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Dionysiaque › Diogonos
- 2024 • I, Voidhanger Records IVR226 • 1 CD
cd • 8 titres • 47:29 min
- 1By the Styx09:33
- 2Violet Venom06:49
- 3Blossom01:54
- 4Ad Nauseam06:07
- 5Vineyard & Ivy09:49
- 6Requiem00:54
- 7Evohe05:53
- 8Sparagmos06:30
informations
Enregistré au Heldscalla Studio, Mars 2023 ; Masterisé au Drudenhaus Studio, Juillet 2023
line up
Lethal Von Lethal (basse, trompette, chœurs), Thomas Hagmann (batterie), Bruno Penserini (guitare, chœurs), Loïc Bailly (guitare), Nathaniel Colas (chant)
chronique
Raphaël était en retard pour la messe. Arrivé tôt ce matin à Strasbourg pour quelques jours, et bien que d’une foi chancelante, par habitude, par tradition familiale aussi, il ne ratait jamais la cérémonie de l’Eglise du Saint Riff Sabbathien du dimanche matin. En prévision de celle-ci, la veille, il avait repéré, sur internet, l’existence d’une petite église de sa confession proche de son hôtel : l’église Diogonos de la paroisse de Dionysiaque.
Raphaël s’introduisit discrètement dans l’austère bâtisse alors que la lecture de l'Évangile se terminait. Il prit un feuillet liturgique, s’installa sur un des bancs du fond et s’accorda quelques instants pour étudier l’intérieur de l’église : murs et colonnes en grès rosâtre illuminés par de rares cierges, deux/trois tableaux poussiéreux reproduisant les pochettes de Born again ou Sub-Basement, des vitraux sombres représentant les quatre Evangélistes : Saints Tony, Ozzy, Geezer et Bill, quelques statues de Bienheureux et de Martyrs : les pères Wino et Liebling, Saint Leif Edling…
Le prêtre, titubant légèrement, quitta l’autel et s’avança accompagné de ses diacres, vers la chaire pour le sermon. « Eh bien, père… », Raphaël jeta un œil au feuillet, « père Nathaniel, vous semblez abuser un poil du vin de messe ». Le père monta les quelques marches de l’estrade pendant que les diacres empoignèrent leurs instruments et commencèrent à jouer un doom des plus traditionnels, respectueux des canons édictés par le Saint Siège à Birmingham : lent, lourd, sinistre, avec basse bien en avant. Une fois installé, le prêtre commença classiquement son sermon en haranguant la masse des fidèles présents avant que l’ambiance ne prenne un tournant inattendu : musique s’accélérant subitement, prédicateur s’animant, comme tourmenté par les flammes de l’enfer puis, surprise inattendue, petit sprint black metal. Raphaël se sentit outré, heurté par une audace aussi peu orthodoxe. Cependant, après cette courte incartade, le rythme, la musique, redevinrent traditionnelles, pachydermiques. Sauf… Sauf ce bon curé qui, lui, semblait emporté par son oraison, halluciné, en roue libre complète : alternant vocifération contre les impies, exhortation à la foi dans le Saint Riff Sabbathien, gémissement de douleurs, éructations diverses, expressions de folie et de rage… A l’image des plus grands prédicateurs, tel Saint Scott Reagers ou le père Dorian, le prêtre de la paroisse de Dionysiaque maniait la théâtralité avec un talent certain, toujours sur le fil, physiquement habité par son discours et par la musique et, malgré les apparences, d’une maîtrise impeccable, galvanisant ainsi la foule des paroissiens par sa prêche. Raphaël sentit faiblir sa réticence.
L’orchestre de diacres qui accompagnait le père Nathaniel, lui, continuait de jouer un doom, d’obédience classique, pesant, solidement interprété, faisant sentir à l’auditeur tout le poids de ses péchés. En plus de la courte furie black metal susmentionnée, les diacres se permettaient, néanmoins, ponctuellement, quelques petites incongruités comme des accélérations bien senties, de la dissonance distribuée avec parcimonie, permettant ainsi à leur musique de gagner en variation tout en restant ancrée dans les canons du genre. « Il faut que peu change pour que rien ne change » pensa Raphaël. Deux interludes instrumentaux, l’une plutôt traditionnelle (acoustique, accompagné de flûte), l’autre beaucoup moins orthodoxe (avec sa trompette funèbre) permirent d’aérer le tout et, surtout, au père, apoplectique, de reprendre son souffle.
Dernière salve d’une force décisive sur laquelle le curé, les yeux exorbités, harangue les fidèles contre les tentations qui les guettent (écoute de Foreigner ou de Limp Bizkit) ; définitifs avertissements adressés aux mécréants ; ultime accélération ; les instruments se taisent enfin. Le prêtre, aidé de ses diacres, regagna l’autel. Le calme retrouvé, la cérémonie pouvait continuer.
ITE, MISSA EST. Raphaël, encore légèrement sonné, sortit sur le perron de l’église, sa foi raffermie, ragaillardie par l’intense sermon du père. Désormais, autant que possible, il reviendrait à Strasbourg, à cette petite église Diogonos de la paroisse de Dionysiaque assister à la messe du Père Nathaniel et de ses diacres musiciens.
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notes
Note moyenne 8 votes
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- pokemonslaughter › Envoyez un message privé àpokemonslaughter

Resistance, son précédent groupe, plus typé Heavy était très cool aussi !
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- Tallis › Envoyez un message privé àTallis
Clair que le chant sort des sentiers battus et donne une sacrée personnalité à l'ensemble. Première écoute enthousiaste pour ce qui me concerne.
- Ultimex › Envoyez un message privé àUltimex

Oui, ton premier commentaire était assez clair, mon message était plutôt un avertissement adressé aux autres potentiels auditeurs : ça peut ne pas passer, ce petit côté un peu en roue libre du chant (qui participe grandement au charme de ce disque).
Message édité le 07-11-2025 à 18:37 par Ultimex
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- Dioneo › Envoyez un message privé àDioneo

Ah mais moi aussi ça me plaît, hein, encore une fois ! Je lui trouve un côté très "des les clous du Grand Théâtre du Doom Trad" mais en même temps quelque chose de pas du tout surjoué, affecté... Ce qui au fond n'est pas si commun dans cette musique là. Bon, en somme je retrouve bien ce que tu dis dans ta chro, quoi, à l'écoute ! (Alors que apr exemple, j'ai pas du tout accroché à Tar Pond, en partie parce que le chanteur me donne complètement l'impression de "jouer à Candelmass" sans qu'il se passe autre chose qu'une imitation appliquée des canons d'un genre...).
- Ultimex › Envoyez un message privé àUltimex

Personnel, habité oui. Ça passe très bien ici (on l'aura compris), mais je peux comprendre que certains y soient assez peu réceptifs.
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