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Mal Waldron › Meditations - Live At Dug
informations
Enregistrement en public, Dug Jazz Cafe & Bar, Shinjuku, Tokyo, 11 ou 12 juillet 1972
line up
Mal Waldron (Piano)
chronique
Seul, devant son piano. Face à son public, pas d’artifice, pas de repli, une seule issue, même pour un introverti comme Mal Wadron : se mettre à nu.
Lorsque ce concert en solo a lieu en juillet 1972 à Tokyo, cela fait déjà 9 ans que Waldron a subi un accident cérébral. La fatigue et une overdose d'héroïne lors d’une tournée avec Max Roach et Abbey Lincoln ont raison de lui, le laissent sans mémoire, l’obligent à réapprendre à jouer du piano. Lui permettent aussi de s’affranchir de ses influences, lui redonnent ainsi une liberté, celle de développer un jeu unique, minimaliste, basé sur la répétition de notes, la résonnance du piano, la recherche du son qui éclot en émotion.
Waldron entame ce concert en solitaire avec All Alone, un petit clin-d’œil dans ce contexte, un classique de son répertoire post-overdose surtout. Une main gauche répète le même motif d’accords, rapidement rejointe par une main droite jouant avec intensité quelques notes identiques engendrant un effet hypnotique. Puis place à un thème blues avant un retour à ce jeu de notes répétitives. Morceau simple en apparence, mais vecteur d’une mélancolie prononcée.
The blues suite qui lui succède est une improvisation blues (comme son nom l’indique) de plus de 17 mins, avec un thème initial revenant régulièrement, permettant à Waldron de dériver comme il le souhaite, au grès de son aspiration. La pièce alterne motifs d’accords répétés, montée en tension émergeant d’un rythme allant crescendo, quelques moments de répits, recommencement du thème initial, plus apaisé, retour à une improvisation qui se cherche, en attente d’un dénouement qui tarde à paraître. Longue ascension qui semble donc parfois fastidieuse, mais qu’importe. Tel le Voyageur contemplant une mer de nuages après une difficile escalade, la récompense est extraordinaire pour l’auditeur lorsque jaillit une dernière improvisation reposant sur quelques accords doux jouées de la main gauche accompagnant une délicate mélodie blues qui va en s’emballant. Quelques minutes de toute beauté, d’un calme éthéré, marquées par une mélancolie légère mais paisible.
Le morceau suivant, Chairo No Hitomi (yeux bruns), commence précautionneusement, mais sa mélodie dénuée d’émotion ne transporte pas et se perd dans une recherche stérile...
Morceau court, heureusement, qui laisse place à The Stone Garden of Ryoanji, une autre longue improvisation de près de 8 minutes. Référence au fameux jardin zen de Kyōto, le morceau s’apparente à une recherche, une ascension spirituelle. L’introduction peut sembler laborieuse mais laisse rapidement place au thème principal. Celui-ci se base sur une même suite d’accords jouées de la main gauche, motif répétitif apaisé accompagnant une mélodie bluesy qui prend le temps de se développer, qui s’élève vers un ailleurs sacré, ineffable, qui culmine avec un martèlement de quelques notes suivi d’une mélodie aérienne. Quelques notes éparses… Le temps s’étire… S’arrête… Tourments et angoisses existentielles s’atténuent, disparaissent… Paix nostalgique. Puis redescente sans heurt à la réalité. Retour au thème introductif.
Le concert continue avec une reprise du Summertime de Gershwin revisité par Waldron, non dénuée d’émotion, puis se termine avec Left Alone, un autre classique du pianiste, composé avec Billie Holiday mais jamais enregistré par cette dernière. Après une introduction dramatique, un thème tout en délicatesse, une belle manière de clore ce live.
Contemplatif, introspectif, analytique aussi, dans cette recherche permanente de la note juste, belle, qui ouvre la porte aux émotions, cet album est bien une invitation à la méditation par ce magicien de Waldron.
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- dariev stands › Envoyez un message privé àdariev stands

C'est pas parce qu'il n'y a ni jazz ni soul que c'est la whiteness (merci pour MF Doom et Moody Black, hein)...
- Coltranophile › Envoyez un message privé àColtranophile
Quelle joie de voir du Jazz sur Guts of
WhitenessDarkness! Et du Waldron qui plus est. Cerise sur la gâteau, un des disques du pianiste que je ne connaissais pas. Très bonne chronique, vraiment au plus près du disque. "All Alone" est une superbe entrée en matière et les deux longues plages sont les plus beaux moments du disque, particulièrement "The Stone Garden....", même si le début du morceau, comme indiqué dans la chronique encore une fois, laisse présager du pire. Mais quelle magie ensuite! Waldron, expressionniste introverti, qui revient toujours au Blues, cet Inépuisable. "Summertime" fait un peu pâle figure ensuite mais le "Left Alone" final est d'une très grande beauté encore une fois.Message édité le 28-11-2025 à 14:58 par Coltranophile
- Note donnée au disque :
- Cinabre › Envoyez un message privé àCinabre

Ultra bienvenue cette chro! J’adore ce pianiste et je connaissais peu de choses sur le parcours du bonhomme… Merci beaucoup!

