'hui, certes... Mais dont les racines, elles, sont profondément obscures et méconnues du grand public, et les deux loulous dont il est question ici, n'échappent pas à cette règle, même si le père de Thomas, le producteur Daniel Vangarde fut sans doute pour lui un appui et une influence considérable. Rendons à Vangarde ce qui est à Vangarde (see what I did there?).

Repérés par Virgin (bouuuuh!) à la suite du succès de leur single bien racoleur Da Funk (qui deviendra un standard de toutes leurs tournées internationales à venir soit dit en passant), les gars de Daft Punk parviennent bien à tirer leur épingle du jeu. Mais ils ne sont pas dupes, les lascars! Ils savent bien où ils mettent les pieds. Appuyé par Busy P, leur manager, ils parviennent à réaliser l'impensable: garder la main mise sur la direction artistique tout en profitant de la propriété intellectuelle de leur musique, grâce à une license qui appartient non à Virgin mais à leur propre compagnie, Daft Trax. Pour paraphraser Thomas Bangalter, ils négocièrent avec leur contrat en 1996, beaucoup plus de liberté que de fric. Et ces trames auditives qui aujourd'hui sonnent comme des gimmicks un peu paresseux, c'était complètement nouveau comme vibe à cette époque, ne l'oublions pas!

Populaire, voire "populiste" selon leur propres mots, Discovery reste un délire joyeux, ancré dans une mythologie hallucinée en "Rocky Albator Picture Show" qui ne laissera personne indifférent. Ni sur les ondes. Ni sur les dancefloor de l'internationale occidentale. Un succès démentiel qui inspirera la scène de la Dance Music pendant des décennies. Mais assez parlé du contexte… Parlons musique, voulez-vous?

Alors qu'en est-il aujourd'hui? Et bien force est de constater qu'il y a bien peu de chance que cette chronique vous réconcilie avec le groupe (je vous laisserai le soin de vous pencher sur les chros de mes confrères pour ça)... Mais bordel, j'ai souvent les larmes aux yeux quand je remet ce disque sur la platine. Découvert à sa sortie au tout début de ma puberté, lors d'un long road trip espagnol pour aller zieuter du Dali avec la belle famille, ce disque me fit rêver les yeux grand ouverts. C'est sensible un jeune garçon que voulez-vous? Et même si les goodies des marketeux livrés avec l'album finirent rapidement tous à la poubelle (notamment cette fameuse carte en plastoc format mastercard qui voulait dire "vous y étiez-vous? parce que moi oui tsé"). Pfff. Non c'est pas l'engouement général qui me plaisait. C'était tout ce délire onirique associé. Cette histoire d'enlèvement d'un groupe imaginaire... qui parlait bien d'eux au fond! Une métaphore de leurs parcours avec Virgin. Arraché à leur scène osbcure, Daft Punk continue de faire ce qu'ils savent faire de mieux: enjailler son public, même quand il ne le mérite pas.

Parce que c'était ça aussi l'esprit de la Rave Culture au fond. Une culture de la joie et des amphét' bon marché dans un monde trop gris, en décalage avec ses valeurs. Concerts sauvages pour libérer les angoisses profondes de l'existence. Parce que pour continuer la lutte sociale qui était au coeur de ces valeurs (en tout cas initialement), il fallait bien pour pouvoir "vivre" un peu. Comme ces révolutionnaires d'antan qui prenait les armes de jour et dansaient comme des fous à la nuit tombée. Un combat pour la liberté. Un combat pour le droit au bonheur. Ça me touche perso. Autant que le Bop ou le RIO quelque part.

Alors oui, je le dis haut et fort: ce disque à bien sa place ici. Malgré son succès. Malgré son attitude positiviste à l'extrême. Parce que les disques les plus adaptés sont parfois ceux qui nous ramènent à ce qu'on a tous perdu. Musique smiley sur un cacheton. Un SOMA. Peut-être que la pilule est dure à avaler pour vous, mais bon dieu à mes yeux High Life c'est de la dope à mine guillerette qui préfigure l'ironie de leur successeurs de la bedroom music et de leur rejetons plus radicaux comme la PC music, qui aura eu la chance, elle, de ne pas se dénaturer. C'est de la Bedroom Prod artisanale au fond. Pour les masses qui veulent arrêter de se poser des questions, je vous le concède. Mais c'est assumé pour le coup. Parce qu'au fond, qu'on soit à contrecourant ou non, on mérite tous un peu d'extase. Si. Alors pourquoi se priver de partager leur culture et leur goût pour la liberté? Je reproche pas à Maiden d'avoir rempli des stades le sourire au lèvre. Il serait peut-être de bon ton de faire de même avec ce duo Parisien. Parce que Discovery était encore profondément honnête et humain.

Et malgré ses moments aujourd'hui devenus insupportables à force de matraquage médiatique, Discovery contient néanmoins de beaux morceaux qui n'ont pas si mal vieilli que ça! D'une simplicité révoltante mais dont l'efficacité, alors révolutionnaire dans le style de la scène EDM , lui fait mériter sa place au panthéon des disques cultes. Crescendolls, Face to Face, Short Circuit... même Aerodynamic, tiens! Avec son solo de synthé tout distordu! Sans parler des influences afro-américaines bien funky disséminés tout le long de l'album (Voyager et son groove inesquivable en est l'exemple le plus frappant). Daft Punk tient sa recette et ne la lâchera plus: la faute à son succès hors norme sans doute. Alors oui c'est bien le début de la fin et pas juste la fin des débuts. Un chant du cygne d'une contre-culture complètement autonome que le marché aura finalement dénaturé pour mieux remplir les poches de ses investisseurs, mais dont les racines encore intègres à ce moment là, ne manque pas de lucidité et d'intelligence. Un album inégal mais dont le souvenir chéri par votre serviteur ne cessera jamais de l'émerveiller dans ses meilleurs moments. Inoubliable. Pour le meilleur et pour le pire.

Bon
      
Publiée le jeudi 4 décembre 2025

chronique

house / pop / musique électronique / new wave / funk / disco > back to the retrofuture

Il y a ceux que les gros hits de cet album énervent... Et les autres. J’en fais partie. Même s’il faut avouer qu’il y a d’emblée deux catégories : One More Time / Harder Better, et tout le reste. Aerodynamic par exemple, au fond, qu’est ce que c’est ? Pas vraiment un hommage au rock progressif ou épique, même si beaucoup aiment raconter que ses créateurs l’ont voulu ainsi. Daft Punk, qui n’a jamais franchi la limite de ses compétences (qui sont titanesques... dans leur domaine), ne cherche même pas la pirouette rythmique, tout est calé sur un pied de grosse caisse, parfois imaginaire, mais ils poussent à l’avant du mix cette guitaresynth comme directement branchée dans la console de mix, ces claviers hiératiques, cette précipitation vers l’abîme sur ces accords désabusés qui devenaient depuis Phoenix le cœur froid et juvénile de la French Touch. On pourrait déjà écrire 10 chroniques sur un morceau pareil. Et plus encore sur Digital Love, ses vocaux crémeux en phase de meringuage, son solo de guitare plus qu’over the top, qu’on écoute ébahi comme devant une sorte de cyber-Van Halen de l’espace génial, avant de se rappeler que c’est, là aussi, sûrement pas plus de la guitare que le solo d’I Want To Break Free de Queen. Harder Better signe l’entrée dans un espace intérieur, après un sas en forme de tunnel vertical, où les vocoders nous bombardent de slogans comme les protons dans un accélérateur de particules où tout s’emboîte au rouage près jusqu’à la nausée, celle pour laquelle on a payé son tour de grand 8. C’est vulgaire, mais beau, le mot n’existe pas encore pour ce sentiment qui décrit aussi bien les flyers et bootlegs de house mexicaine ou les tatouages de malfrats asiatiques.

À l’opposé de cet hymne pour bodybuilder qui fait presque froid dans le dos par sa catchiness totalitaire, on a des merveilles poids plume comme Veridis Quo, mini-bagatelle de rien du tout où Bach bégaie sur un arpégiateur tout en humilité. S’agit-il de l’« émotion des machines » cliché déjà éculé, ou bien de notre propre spleen nocturne, de notre propre désœuvrement qui vient se lover au creux de cet album au fond déjà marqué par une mélancolie immortelle, qui survivra à leurs corps de robots... ? Autre douceur, Nightvision, comme un petit air de "I'm Not In Love" de 10cc apporté par le vent de la nuit, tel que susurré par le Air de Virgin Suicides. Au passage, avec le « sample » de ELO et surtout le break wurlitzer de Digital Love (génialissime clin d’œil à « Dreamer » de Supertramp dans un morceau qui en est à des années-lumières), ce qui apparaît n’est pas tant Discovery comme le coup d’envoi du revival 80’s que charnière entre le revival 70’s et celui des 80’s qui arrive alors. Car ces références sont vraiment typiques du milieu des années 70. Bien sûr, nombre de sonorités ici portent fier le Bombers skaï rouge pastèque et la coupe mulet-pailleté, mais Discovery est une capsule de compression temporelle audio, l’une des 1ères (la vaporwave essaie...). High Fidelity, tout en samplant un énième vieux son, sonne comme échappé de Homework. Voyager nous offre sa harpe néoclassique belle comme un cheval sauvage qui n’a de plaine pour galoper que derrière les cristaux liquides d’un écran.

Et puis il y a les pop-songs, incroyables de raffinement pour un groupe qui n'avait jusqu'ici écrit que des... boucles ! La sublime bluette épique de Digital Love, déjà citée, propulsée par un sample d’un musicien bien connu de ces pages (via Zappa...) ...Something About Us, bluette fin 70's sur un nuage perlé de talk-box, ouvragé comme du Stevie Wonder, avec cette chaleur soul-funk réelle que même la voix synthétisée ne parvient pas à masquer. Et s’il avait été inventé ici, le coup du vocoder comme le paravent pudique de l'amoureux transi, façon Christian de Neuvillette incarné en plug-in (couvrant les vrais sentiments de Cyrano) ? Air le rejouera en mode beaucoup plus autiste sur 10 000HZ Legend sorti 2 petits mois plus tard... Magie, aussi, d’un titre imprévisible et lunatique comme Short Circuit, qui démarre dans une sitcom hip-hop, avant de basculer dans une B.O. de Megaman, puis de s’étioler dans une dégradation sonore pixellisée et étrange...

La quintessence est atteinte sur l’unique Face To Face, pourtant un titre conçu en trio avec Todd Edwards, remixeur radical jovial-dépressif de la côte est dont le chant luxueux tombe ici comme l’ultime audace disco-pop du LP. Jamais Daft Punk n’a sonné si mélodique, si accessible, et pourtant si étrange, avec ce groove « défectueux », tout en heurts et accrocs, dépassant la French Touch sans être vraiment UK Garage, réellement perturbant pour 2001. On était encore bien dans WipEout, la techno raide et l’IDM de plus en plus vrillé, personne, nulle-part, n’avait prophétisé que la vraie musique du futur serait une sorte de version heurtée mais savamment arrangée, irrésistiblement catchy de la pop de Michael Jackson !? Le tout avec une liste de samples digne d’un morceau des Avalanches, dont un gimmick pourtant connu de tout les anglo-saxons : celui de « Evil Woman » de ELO (ce n’est pas la seule allusion à ELO). Les muscles de Harder Better sont ici transcendés par ce songwriting (car c’en est, et du génial) à la Phoenix, par un américain bon teint qui aura peut-être entendu parler de Da Funk avant de connaître Louis XIV... Comme des millions d’amerloques après lui.

Honnêtement, si Daft Punk n’avait fait que ce titre, le tant galvaudé mot « légende » serait quand même employé à leur égard, même si leur public serait 1000 fois moindre (qui a dit « tant mieux » ?). Un des meilleurs morceaux de Dance Music jamais fait, tout simplement. Play it again, Guy-Manuel !

Chef-d'oeuvre
      
Publiée le jeudi 4 décembre 2025

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soulsmaster Envoyez un message privé àsoulsmaster

Bon ben étant donné l’effervescence autour des chroniques je tente. Je n'ai jamais écouté volontairement de Daft Punk, et donc encore moins passé un disque, mais je connais tout le début d'album... alors même que j'ai jamais trop allumé les radios musicales, ni même maté les émissions de clips sur M6 ou autres. C'en est presque frustrant d'avoir assimilé des trucs sans le vouloir.

nowyouknow Envoyez un message privé ànowyouknow

Moralité y'a à manger pour tout le monde. Le phénomène autour de cet album m'agace un peu, comme beaucoup ont été agacés par Play de Moby, mais il aura ses 5 boules.

Message édité le 08-12-2025 à 21:26 par nowyouknow

born to gulo Envoyez un message privé àborn to gulo

"Digital Love" m'ennuie mignonnement, "Aerodynamic" est golri, "Face to Face" sympa, "One More Time" rigoureusement... trop Queen pour moi (team Gibus). C'est raccord. En fait à part "Harder" et "High Life", j'aime avant tout le petit encart RAM, sur ce disque ; de "Something about us" à "Short Circuit".

Note donnée au disque :       
nowyouknow Envoyez un message privé ànowyouknow

C'est exactement ce que je me suis dit en réécoutant l'album ce matin. Ça et Digital Love. Et personnellement je trouve ces poperies sympathiques mais c'est pas Aerodynamic ou Face To Face (...ou One More Time ou Faster). Surement pour ça que j'arrive pas à me motiver pour écouter RAM, trop funk pop loungy easy listening gentillet machin chouette.

Message édité le 08-12-2025 à 21:06 par nowyouknow

born to gulo Envoyez un message privé àborn to gulo

"Something about us", ça c'est de la bande-annonce de RAM de première bourre.

Note donnée au disque :