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Year Of No Light › Vampyr
- 2013 • Music Fear Satan MUF025 • 1 CD
cd • 16 titres • 71:00 min
- 1Générique02:10
- 2Courtempierre04:01
- 3Testament03:57
- 4Ombres09:30
- 5Meurtre02:42
- 6Deuil04:25
- 7Vampire01:59
- 8Morsure03:21
- 9Damnée04:59
- 10Malédiction02:45
- 11Exsangue03:39
- 12Saignée/Révélations04:25
- 13Passages04:51
- 14Outremonde (Hiérophante)07:08
- 15Profanation/Rédemption03:35
- 16Orée (Abbesse)07:24
informations
Enregistré live au Krakatoa, Bordeaux, février 2012
Composé pour être joué live, en accompagnement de la projection du Vampyr de Carl Theodor Dreyer (film muet de 1932).
line up
Bertrand Sebenne (batterie, claviers), Johan Sebenne (basse, électronique), Jérôme Alban (guitare, claviers), Mathieu Mégemont (batterie, électronique), Pierre Anouilh (guitare), Shiran Kaïdine (guitare)
chronique
18h, le temps de quitter le bureau, sauter dans la voiture et me voilà parti pour deux bonnes heures de route direction le nord du Loiret pour un week-end chez ma compagne qui vient d’y être mutée.
La circulation est peu dense à cette heure dans Bourges et il me faut profiter d’un rapide arrêt à un feu rouge à l’entrée de la zone d’activité commerciale de Saint-Doulchard pour insérer le disque dans le lecteur de ma 406. Vampyr, de Year of no Light, un live enregistré en 2012 dans le cadre d’un ciné-concert pour le film du même nom. L’étrange disquaire au regard halluciné qui me l’a vendu n’avait pas tort de me le recommander. Difficile à expliquer pourquoi, mais ce disque typé doom, post-metal, post-rock, me fascine, me hante et il me semble un compagnon de voyage approprié pour la première moitié du périple nocturne qui m’attend, à traverser les forêts de Sologne jusqu’à la Loire. Peut-être réussirai-je à percer le mystère de son magnétisme durant ce trajet ?
La nuit tombe, la traversée de la zone d’activité, de champs puis du bourg de Saint-Eloi-de-Gy est bercée par un drone lancinant entrecoupé d’un accord de guitare (« Générique », « Courtempierre »). Mais, rapidement, alors que ma route sillonne à nouveau des pâturages, larsen, bourdonnements puis quelques notes de guitares à l’arrière-plan : la tension musicale monte. Champs, nouvelle localité, re-champs.
Peut-être est-ce dû à mon choix musical ? Un léger malaise s’invite, accompagné du sentiment absurde d’être suivi. Je jette un œil dans mon rétroviseur. Rien. Une nuit noire comme l’encre. Etrange. N’aurais-je pas dû voir les lumières du bourg récemment parcouru ? La tension continue de monter, accentuée par les roulements solennels joués à la batterie qui vont en s’accélérant, se mêlant à un magma sonore de plus en plus épais, étouffant et d’où s’extirpent des lignes d’une guitare lointaine.
Traversée d’Allogny et ses petites maisons aux façades grises dans une ambiance de guitares post-rock et me voilà plongé dans la forêt de Sologne, accompagné de « Meurtre » d’un calme initial trouble, avec pour seuls éléments rassurants mes phares éclairant les alentours. Nappes d’orgue, coups de cymbales. Volutes de brumes enveloppantes illuminées par la voiture. Scintillements jaunes sur les bas-côtés, quelques chevreuils ou sangliers probablement. Brouhaha soudain d’instruments, une biche, vraisemblablement affolée, qui traverse la route . A peine le temps de freiner. Je redémarre.
La tension semble passée, pause post-rock bienvenue avec « Deuil », mais cette accalmie est de courte durée, brisée par quelques notes de guitare éparses, aux sonorités métalliques angoissantes. Je traverse la commune de Neuvy-sur-Barangeon accompagné de « Vampire », soudainement saisi du sentiment d’être l’objet d’une colère divine, puis me retrouve à nouveau immergé dans la profondeur des bois. Mon appréhension se ravive. Mon rythme cardiaque s’accélère. Reviennent ces roulements de batteries incantatoires allant crescendo et s’agglomérant à cette masse sonore suffocante d’où surnagent des lignes de guitares mélancoliques. Et, encore, ces nappes de brouillard, cette farandole de yeux jaunes dans la nuit. La faune semble particulièrement agitée ce soir. Et, toujours, cette impression de présence malveillante à mes trousses. Un nouveau regard dans le rétroviseur. Un étrange voile noir derrière moi. La lune fait une rapide apparition avant d’être avalée par… Par quoi exactement ? La frondaison ? Un nuage ? Un gigantesque tentacule ?
Quelques notes d’un troublant piano se font entendre sur « Exsangue » alors que je m’engouffre dans Ménétréol-sur-Sauldre. Elles sont réverbérées, rapidement doublées de celles émanant d’une guitare puis succédées par un va-et-vient de bourdonnements. Il me semble ressentir quelques vibrations couvrant celles de la voiture, comme le ferait le déplacement d’une créature immense et lointaine tandis que je quitte le village.
Mon trajet continue : Clémont, une nouvelle bourgade, les bois, plus clairsemés maintenant, quelques prés qui font leur apparition. Tandis que je passe le canal de la Sauldre, les guitares et roulements de batteries sont de retour, sabbat maintenant oppressant. Désormais, les animaux ne se cachent plus, des biches, des lièvres, des sangliers courent à mes côtés, affolés par je ne sais quoi tandis que l'angoisse m’envahit pleinement. Les spirales de brumes ont disparu, remplacées par un étrange phénomène atmosphérique : mes phares illuminent maintenant de surprenantes colonnes de feuilles, de branches, de gravillons qui s’élèvent vers le ciel au son des guitares. Les vibrations chtoniennes s’intensifient.
Alors que les bois cèdent la place à quelques champs et prairies, que je m’approche de Cerdon, petit bourg composé de longères en briques rouges, et tandis que tombent les premières notes d’« Outremonde », un vacarme gigantesque hurle derrière moi. Je me retourne. Une fraction de seconde. Une masse noire… gigantesque… indescriptible… avançant à grande vitesse. Elle semble monter jusqu’au ciel… se découper dans la lumière de la Lune… accompagnée de ces étranges vortex de feuilles, de branches et de poussière. Des animaux paraissent aussi pris dans cette ascension.
Terreur. J’accélère, je veux semer cette menace. Alors que je quitte Cerdon, je me retrouve à nouveau dans une campagne où bois et champs se succèdent. La musique, avec « Profanation/Rédemption », retombe dans le calme. Fugace coup d’œil dans mon dos : il me semble avoir pris de l’avance sur cette chose innommable, les colonnes de matières qui montent au ciel ont disparu, la Lune est à nouveau là, seule, presque réconfortante. L’espoir renaît. J’ignore les intentions de la créature mais je ne tiens pas à les découvrir. Je peux encore lui échapper. Après tout, Sully-sur-Loire n’est plus très loin… La petite ville devrait suffire à l’arrêter, la Loire sinon ? Je rappuie plus fortement sur la pédale d’accélération, la voiture bondit…
Alors que j’aperçois au loin la cheminée de la Scierie Velbois annonçant la proximité de la ville tant espérée, promesse d’une possible échappatoire, les volutes de matières réapparaissent soudain devant moi. Plus menaçantes encore : branches, feuilles, animaux, troncs d’arbres s’agglomèrent dans un tumulte démoniaque. Tandis qu’« Orée » résonne dans mes oreilles, une ombre, un voile noir gigantesque dépasse ma voiture par les côtés, recouvre le ciel étoilé devant moi. Je sens que mon véhicule commence lui aussi à s’élever, comme soulevé par une force inhumaine. Une étrange sensation s’empare de moi, mon discernement se délite, mon esprit se disperse, ma conscience se désint…
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- Pielle › Envoyez un message privé àPielle
Intrigué par la chouette chronique et le projet, projet qui me fait un peu penser, pas musicalement bien sur, à ceux d'Art Zoyd dans les années 90 avec les films Nosferatu, Faust et Häxan.
- moustache › Envoyez un message privé àmoustache

Oui ici la musique seule fonctionne bien. Après réécoute je monte ma note tiens. Et ta chronique road-trip met bien en avant l'aspect immersif.
Message édité le 15-11-2025 à 13:04 par moustache
- Note donnée au disque :
- Ultimex › Envoyez un message privé àUltimex

Comparé aux albums studio, une expérience un peu à part, ce live, oui, étant donné qu'il sert de BO à un film.
Mais il se porte très bien tout seul, sans l'image, au final : longue montée en tension parfaitement maîtrisée qui permet d'accompagner son propre scénario.
- Note donnée au disque :
- moustache › Envoyez un message privé àmoustache

Cool de voir Year Of No Light par ici. Vu plusieurs fois en concert au fil de leur évolution et chaque fois c'était grand. Par contre j'avais raté les concerts sur le film Vampyr de Dreyer (qui est un chef d'œuvre au passage). Mais j'avais eu d'excellents retours. En plus les gars sont vraiment sympas.
Préfèrence pour les albums Ausserwelt et Tocsin juste derrière.
Message édité le 15-11-2025 à 11:40 par moustache
- Note donnée au disque :
- Lord Tom › Envoyez un message privé àLord Tom
406 coupé? V6 ??

