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The Cranberries › No need to argue
informations
The Manor Studios, Oxford & Townhouse Studios, londres. Produit par Stephen Street.
line up
Dolores O'Riordan (Chant, guitares, claviers), Noel hogan (guitares), Mike Hogan (basse), Feargal Lawler (batterie)
chronique
Je crois qu’il va falloir que je me justifie : il faut se méfier des disques qui sentent trop la lumière. Ceux qui semblent faits pour inonder les ondes FM de leur pseudo grâce, avec leurs refrains tout calibrés, leurs arpèges de guitares dociles et cette esthétique pastel d’une décennie qui croyait pouvoir danser sur ses propres ruines. « No need to argue », deuxième album de la bande à Dolores, s’avance comme ça : maquillé d’innocence, parfumé de niaiseries en faux semblants et porté par une voix… Cette voix ! Elle porte littéralement tout le groupe, puissante, singulière, et pourtant dès qu’on gratte le vernis, c’est une plaie ouverte qui l’anime.
« Zombie » bien sûr. On pourrait ne retenir que ce titre : l’hymne mondial, le cri de guerre FM, le morceau-totem des 90’s. Dolores O'Riordan y hurle avec une brutalité qui transperce les murs des salons d’une Europe encore un peu trop catho. C’est la chanson qui a trahi l’album, l’a propulsé sous des projecteurs qu’il n’avait peut être pas voulus. Mais cette rage là, il faut l’entendre dans son contexte : c’est un hurlement venu d’Irlande, d’un pays fracturé, d’une enfance rongée par les bombes et la religion. Quand Dolores crache « With their tanks and their bombs », c’est une prière qui saigne, des larmes qui se brisent.
Le reste du disque est un jeu de miroirs. Des ballades qui murmurent, cachant la gravité de leur propos derrière une apparente mièvrerie. « Ode to my family » n’est pas une chanson douce, c’est un souvenir qui s’accroche aux os. « Twenty one »s’effrite comme une photo sépia, rongée par la pluie. Même « No need to argue », qui clôt l’album, n’a rien de pacifié : c’est une fin muette, une respiration coupée, le silence après l’effondrement. Solennel.
En fait, ce qui rend « No need to argue” fascinant, c’est ce paradoxe : un disque conçu comme une offrande pop, qui se transforme, à l’écoute attentive, en autel funéraire. Les cordes sont polies, les harmonies impeccables, la lumière est partout, mais le cœur bat comme un animal blessé. Dolores, impériale et vulnérable à la fois, fait tout bas : elle peut murmurer comme une confession d’enfant ou rugir comme une ogresse affamée. Le plus grand rôle de sa vie, déjà brisée dès le départ. Et le groupe, derrière, déroule cette tapisserie sonore gris perle, faussement apaisée, qui rend chaque effondrement plus douloureux.
On a souvent reproché aux Cranberries leur sensibilité trop évidente. Une niaiserie trop transparente. Il est certain que la discographie complète du groupe semble hors de propos ici, mais celui-là, ce canapé sur fond blanc… Ici rien n’est feint : c’est un album où les émotions sont jetées sur la table, à vif, sans chercher à les rendre élégantes. « No need to argue » ne cherche pas la beauté – il l’est. Avec ou sans sucre.
Dans la grande fresque des années 90, ce disque n’est pas un manifeste, ni une révolution sonore. C’est une chute silencieuse, celle d’une jeunesse qui regarde son monde imploser avec des yeux encore trop grands. Une tragédie murmurée, livrée dans un écrin trop joli pour ce qu’elle contient vraiment. Et c’est justement ça, sa cruauté.
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- Horn Abboth › Envoyez un message privé àHorn Abboth
Exactement comme toi Raven, et on doit être nombreux dans ce cas. Perso la voix de Doleres m'enchante, aucune forme de lassitude à son égard.
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- Raven › Envoyez un message privé àRaven

Souvenirs radio K7 d'enfance et pré-adolescence... la voix magique et qui peut écœurer sur la durée, mais toujours ce brin de fraîcheur émotionnelle très singulière, petit brin de muguet des années 90.
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- Shelleyan › Envoyez un message privé àShelleyan

Hé bien, vas-y, là on est pas dans le joyeux...
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- pokemonslaughter › Envoyez un message privé àpokemonslaughter

je suis à deux doigts de chroniquer l'Ep "Ode to my family" juste pour la présence de cette B-Side. Meilleur morceau de Dolores.
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- Shelleyan › Envoyez un message privé àShelleyan

Ah oui, effectivement, 'So cold in Ireland', c'est du bon.
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