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Daft Punk › Homework

cd • 16 titres • 73:53 min

  • 1Daftendirekt
  • 2WDPK 83.7 FM
  • 3Revolution 909
  • 4Da Funk
  • 5Phœnix
  • 6Fresh
  • 7Around The World
  • 8Rollin' & Scratchin'
  • 9Teachers
  • 10High Fidelity
  • 11Rock'n Roll
  • 12Oh Yeah
  • 13Burnin'
  • 14Indo Silver Club
  • 15Alive
  • 16Funk Ad

informations

Enregistré de 1994 à 1996 à Paris (Montmartre)

Artwork par Serge Nicolas, recto cousu basé sur un logo dessiné par Guy-Manuel de Homem Christo.

line up

Thomas Bangalter, Guy-Manuel de Homem-Christo

chronique

house / techno / french touch ?

Homework est un instantané précieux dans la course effrénée aux BPM de fin de millénaire. Ce 1er LP du duo français (très habile collection de singles et "tracks de transitions" érigée en album par le truchement d'un artwork au summum du cool) n'a pas d'émotions, il est une technique et une matière. Un meuble verni laqué de marron-noir enfermé dans une chambre de post-ado autour de 79, puis ressorti comme flambant neuf dans des 90's qui en avaient oublié la bravitude. Sciure dorée, cendrier sur pied à poussoir, voltmètre, démarreur, fiole de Cacolac, quelques objets épars qui vont égréner leurs sons à intervalles réguliers, au fil de ces 14 titres et 2 interludes tous alignés sur un 4/4 sec, court et profond. Homework était un objet assez radical pour une major, qui maintenait comme sur les 2 premiers maxis un refus de la variation, du crescendo (procédé facile de la pop classique, dont le groupe usera et abusera dès Discovery).

Tenir dans ses mains ce CD en 98-99 donnait un peu l'impression incompatible d'avoir un machin rare, une métorite incompréhensible arrivée là par pure erreur, mais aussi de s'être un peu fait arnaquer question mélodies à emporter, surtout par rapport au gros cheval de troie "Around The World", seul titre réèllement pop du LP. Homework est un bloc aux rares incises vocodées, incroyablement peu flatteur, minéral, aussi peu mélodique que volontiers crade, bruyant et expérimental dans ses accès de pure aggression sonore, guerre du volume menée avec l'esprit de la musique noise et non pas pour l'efficacité d'une house attrape-kékés.

Une house qui a franchement souvent des airs de techno, et pas la plus feutrée du monde, tel ce Indo Silver Club, pourtant basé sur un sample d’un tube de discothèque emblématique, qui pourrait presque servir de B.O. à une course à la Wipeout, mais quand même sur roues, car Daft Punk est attaché au son du caoutchouc des pneus sur le sol, à l'adhérence à la Gran Turismo, c'est Rubber mais en morceau, et ça passe plutôt bien. Presque mieux que le bel interlude High Fidelity, trop long.

Bien sûr, ce premier album au succès mainstream invraisemblable et improbable, car tournant un peu le dos aux années eurodance, prend une aura encore plus "culte", et une patine bien particulière, une fois regardé depuis ce XXIème siècle où Daft Punk sont devenus aussi hégémoniques que la bière IPA. On se rend mieux compte, depuis la production "cockpit molletonné" de Discovery, des choix presque bourrins assumés par ce 1er LP : le grossier plutôt que la vulgarité, celui du bruit abrutissant plutôt que celle du revival infantilisant. Pas de dessins animés du matin ici, les grésillements de Burnin' et Oh Yeah donnent l'impression équivoque de s'abîmer les sens à essayer d'entraver quelque chose à un porno en crypté, sur une vieille TV cathodique pusillanime.

Mais le 1er titre de l’album à bousculer l’oreille (et dieu sait qu’il en a bousculé beaucoup à l’époque), passant du confort de Around The World à l’inconfort d’une Noise montée sur beat house, c’est Rollin’ & Scratchin’ : comme si on avait récupéré le crissement obsessionnel du Psyché Rock de Pierre Henry sous la table de travail de Fatboy Slim, qui le remixera (en 1997, mais après), comme s’ils s’étaient contenté de cet artefact sonore exaspérant que Fatboy rejettera, tout à son oeuvre tubesque, pour broder 7 minutes interminables autour de ce « wiiiiouuhhhh » quasi-douloureux, qui revient nous pousser à bout en fin d’album à coup de râles sexuels rouillés... Car derrière la facade « fans de Kiss », le duo est surtout fan de French Kiss, le titre éroticoporno de Lil Louis, et sans doute devant l’absence de copine disponible pour mimer un orgasme au micro de leur home studio cradingue, ont décidé d’enregistrer une sorte d’horrible grincement de robot, à l’obscénité flagrante sur « Rock’n’Roll »... C’est ce genre de détails qui signent la propension des Daft à aller toujours plus loin que le reste de la French Touch...

Même Around The World, unique titre « facile » jusqu’ici (était-ce réèllement radiophonique début 97 ?), au clip dantesque de trois fois rien, est en quelque sorte radical dans son accession aux « hooks » et gimmicks de la pop sans daigner faire un couplet. Seul ce sautillement de clavier de génie vient nous chatouiller les synapses, laissant la voix vocodérisée au rang de décor figé. Une voix humaine qui paraît moins humaine que les sons, désincarnée là où le gimmick principal semble pure sensation, picotement épidermique. Difficile de décrire une oeuvre aussi d’un bloc, aussi parfaite dans sa simplicité, obsédante jusqu’au bout de l’insomnie, où chaque petit son rebondissant, fil de férique, pointu ou aigrelet, basses, synthé-guitare, claviers library music à la fin, renvoie à ce style français de l’instrumentation pop, ou simplement « musique légère électrique », qui court de Alain Goraguer à Jacno en passant par France Gall. Le plus triste, et le plus beau, dans cette affaire qui ne manque ni de regrets ni de beauté, c’est que tant de gens ignorent encore qu’il s’agit ici d’un truc qu’aucun autre pays ne peut faire, bien plus français que toute la variété-chanson des années 90 et au-delà.

Très bon
      
Publiée le vendredi 5 décembre 2025

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taliesin Envoyez un message privé àtaliesin

Chef d'oeuvre total et absolu que cet album !!!

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born to gulo Envoyez un message privé àborn to gulo

Je sais pas si y a des bangers (je comprends toujours pas bien l'appellation), mais y a quelques four to the floor pas piqués des hannetons. Mais c'est marqué dessus : c'est fait à la maison. Attention aux faux-amis : home =/= house.

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born to gulo Envoyez un message privé àborn to gulo

Daft Punk, un groupe clivant. Le privilège gutsien.

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Giboulou Envoyez un message privé àGiboulou

Team Coltrano ici. J’ai pour ce groupe (et pour toute la « French Touch ») une espèce de mépris de classe inversé. Ça sonne tellement Versaillais à mes oreilles : une forme d’electro adoubée par la bourgeoisie. Réalisée par des fils de qui ont le réseau qui va bien. Bref, le soft power à la française avec ses fines bulles et ses bols de coco. Carte postale Emily In Paris incluse.

Message édité le 08-12-2025 à 18:11 par Giboulou

jeanmichel Envoyez un message privé àjeanmichel

Le côté radical, minimaliste, DIY le rend très sympa (et GOD compatible), mais le niveau technique et les influences ne sont pas encore digérées comme dans le second.

Pour le coup, il a surtout bénéficié de l'absence de culture musicale du grand public (dont je faisais parti). Heureusement, ils étaient assez sympa pour nous lister ce qu'il fallait écouter ("teachers").