Vous êtes ici › Les groupes / artistes › R › Red House Painters › Down Colorful Hill
Red House Painters › Down Colorful Hill
informations
line up
Mark Kozelek (chant, guitare), Gorden Mack (guitare), Jerry Vessel (basse), Anthony Koutsos (batterie)
chronique
Je me lève. Trop tard. Il fait jour depuis six heures déjà. La lumière est maussade, je me sens comme une grosse larve. L'envie de revenir aux draps est forte, mais je résiste, et pantèle jusqu'à mon canapé. Mais je n'aime pas ce canapé. Je vais alors à mon petit bureau en bois. J'aime bien ce petit bureau en bois. Je saisi un papier sur lequel je griffonne mollement, en écoutant un album chiant que je laisserai tourner. J'écoute les Red House Painters un peu comme cette chanson de Cabrel à la fin d'Une Époque Formidable, "Tôt ou tard s'en aller". C'est un peu le même effet, que ça me fait, un peu la même poisse en sourdine. En plus lent, en plus fatigué.
Je me couche. Trop tard. Il fait nuit depuis six heures déjà. Et la lumière du jour revient, doucement. Culpabilité. Sensation de crever sur pied, et que ça changera rien au tableau final si je presse le rythme. Alors autant laisser faire la nature. L'envie de revenir à la chaise est forte mais je résiste, et pantèle jusqu'à mon lit. Être allongé, indécis... Je regarde le plafond, page blanche des sentiments, fadeur d'un après-midi à blanc. Les feuilles tombent, sans leur poème. La poésie est pourtant là, qui m'attend à chaque coin de phrase de cet étrange mais familier chanteur, nommé Mark. La lumière est diffuse, le jour se grise, ma patience se prélasse dans cette impasse, que vais-je donc devenir dans cette nasse, ce cul-de-sac ? J'imagine alors des bribes d'un texte, en écoutant un album confortablement mou, que je laisserai tourner jusqu'à ce que le poules aient des dents. Parce que ma vie est chiante, mais confortable. Comme celle de pas mal de ceux qui s'infligent cette musique. Petits occidentaux aux rêves insipides. Gens chiants.
Red House Painters le sont aussi, chiants, c'est connu, sous ce nom menaçant qui évoque L'Homme des Hautes Plaines. Mous. Peut-être pas autant que les futurs Sun Kil Moon de Kozelek, d'accord, encore que : "slowcore", on a pas trouvé mieux... La version impuissante de l'indie folk ? L'abstinence, ça peut mener à une jactance accrue. On compense comme on peut. Plus on en parle, moins on le fait, c'est bien connu. Hein, pervers de Kozelek ? Et ici on baise plus depuis longtemps, tellement la dépression a fait son lit. "Slow core", mes salauds... C'est aussi con que "speed-metal", quand on y pense, "slow-core". C'est les mêmes à l'envers. Mais dans cette apparente facilité, cette chiantise "film d'auteur indépendant", on découvre un artiste à la voix unique, envoûtante. Faut l'entendre appeler son pote Michael, le mec Kozelek. Un Kozelek déjà entier dans cette musique simple, pas encore trop verbeuse comme le seront ses projets futurs... un Kozelek qui ne se dévoile pas encore dans toute son impudeur écœurante et assommante, façon journal intime intégral... et qui étire ses pensées grises, jusqu'à dislocation du spleen. Un type qui pense à la vieillesse à vingt-quatre ans, comme Ian Curtis, enfin presque. "Like a friend you don't want to see (...) oldness comes with a smile". Kozelek, ce boute-en-train.
Il se passe vraiment pas grand chose, voire rien, dans ce disque, comme sur ceux d'après... Ici la formule est brute voire pure, et elle étire les bras en bâillant. L'éveil progressif des cordes sur "24" laisse place à une spectrale suspension... "Japanese to English", la douce désolation... Il y a une seule accélération, relative, avec la jangle "Lord kill the pain", qui ressemble à du Smiths par des ricains, mais avec un texte à la Steve Albini (presque un ancêtre à la "Prayer to God" de Shellac en fait, rien que ça)... Il y a le tempo plus solennel, presque militaire, du morceau-titre, pour une procession funèbre entre les saules avant le goûter... Et puis il y a cette "Medicine Bottle", et ce morceau majestueux porte en lui, sans trop en faire (pas le style de la maison peinte en rouge), quelque chose d'une infinie douleur, noyée dans la profondeur de l'écho, comme un chaton, dans une immensité de cordes réverbérées, elles-mêmes diluées, quasi invisibles... perdues dans la nuit blanche d'un jour sans fin.
On peut être frappé d'ennui autant que de stupeur, à l'écoute des redoutablement monotones Red House Painters, selon comment on s'en approche. Avec le cœur ou non. Il faut s'y laisser glisser comme dans des draps. Kozelek égrène ses pensées - et ça sera de pire en pire au fur et à mesure des albums jusqu'à des aberrations textuelles dignes d'un croisement entre Henry Rollins et Grand Corps Malade. À peu près. Mais là : c'est une musique tranquillement morbide, et au fond l'une des plus déprimées qui soient. Compagne idéale pour le plumard éventré, l'énième insomnie. Comme s'enfoncer sans cesse dans ce grand matelas, en sachant qu'on ne pourra plus jamais s'en relever. Attendant l'ange qui ne viendra pas. Vivre... Mourir... Entre les deux : dormir. Ou ne plus pouvoir.
dernières écoutes
Connectez-vous pour signaler que vous écoutez "Down Colorful Hill" en ce moment.
notes
Note moyenne 8 votes
Connectez-vous ajouter une note sur "Down Colorful Hill".
commentaires
Connectez-vous pour ajouter un commentaire sur "Down Colorful Hill".
- Indusfreak › Envoyez un message privé àIndusfreak
La beauté mélancolique et la simplicité à l'état pur, peut-être mon album préféré du groupe. Pas de frime ni de fioriture, ça va directement titiller les sens. Je retrouve des similitudes avec les premiers albums de Low, autre groupe de slowcore qui ne fait pas d'effets de manche mais bougrement efficace pour te retourner comme une crêpe quand tu t'y attends le moins.
Message édité le 26-01-2026 à 20:23 par Indusfreak
- Note donnée au disque :
- ProgPsychIndus › Envoyez un message privé àProgPsychIndus
Commandé aujourd'hui !
- allobroge › Envoyez un message privé àallobroge
C'est alors, sans conteste, celui là qu'il te faut écouter d'abord Psyprog !
- Note donnée au disque :
- ProgPsychIndus › Envoyez un message privé àProgPsychIndus
Je connais le nom depuis des lustres.... Bah ça me donne envie d'y jeter une oreille !
- Serge sylvain › Envoyez un message privé àSerge sylvain
Je me demande si c'était une bonne idée d'acheter ce disque à 17 ans...
