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Hermann Szobel › Szobel

cd 1 • 5 titres • 36:56 min

  • 1Mr.Softee06:30
  • 2The Szuite12:24
  • 3Between 7 & 1105:09
  • 4Transcendental Floss06:08
  • 5New York City, 6 AM06:44

informations

Enregistré aux Record Plant Studios, New York, en octobre 1975 par John Struthers et Tom Panunzio, Produit par Hermann Szobel

line up

Hermann Szobel (piano acoustique), David Samules (vibraphones acoustiques et électriques, marimba, percussions), Michael Visceglia (basse), Bob Goldman (batterie), vadim Vyadro (saxophone ténor, flûte, clarinette)

chronique

1975, un jeune autrichien de tout juste 17 ans débarque à New York. Il ne connait personne, et bien sûr, personne ne le connait. Mais il est le neveu de Bill Graham, immense promoteur de concert aux états-unis (Grateful dead, Santana, Miles Davis...), et il a quelques adresses. Il déboule ainsi dans un studio d'enregistrement où des pointures telles que Anthony Jackson sont en train d'enregistrer le nouvel album de Roberta Flack. Et à la question inévitable "Mais tu es qui toi?", il répond simplement "Je suis le meilleur pianiste que vous ayez jamais entendu". Rires. "Ah oui? Et bien montre nous ça!". Il se met donc au piano... et plus personne ne rit. Il a des compositions sous le bras. Il veut monter un groupe et les enregistrer. Anthony Jackson lui recommande le jeune bassiste Mike Visceglia, et le batteur Robert Goldman. Vraisemblablement aidé par Bill Graham et Roberta Flack, il décroche un contrat avec Arista. Il s'installe dans un loft à Manhattan et fait passer des auditions, encore et encore, et à mesure que le groupe se constitue, les journées entières de répétitions s'enchainent, durant des semaines, puis des mois. Hermann Szobel est irascible, terriblement exigeant, colérique. Il veut tout, tout de suite. Lorsque l'album sort, il ne se plie pas vraiment aux besoins de la promotion. Ses exigences extrêmes lors des concerts ferment nombre des quelques portes qui lui sont ouvertes (il impose notamment le déplacement de son piano à queue depuis son loft dans les petites salles qui acceptent de l'accueillir, là où la scène peine déjà à contenir les musiciens.) Il n'écoute personne, pas même Bill Graham, et lorsque, malgré le flop du premier album, on lui propose l'enregistrement de nouveau matériel, il devient incontrôlable, ingérable, plus erratique que jamais. Les séances se passent mal, quand elles se passent. Peu à peu, il se coupe de tout, et de tout le monde, et finit, purement et simplement, par disparaître. De longues années passent. Quelques bruits courent. Il serait à Jerusalem, à San Francisco. Devenu mime, il parcourrait le monde. Sa mère, avec qui il gardait un semblant de contact, finit par le déclarer disparu en 2002. Puis, en 2012, le label Laser's Edge entreprend une réédition CD de l'album, et remue un peu la terre endormie au fond du ruisseau. A cette occasion, des images d'une documentariste polonaise qui s'intéresse au syndrome de Jerusalem attirent l'attention. On y voit un homme en haillons, vivant dans une sorte de cave à Jerusalem, communiquant avec Jesus, buvant de l'eau de pluie. Mais l'homme a refusé que son visage apparaisse. Finalement, il faudra encore quelques années pour que des images non montrées de ce film parviennent à Mike Visceglia. On y voit le visage de cet homme. Et le bassiste de confirmer : "C'est bien Hermann"...

Et la musique dans tout ça? Et bien, si l'histoire singulière rajoute à la mystique de ce disque, il y a fort à parier que, de la même manière, elle ne prendrait pas cette dimension de légende urbaine si elle servait un album médiocre, ou plus simplement commun. Le jazz rock de "Szobel" est en effet aussi fantasque, captivant, qu'on se plaît à le rêver en découvrant les circonstances de sa création, et la personnalité difficile de son créateur. Mélange jouissif d'énergie rythmique complexe, de puissance millimétrée et de liberté jazz, doté d'une prise de son pleine et organique, il emprunte aussi largement à la palette harmonique de la musique contemporaine qu'à la dimension sonore hallucinatoire et cosmique des années 70. Saxophone ultra réverbéré, Marimba totalement extra terrestre, basse caoutchouteuse plongée dans le phaser, le tout vertébré par l'acoustique inimitable du piano à queue, tour à tour pilier, point d'ancrage des syncopes ou soliste fou furieux... la musique alterne et entremêle les déflagrations bavardes et polyrythmiques prodigieuses et les méditations lunaires, inquiétantes, ou mélancoliques. Car si Hermann Szobel va évidemment se laisser aller à une complexité d'écriture démonstrative qui pourrait se révéler rapidement stérile, elle est ici contre balancée par une recherche d'égale importance sur la création d'atmosphère. On pensera évidemment à Zappa, dont Szobel était un grand admirateur, dans cette volonté farouche, presque brutale, d'enchaîner les exigences rythmiques et structurelles. La largeur de vue pianistique, quant à elle, évoquera Keith Jarrett. Mais Szobel impose sa singularité en niant heureusement du premier l'aspect satirique, assumant entièrement la violence et la noirceur qui peuvent jaillir d'une telle fougue. De la même manière, il aventure la plénitude harmonique du second sur les épaules musclées du rock; un groove rageur, volontiers labyrinthique, dans lequel la paire Visceglia/Goldman se montre résolument stupéfiante de souplesse comme de puissance. Car il ne faudrait pas réduire ce disque à son seul maître d'oeuvre. Le jeune homme lui-même, par son écriture, ouvre de fait cette musique à l'ensemble de ses artisans. Entre soli habités et accompagnements tout aussi élégants que volontiers sournois, Vyadro ancre le quintette dans les couleurs du jazz tout en arpentant régulièrement les sentiers du bizarre. Il y retrouve un David Samuels rien de moins que fascinant, grand sorcier du son, qui emporte cette musique parfois trop difficile dans les territoires du rêve et de la contemplation émerveillée. Oui... étrange, éprouvant et fascinant voyage que la traversée de "Szobel", qui en appelle autant à l'exigence de l'esthète qu'à son cerveau reptilien, immédiatement happé par ses plaisirs groovy, hypnotisé par ses visions violentes et sombres. Loin de cette fantastique ôde à la vie qu'était le Mahavishnu, bien plus noir et urbain que l'exotique Weather Report, tellement plus convainquant et profond que le bienséant Return To Forever, "Szobel" était une autre voie... New York City, 6 AM... à l'heure du sommeil forcé et des fumées toxiques.

Très bon
      
Publiée le jeudi 6 novembre 2025

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notes

Note moyenne        3 votes

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born to gulo Envoyez un message privé àborn to gulo

La violence, pour laquelle j'étais venu, je ne l'entends pas. Une quelconque foutraquerie ou désordre : non plus, rien en tous cas qui choque mes oreilles de béotien en matière de jazz, rock ou free ou whatever. L'étrangeté, en revanche, le mystère, et la tension (étouffée mais régulièrement se faisant sentir) : certaines, de plus en plus même à mesure des écoutes et de la familiarisation, qui est synonyme ici d'immersion.

Un genre de polar occulte tout en suggestion. J'aime assez. Le prix, un peu moins.

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born to gulo Envoyez un message privé àborn to gulo

C'est le père Keith aux percus ?

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Sheer-khan Envoyez un message privé àSheer-khan
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-> corrigé . oui, assez d'accord sur le parallèle avec HC, et notamment du fait du jeu très articulé de Goldman.

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born to gulo Envoyez un message privé àborn to gulo

Mariba ?

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Coltranophile Envoyez un message privé àColtranophile

Je ne connaissais pas dut tout. Merci pour la découverte. Disque mosaïque plus que foutraque. La référence à Jarrett est, en effet, évidente. Tout en s'émancipant d'une approche spécifiquement pianistique (qui reste très souvent celle du père Keith). L'ensemble me fait presque plus penser au monde de Frith, Cutler, Hodgkinson et compagnie dans ce qu'il procure comme type d'émerveillement.