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Abandon › The Dead End

cd • 6 titres • 45:29 min

  • 1Bitter the Surface
  • 2Pitch Black Hole
  • 3Lost We Are
  • 4Falling into Place
  • 5Eulogy
  • 6In Reality Suffer

cd • 4 titres • 60:59 min

  • 1For Crumbs We Crawl
  • 2The Dead End
  • 3It's All Gone
  • 4There Is No Escape

informations

le chanteur a mourru

line up

Johan Karlsson (chant), Ingvar Sandgren (guitares), David Fredriksson (basse, voix, samples), Dani Cosimi (batterie), Mehdi Vafaei (orgue)

chronique

metal extrême / doom metal / hardcore / sludge / soul / merci pour ce moment

Aller jusqu'au bout. Au bout du bout. Plus loin, encore... Et une fois rincé, vidé, exténué : continuer. Voir où ça peut mener. Prendre un orgue et en abuser. Abuser. Il y a l'idée d'un cliché déroulé jusqu'à la nausée, ici. Celui d'une musique si sinistre déroulée si longuement, qu'elle finit par faire l'effet d'une sorte d'ambient. Ce n'est même pas vraiment de "too much" dont il est question au fond avec Abandon : mais de faire les choses avec intensité, et immensité, "comme si c'était la dernière fois". En grand. En post-mortem et en deux disques. Éreintants, écœurants. Mais nécessaires. De sortir de l'œuvre massive et intimidante en en ayant une conscience aigüe, mais pas pour la beauté du geste et les lauriers, quoique le narcissisme ne soit pas réellement étranger à Abandon (et qu'importe au fond, vu le résultat) : parce que c'est la seule chose à faire à ce stade de carrière, parce qu'on a poncé sa musique jusqu'à fusionner avec elle. Cet album endeuillé d'Abandon - car "le chanteur est mort juste avant la sortie" est l'info de rigueur en préambule, comme si la musique elle-même l'avait tué davantage que les (autres) drogues ! - est assurément ce que le groupe a proposé de plus tragique. Pas forcément plus difficile d'accès qu'In Reality We Suffer, je dirais même plus lyrique, et pas seulement grâce à l'orgue de Mehdi Vafaei. Cet orgue omniprésent, qui suit Abandon comme son ombre. Qui ressemble parfois à un accordéon, de ceux qu'on entend chez certains punks alternatifs cradingues de la scène française, comme Pigalle... Ce disque qui pue la fin est blindé de vie. De douleur, c'est sûr, mais tout autant : d'acceptation. Oui, on sort les grands mots. Les grands morts, la grande peinture. On voit le tableau. Le gouffre. La der des der. Le baroud d'honneur. Le disque sorti de l'étagère tous les cinq, mais que dis-je, dix ans... On sait tout déjà. On en a juste marre, des gens qui vont bien et le font savoir. Ou qui font semblant. Alors des fois des disques comme celui-ci, d'une noirceur tellement poussée qu'elle en deviendrait presque comique, si on en saisissait pas autant la terrifiante désolation et le profond désespoir sincère, font un bien fou. Parce que cette noirceur, encore une fois, équivaut à une lumière : tout ici est accepté, il n'y a pas de révolte, on sait qu'on est cuits. Tarif de groupe. Demain, c'est vraiment loin... Damnation universelle, à défaut de musique consensuelle.

Comme cette folk très américaine (encore) au début du deuxième disque... Comme dans un morceau tel que "Falling into Place" où il y a quelque chose d'un death/black-metal symphonique, mais avec une envergure autrement plus bouleversante que chez des Emperor. Comme sur ce titre éponyme qui est aussi éreinté et "phase terminale" que le final du troisième Diabologum... Comme tout ici, avec plusieurs pièces de résistance en lieu de pistes, comme cette "It's All Gone" monumentale, au riff épique (le vilain) et aux râles carbonisés de chez pétrifiés de chez fossilisés. Quand le cri est là, il ne fait que s'inscrire, se graver, quand les guitares écrasent, elles ne font que vibrer. Quand tout s'effondre : tout continue. Encore et encore et encore et encore. Jusqu'à ce qu'il n'y ait que de l'orgue ("Eulogy"), un peu comme dans cette scène d'amarrage rotatif dans Interstellar, quand ça va passer mais ric-rac, mais McConaughey a dit "ce n'est pas possible c'est NÉCESSAIRE", alors chut. Hollywoodienne est cette musique underground en effet, et cela ne la rend pas moins cruelle. La souffrance est cuisante, mais à force, on s'y habitue, comme à tout. Et les chroniques finissent par sonner creux, alignement de punchlines vaines, devant de tels disques investis et kilométriques, qui refusent de lâcher, alors qu'ils savent que ça sert plus à rien depuis une éternité... "R.I.P. Johan Carlzon" n'est pas vraiment la réplique qui me vienne, tout de suite. De mortuis nihil nisi bonum ? Mon cul sur la commode. C'est un peu comme avec Patrick Dewaere, le mec qui mettait des coups de boule aux capots de bagnole jusqu'au sang pour boucler une scène. Les artistes qui te pourrissent bien une fois partis, pire qu'en étant là. Mais avec cette forme de détachement dans l'horreur, avec cette intensité qui refuse radicalement le cabotinage. Enculés de morts de vos morts. Ici la mort fait partie du processus et du disque - ce n'est pas un point final, juste une virgule. Une très très grosse virgule, hein. Un peu comme c't'aile sur la pochette du précédent, ici dans sa version encore plus "noir c'est noir, il n'y a plus d'espoir". Vive le blues. Vive l'orgue. Vive les fins sans fins. Vive la mouise - autant lui rouler une pelle, elle partira jamais. Coup de pelle. Les suédois sont capables d'un jusqu'au-boutisme particulier, et ce Dead End, cette Impasse, en est une des plus vibrantes incarnations... Simplement une des musiques les plus intenses qui soient, et un disque qu'on ressort un fois par décennie dans le même état de stupeur. Dégoûté de tout ? Inscriptions ouvertes pour l'ultra-trail. Avec assez de marge pour crever en route. La gueule ouverte.

Chef-d'oeuvre
      
Publiée le dimanche 21 septembre 2025

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    Cinabre Envoyez un message privé àCinabre
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    Réponse à moi même: l'album est laaargement au dessus de cette très belle intro.

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    Cinabre Envoyez un message privé àCinabre
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    Cherche pas trop. Je me cause déjà à moi. Ca met de l'ordre dans mes idées noires qui se courent après pendant les nuits trop blanches.. En tout cas te sent pas visé par mon com. Je te mentionnais surtout pour éviter le qui proquo mais aye caramba encore raté. Pas faute d'avoir essayé mais la phrase à retenir était juste après.

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    born to gulo Envoyez un message privé àborn to gulo

    Tu m'as perdu sur la transition de objectvité à putinsta. Mais sinon je ne faisais que taquiner le monsieur de Cold Dark Matter, qui est le fanclub de ces mecs à lui seul (suite comprise).

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    Cinabre Envoyez un message privé àCinabre
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    Osef de l'objectivité des fois hein. On est pas dans la presse nous haha! Pour ma part (je te l'ai sûrement déjà dit Gulo mais t'es pas seul dans l'assemblée) c'est un luxe que je chéris avec passion, cette liberté de faire fie du qu'en dira-t-on et se contenter de parler de ressenti pur. Sans filtre instagram ou putaclick. Juste de la musique, du coeur et du verbe. Je changerai rien à tout ça, ça me suffit parce que ça me plaît.

    Sinon quant à ce disque et bah je connaissais que In reality we suffer mais cette intro bordel on dirait du Fe(nnes)z. C'est beau ptin. Et même si le reste de l'album est un cran en dessous, ça va vite lâcher les deux dernières boules sur une fulgurance, c'est moi qui vous le dit pardi!

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    Raven Envoyez un message privé àRaven
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    @Immemorial : un album qui me plonge dans un état comme peu, ils se comptent je pense sur les doigts de la main, à me faire un effet pareil, dans cette masse de disques accumulée compulsivement. "Chef d'oeuvre" ? Chef-d'œuvre, donc, oui, je n'ai pas employé le terme qui a perdu de son sens à force d'être corrompu par le mauvais usage, mais il est tout indiqué.

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