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Thin Lizzy › Black Rose

38:49 • 9 titres

  • 1Do Anything You Want To
  • 2Toughest Street In Town
  • 3S & M
  • 4Waiting For An Alibi
  • 5Sarah
  • 6Got To Give It Up
  • 7Get Out Of Here
  • 8With Love
  • 9Black Rose (A Rock Legend)

informations

Pochette signée Jim Fitzpatrick, graphiste irlandais bossant pour Thin Lizzy depuis Vagabonds of the Western World, qui a entre autres peint le fameux logo avec le visage du Che, et plus récemment la pochette pour The Underground Resistance de Darkthrone.

line up

Phil Lynott (chant, basse, guitare acoustique), Scott Gorham (guitare), Gary Moore (guitare), Brian Downey (batterie, percussions)

Musiciens additionnels : Jimmy Bain (basse), Huey Lewis (harmonica), Mark Nauseef (batterie)

chronique

rock / hard rock / easy lizzy

Quand Thin Lizzy fait du hard rock, c'est du hard rock en fleurs. Fleuri, floral : que ce soit dans les mélodies, paroles, tonalité des guitares, lignes de basse, jusque dans le jeu de batterie. Fleur bleue, aussi, beaucoup : la musique de Thin Lizzy l'a toujours été, pour une bonne part de son charme. Alors rien que de très naturel à arborer fièrement cette pochette-emblème : la rose noire, Róisín Dubh, la rose de l'Eire. Symbole à la fois patriotique et romantique, pour le rockeur approchant son heure. Une rose dont la rosée s'apparente à du sang, peut-être celui perlant d'une veine fraîchement percée (comment ça, je sur-analyse ?) Un disque de survivant, déjà, quoiqu'il en soit. Le premier Thin Lizzy de l'âge d'or qui, Gary Moore dans le line-up ou pas, commence pourtant à montrer des signes de fatigue et d'autocaricature - notamment la couillonne "Get out of here"... Mais si Black Rose peut avoir ce côté "beauf", il est aussi un des plus vifs et passionnés, entre les formalités. Comme sur la magnifique "Got to Give it Up". Ici, Lynott parle encore de la mort : mais il pense désormais plus à la sienne. Et ces pensées morbides, cette volonté de se sauver de lui-même déjà exprimée dans le final de Bad Reputation, ne le lâcheront plus.

Pourtant toute la face A est bien plus légère que la B, avec Lynott qui fait le kéké en campant les King de karaoké à la fin de "Do anything you want to", mise en jambe honnête avec ce roulement de timbales extra, feelgood hit simple et franc du collier, sympassable (désolé)... Je goûte plus à la saveur Punk Lizzy de "Toughest Street in Town". Ou à "Waiting for an Alibi", du classique Lizzy clés-en-main, un de ces tubes qu'on ressortira toujours au néophyte comme carte de v'izzy'te (pardon, vraiment). La cartoonesque "S&M" a quant à elle des airs de farce lizziesque, de récréation pour se dégourdir les frettes dans un petit délire funky-jazzy-bizarre, fouet-menottes & Phil Lynott, qui était si gentil-mignon tout plein sur le sujet comparé à un Rob Halford que c'en est ravissant, même si aujourd'hui on qualifiera volontiers les onomatopées-fessée voire tout ce morceau de "cringe"... alors que "Sarah", deuxième du nom, n'est pas gênante, elle est juste adorable : après mémé, après môman, Philou rend hommage à sa fille, dans une forme de berceuse, un titre qu'elle pourra écouter sans se boucher les oreilles. C'est d'une mièvrerie absolue et assumée, c'est kitsch et doucereux, de la muzak raffinée en quelque sorte, mais Phil s'en fout royalement, car lui seul peut le faire comme ça. Si vous cherchez la définition du mot "Candeur" dans le dico, il doit y avoir la trombine de Phil Lynott à côté.

Mais alors, quand le blues s'invite, il ne fait pas de quartier sur les cœurs de rockeurs : "Got to Give It Up", j'y reviens, reste un des grands joyaux de Thin Lizzy. J'ai des frissons rien que de repenser à cette intro aussi pure qu'un cristal de spleen, au son de ces guitares comme des lames fines brillant dans la nuit, aux paroles sans appel, avec ces couplets rock-rauques-rocailleux d'un Phil qui joue les durs avec son gros chant à moustache, mais tout en sachant que c'est du chiqué, de la frime, et qu'il sera rattrapé tôt ou tard... Sublime... S'il aimait chanter la bagarre et la guerre, c'est d'abord en parlant de ses addictions destructrices que Lynott était le plus vrai et le plus touchant. Alcool, héroïne, relations sexuelles, qu'il met sur un même plan, terriblement conscient de sa fuite en avant. Qu'il ne pourra pas arrêter. Qu'il ne fait qu'en rêver, qu'il sait qu'il en crèvera. Tout ça est palpable sur cet appel à l'aide sans réponse, qui me donne juste envie de serrer cet enfoiré dans mes bras.

Et au même rang d'émotion, que dire de "With Love", recyclage transcendant du "Fanatical Fascists" de Gary Moore ? Musique de queutard sensible, sertie de diamants, autoportrait d'un Casanova - et non d'un Don Juan ! - condamné au suicide lent. Tout ce qui fait la différence entre Thin Lizzy et les autres grands noms du hard rock seventies, tient peut-être dans ce sublime moment intime, chanté du cœur et de tout son être par Phil avec ces mots simples : "She broke my heart, and made me sad". Blues à la sincérité absolue, aveu d'échec, heurté par les angoisses existentielles de Lynott ("I must confess that in my quest I felt depressed and restless" - en voilà encore de la belle allitération pas gratuite au passage !), et ce mélange éthylico-romantique de différentes langues auxquelles le prédateur insatiable aura goûté au fil de ses vagabondages... Beau gosse déceveur de femmes, surtout de lui-même, éternel adolescent condamné aux larmes amères une fois les conquêtes dans le rétroviseur, rendu face à sa propre vacuité. "With Love" parle de tout ça, avec une vérité aussi touchante que violente, et sûrement pas de choses grandioses, ce qui est encore un signe de la forte singularité de Thin Lizzy dans le petit monde bluffeur du hard rock.

Un groupe dont le goût pour l'héroïsme s'incarnera ici dans un final hard rock celtique, sorte de successeur medley mégalo-kitsch à "Emerald", où les épines de la rose virent à l'image d'Épinal. Le gros morceau épique devenu traditionnel, qui lui aussi commence déjà à sentir le sapin plus que la rose, mais qui y va, vaille que vaille... pour la mère patrie, l'île chérie, pour la vie. Ce rock irlandais de bretteurs virtuoses qui s'amusent, généreux et naïf, est une façon de tenir debout comme une autre. Black Rose c'est le début de la fin, le crépuscule, mais c'est la vie. Dru et droit dans ses bottes, c'est Thin Lizzy qui empaquette son chatoiement, qui kick les baffles avec sa ferme tendresse. Un disque avec ses faiblesses, c'est vrai, mais aussi avec ces purs moments d'émotion brute, qui le rendent terriblement attachant. Le souci avec Thin Lizzy, si c'en est un, c'est qu'à peu près tous leurs albums sont attachants. Et qu'une fois sous le charme du groupe, devoir leur attribuer à chacun une note a quelque chose de cruel.

Très bon
      
Publiée le samedi 19 octobre 2024

chronique

rock / hard rock / 'a rock legend'

Elvis Is Dead. C’est ce que prononce, d’une voix blasée, Phil Lynott au début de ce disque. À ce stade, vous connaissez la chanson par cœur : pas de suspense, Black Rose est encore un indispensable si vous croyez prétendre pouvoir aimer le hard rock ou le métal. Ne vous détournez pas, rangez ce vieux raton laveur de Godefroy de Blackmore, oubliez 2 secondes l’assurance des papas Sabbath/Zep, et suivez cette odeur de guinness, de poudre blanche, de trèfle et de rose, et de cuir ensanglanté…

Cette fleur noire sent une autre odeur, elle sent le dernier baroud d’honneur. L’odeur du gant jeté au sol face au destin, de l’assaut final du guerrier qui sait que sa tête est mise à prix (pas assez cher) mais qui veut tomber en plein champ de bataille, avec panache. Black Rose est l’album le plus chromé qui soit, celui où les Twin Guitars sont au summum de leur arrogance, plus que fidèles : au taquet, le gant arc-bouté sur la poignée de gaz. C’est aussi celui où l’héroïsme sans détour du groupe explose. Pourtant, ce n’était pas la méga-ambiance, après Bad Reputation… Son succès immédiat et le triomphe live du groupe à l’été 77 au festoche de Reading n’ont fait que rajouter en pression sur les épaules d’un Lynott fatigué, tandis que Gorham était récalcitrant et que Robertson s’était taillé. Le mercenaire Gary Moore était revenu pour jouer les doubles-couteaux avec Gorham, mais le Nord-Irlandais était de l’avis général un imbuvable égomaniaque. Là-dessus, les sessions de ce LP s’étalent entre les Bahamas et Paris, tout comme le précédent avait été fait à Toronto. Ça sent le besoin d’éloigner Lynott et Gorham de leurs dealers londoniens, c’t’affaire. Nassau étant plutôt une plaque tournante de la schnouf (Factory fera la même bourde aux Happy Mondays en les y envoyant dans les 90’s), les sessions sont dissipées, manquent de punch et ne donneront rien en dehors de bonus. Suffit d’écouter la 1ère version (molle) de Black Rose pour comprendre l’éternelle capacité de Thin Lizzy à se ressaisir et à bouffer les éléments : à Paris, le quatuor va suer sang et euh, whiskey tourbé, pour usiner cette rutilante musique appelée Hard Rock (avec des lettres en metal gris bleuté), aux accents calypso ET celtiques, aux soli glacés et incendiaires.

Cela donne des tubes de la trempe de Waiting For An Alibi, du même niveau que Jailbreak pour ma part. Et c'est encore une apothéose guitaristique... les solos sont alarmants de panache et de carrure. Encore l’histoire d’un voyou, dépeint par Lynott comme un grand guerrier antique… Où comment raconter le caniveau comme s’il s’agissait d’une fable grecque. La glorification n'est pas au rendez-vous sur le vicieux S&M, morceau teigneux et mal famé où on entend quelques cris au loin, au cas ou le texte n’était pas assez explicite.

Tous les morceaux de cette face A ne sont en fait que des versions romancées, avec une maladresse littéraire touchante, de la vie de Phil Lynott… Sexe, castagne et rock’n’roll, le tout débouchant sur la paternité et sur la fin des âneries («  Sarah  »). Tout sent le vécu à plein nez, on sent bien que Lynott ne triche pas, ne parle que de ce qu’il sait… Les mauvais coups en fin de nuit au pub irlandais le plus shlag ? C'est Toughest Street In Town, sorte de pied-de-nez adressé à Bruce Springsteen («  c’est moi qui ait le titre le plus FAT  »). L'excès permanent d'opiacés ? Par ici, le vrai recoin le plus honteux, penaud même : Got to Give it Up, chanson plus sérieuse qu’il n’y paraît, sur les addictions bien réélles de Phil Lynott... Encore une fois, ça sent le vécu, voire le vécu récent. Et Sarah, LA chanson d’amour du hard rocker, dédié à... sa fille  ! Et encore un solo parfait, taillé à la serpe. Pas une demi seconde de trop. Si ils seulement ils étaient tous comme lui...

Dommage que l'album faiblisse brièvement, avec ce With Love - seul morceau qui tombe un peu à plat, avec des paroles franchement indigentes («  no matter, where you are, au revoir  », ok, ils enregistraient à Paris, mais bon). À se demander si ce n’est pas volontaire, pour faire ressortir LE plat de résistance de l’album, Roisin Dubh, la chanson-titre. Armée de guitares jouant des airs irlandais en mode heavy metal, paroles sublimes inspirées des légendes locales (sans oublier les bon vieux calembours Dublinois du genre «  and Oscar, he’s going Wilde  »), chant réellement habité par un Lynott à fond dedans… Bref, une bombe.

Bon et puis les bonus, quoiqu’un peu plus inégaux que d’habitude, recèlent leur lot de flots de guitares bleutées, comme ce «  A Night In The Life Of A Blues Singer  » mélancolique, un peu fourbu… C’est un bon pote, celui-là, il voit moins de gens que moi, mais la solitude lui va mieux que les galéjades de citadins qui rendent bien seul… Saluez-le pour moi.

On pourrait dire que rien n’atteint la finesse des Shades Of A Blue Orphanage et autre Vagabonds, mais ce n’est pas le propos ici. Black Rose est à la fois le premier album de Lizzy à adopter un son metal, très dur, tranchant et massif, et l’un des plus évidents dans son riffing, dans sa juste mesure de mélodie (juste assez pour accompagner le groove et la puissance), ce qui en fait sans doute le premier à écouter avec le tubesque Jailbreak.

Aujourd’hui, pas la peine de regarder du côté des reformations  : Phil Lynott is Dead. The king of rock’n’roll is dead. Heureusement, les Dirtbombs, eux, sont toujours bien vivants (ouais). Ne les laissez pas filer.

Très bon
      
Publiée le samedi 19 octobre 2024

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Milloco Envoyez un message privé àMilloco

Désolé ca tourne en boucle mais je découvre ahahaha

Coltranophile Envoyez un message privé àColtranophile

Mon préféré de la période post-Live And Dangerous (à part le dernier live qui est un cas à part). Lizzy même quand ils se lancent tête baissée dans le métal, ça reste bon enfant, pub-rock dans l'âme. L'épique est au bout du bar, entre potes à se saouler, rire et pleurer. Lynott, coeur de rockeur et d'artichaut.

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Coltranophile Envoyez un message privé àColtranophile

Il a dédié un morceau à chacune de ses filles. L'autre est sur un de ses albums solo. J'en ai pas un souvenir particulièrement bon.

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Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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(Ah oui, non, c'est L'AUTRE Sarah, ici, celle dédiée à sa fille... Je confondais).

Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Petit rappel à nos chers lecteurs : la fonction "corrections orthographiques" est faite pour corriger les fautes d'orthographe, pas pour taquiner les diptères en mode "olalah, mais si c'est une citation il faut ABSOLUMENT mettre des guillemets" ou "rhô mais enfin, 'éponyme' ça ne veut pas dire 'qui s' appelle comme le nom du groupe', ça veut dire 'qui donne son nom à', c'est inadmissible cette impropriété !"... On sait, ça va. Validation d'usage etc. ... Merci pour votre attention.

Sinon très cool album de Thin Lizzy, dans mon souvenir, pas mal heavy mais pas dans le clichés relous du style ! Même le morceau ÉPONYME, qui en effet ne se gêne pas pour tartiner sur le mode celtico-héroïque est toujours bien passé, ici, ça lui fait une belle conclusion, je trouve. Y'a guère que Sarah qui m'a toujours semblé un poil eau de rose (pas spécialement noire), en fait ! (Alors qu'elle parle de sa grand-mère, mensemble-t-il... C'est peut être précisé dans une des chros - pas encore lues, celles-là !). Faut dire que j'ai découvert le groupe avec celui là et Jailbreak conjointement - un pote m'avait prêté les deux en CD en même temps... Ça m'influence peut-être !