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Thin Lizzy › Jailbreak

35:50 • 9 titres

  • 1Jailbreak
  • 2Angel From The Coast
  • 3Running Back
  • 4Romeo And The Lonely Girl
  • 5Warriors
  • 6The Boys Are Back In Town
  • 7Fight Or Fall
  • 8Cowboy Song
  • 9Emerald

informations

line up

Phil Lynott (chant, basse, guitare acoustique), Brian Robertson (guitare), Scott Gorham (guitare), Brian Downey (batterie, percussions)

chronique

rock / hard rock / pop / thin lizzy

Jailbreak, ou l'album des champions. Le disque emballé en comics bricolés pour pénétrer le marché adolescent, le best-seller qui revient toujours au sujet de Thin Lizzy. Il faut dire que du grain du son aux compositions, y a rien à critiquer, cet album a une patine vintage qui trahit les seventies, mais il sonne plus vivant et frais que jamais. Parce que son style est immortel. Ici, tout le rock lizzien est en place, bichonné, chromé ; calibré même, n'ayons pas peur des motos, auxquelles ce disque ressemble... et en même temps, il respire et s'exprime dans l'aisance la plus totale, dans ses chansons douces et ses morceaux durs, avec énergie, fougue, fertilité créatrice. Si j'étais taquin, je dirais qu'il y a plus d'inventivité ici que dans la majorité du rock dit alternatif (écoutez juste l'élasticité électrique et la fantastique saccade à l'œuvre sur "Angel from the Coast", contrastant superbement avec la ritournelle rétro "Running Back" et sa mélancolie fruitée). L'hybridation dans le hard rock a rarement été aussi belle qu'ici. Car Thin Lizzy pratiquait en fait une forme de fusion : la sienne seule, qui fait qu'aucun groupe n'a pris sa succession. D'ailleurs regardez même ceux qui reprennent Thin Lizzy, quels qu'ils soient à part peut-être The Cure : ils n'ont jamais su rendre une copie personnelle, ne peuvant que se contenter d'imiter ! Ce n'était pas qu'une formule "bassiste de génie + batteur de folie + deux guitares", ça tenait à un style, à une mystique, qui transcende la simple association, et qui tient bien sûr d'abord à son meneur : l'unique et irremplaçable Phil Lynott.

Un fier Irlandais de sang-mêlé, mais d'abord un artiste du monde et des voyages, dont la musique est tout autant métissée que lui, fruit de rencontres entre rock'n'roll, hard rock, blues, soul, folk, funk, pop, reggae, calypso, mélange des genres à la fois singulier et tout à fait naturel, d'une beauté magnétique. Rien chez Thin Lizzy n'y fait "empilement" ou babioles de touriste, et encore moins expérimentation en laboratoire par petits malins avant-gardistes, au contraire : tout vient le plus instinctivement et naturellement du monde, les épices rapportées des voyages mentaux ne tiennent pas à un exotisme de pacotille. Ces musiques mêlées sous la bannière d'un rock héroïque (avant qu'on use de cet adjectif pour le U2 des débuts) ne sont pas juste des saveurs ou des décors sur le hard rock : elles sont l'ADN de Thin Lizzy, ne fonctionnant pas juste parce qu'autour de l'armature Lynott-Downey gravitent en riffonautes hallucinés les deux guitaristes virtuoses Robertson et Gorham.

Car Thin Lizzy est bel et bien un groupe de hard rock, mais est très loin d'être de ces groupes bêtement "machines à riffs" - même s'il en a un impressionnant arsenal en stock, même si à ce jeu du plus fort au riff-qui-tue il peut gagner facile comme dimanche matin, dès l'entrée en scène. Mais Thin Lizzy c'est tellement plus que ça. Sur Jailbreak le riff-roi est donc celui du premier et éponyme titre, im-pa-rable (raaah ce moment plus rampant qui vous chope illico par le colbac), car l'autre tube fonctionne plus sur ses fioritures mélodiques et sa rythmique ultrafluide. D'ailleurs cet hymne pour les gangs "The Boys are Back in Town" a longtemps été source de malentendu chez moi : je ne comprenais pas le foin qu'on faisait autour de ce hit, avec mes oreilles d'ado, donc de con. Je voulais du "Whole Lotta Love", du "Paranoid". Je n'avais pas l'âge ou l'envie de comprendre, que Thin Lizzy c'est comme le Port Salut, c'est FIN, c'est EFFILÉ, sous l'armure c'est le fin amor, et que "The Boys are Back in To(oh-ah-oh)wn", c'est l'urgence dans la finesse, dans une vie aux heures comptées, à la James Dean, l'expression d'une identité très forte mais sans la moindre lourdeur gros sabots du rockeur blaireau, avec la légèreté des princes de la rue. En résumé : "The Boys are Back in Town" est à Thin Lizzy ce que "Nowhere" sera à Therapy? (j'aime bien faire le lien entre ces deux groupes pour qui la mélodie est aussi importante que l'énergie). Mais bon, même après que le charme ait opéré, c'est la dernière chanson que je mettrais en avant sur Jailbreak : pour moi toutes les autres sont meilleures !

À commencer peut-être par le terrible hymne aux drogués "Warriors" (avec ce break irréel comme sorti des Limbes), sur lequel semble se manifester le sinistre Over-Master de la pochette, cette espèce de Big Brother aux yeux morts qui, tenant le groupe entre ses mains et sous sa coupe omnisciente, n'attend que des les broyer. Mais nos quatre héros sont libres comme l'air, fluides comme l'eau, beaux comme le feu, et se jouent des plans et carcans de ce Dieu-Démon qui veut les retenir à la terre. Ils crèveront après. Brian Downey est une tribu à lui seul. Scott Gorham, le bel elfe, rivalise de lames sonores étincelantes avec le fabuleux Robbo Robertson. Et au centre de tout ça il y a le beau gosse Lynott, sa dégaine de loubard des îles bel et bien né sur l'île verte, ses airs de pirate prognathe, au cache-œil capillaire, sa dégaine de corsaire des rues, bien sûr que cela a contribué à sa popularité, autant que ça l'a aidé à chopper de la nana dans une Irlande seventies, à coup sûr il devait détonner et étonner à tous les niveaux le Philou ! Lynott est plusieurs vie en un homme, dans ses visions de barlou, de guerrier ou d'aventurier, et plus dangereux que tout : d'amoureux. Même avec des morceaux beaucoup trop ramollos pour le commun des rockers durs, il exprime une poésie virile qui n'a jamais peur de sa part féminine, un puissant romantisme. Suffit juste d'écouter l'inénarrable ballade "Romeo and the Lonely Girl" ("oooh - poor Ro-me-o, sit down on his own-e-o") avec ce solo hallucinant de beauté du grand Gorham : la mélodie est bel et bien reine dans ce rock, qui ne sera hard que s'il se sent d'humeur à aller plus loin que les caresses.

La mélodie entre chiens et loups de "Fight or Fall" par exemple, considéré comme le maillon faible de Jailbreak, mais qui est en réalité d'une délicatesse et d'une ambiance digne des plus rassurantes ballades de rock à papa, c'est du Dire Straits avant l'heure façon Lynott, du feutré de grande classe à rendre jaloux le plus soyeux canapé mou d'un Steely Dan, avec une ambiance incroyable qui me donne avec trois fois rien la sensation d'avoir atteint l'Eden au bord d'une plage d'île déserte, ventilé par les vahinés, et d'avoir compris le sens de la vie, mais d'en avoir rien à cirer tant que le verre à cocktail est plein, alors que je me vide de mon sang étendu sur le bitume tendre d'une route perdue en fin d'été, accompagné par ce songe de mes frères d'armes m'appelant au loin... "Cowboy Song" poursuit dans l'extrême douceur, Lynott, qui parle aussi bien des gangs que de la solitude, joue les Lucky Luke esseulés s'éloignant dans la dernière case. L'auditeur débile se dira que Thin Lizzy sont des chiffes molles, des faux rockeurs ; ce sur quoi un riff brut de décoffrage montre sa gueule, avant que surgisse un solo qui ressemble à la naissance d'un volcan dans la ville.

Et puis Lynott était ce fédérateur de guitaristes, ce bassiste-chanteur sans égal. Jailbreak exprime pleinement ce talent brut de chez pur, dans une sélection variée et impériale. Thin Lizzy c'est ce hard rock de lover damné, de voyageur séducteur, et Jailbreak, considéré par beaucoup comme leur meilleur album, n'a pas volé son trône - même si je garderai toujours une légère préférence pour Johnny The Fox, pour des raisons qui dépassent l'analyse. Il reste un diamant dans cette discographie riche en joyaux, un mètre-étalon en même temps qu'un de leurs albums les plus variés, étranges, et touchants, jusqu'au final épique "Emerald", dont les riffs et solos content une histoire d'épopée mieux qu'avec un gros bouquin, et qui reste comme une légende inaccessible pour la majorité des héros du métal... Merveilleux, tout simplement. Jailbreak a peut-être éclipsé les albums qui l'entourent, mais aimer ces derniers d'amour ne doit pas faire oublier la force et la beauté brutes de ce blockbuster by Lizzy. Hard rock sensible, à la fraîcheur insolente et éternelle.

Chef-d'oeuvre
      
Publiée le samedi 19 octobre 2024

chronique

hard rock / poing irlandais

L’album du durcissement de ton. L’album du panache (enfin... le premier d'une série).

Je ne sais pas vous, mais moi, The Boys Are Back In Town me donne une furieuse envie de mettre mes neurones au placard et de me prendre pour Travolta version Blue Öyster Cult… J’en connais qui pointeraient le côté un peu facile et macho du texte et du refrain de marlou de ce titre un peu simpliste (qui a bien failli être leur deuxième Whiskey In The Jar, dans le genre chanson de bar cachant la forêt), mais on parle de musique de piste de danse, là, en fait, pas d’hymne pour gradins de stade ! C’est pas vraiment la suite de Jailbreak, le retour au bercail des évadés de calèche, nan… C’est juste le son d’insouciant prolos qui rentrent de leur semaine d’usine et se dégourdissent les pattes devant le juke-box, en poussant les tables du pub… Il y a fort à parier que les quatre Kiss eux-mêmes devaient jalouser ce tube-là, et admettre la supériorité de Thin Lizzy le temps de ces trois minutes où tout tombe en place, même ce texte ultra-cliché : « les jours rallongent, l’été ne va pas tarder… Maintenant que les boys sont de retour en ville ». Dans les 70’s, ça passait, non, en fait ça s’imposait !

À l'opposé de cette décontraction, le quatuor densifie le propos sur la plupart des titres, comme sûr Angel From The Coast, terriblement compact. Mais ce n'est rien à côté des cogneurs Warriors et Jailbreak, gigantesques monuments rock qui transcendent l'évolution de cette musique depuis les Who. L'attaque est dans le vif, quasi-Melvinsienne, la qualité des riffs est comme la pochette : argentée et sauvage. Jailbreak est superbe, point d'équilibre et de chauffe entre aisance animale et fureur du métal hurlant, storytelling Dylanien et cabotinage proto-rap. À volume velu, c'est la meilleure chanson rock du monde, le temps de ses trépidantes 4 minutes qui donnent de furieuses envies faire péter les murs du mitard à coup de bazooka, ou autre mâle occupation. Pardon aux familles, toussa, comme dirait (pas) Bolloré.

J'aime aussi beaucoup la ballade Fight Or Fall, comme chantée depuis les vitres d'un fourgon de police, derrière les barreaux, la fougue en berne, mélancolie de début d'hiver, paysage défilant par la fenêtre, car après tout Jailbreak est un album de route. Ici le groupe souligne l'air de rien l'humeur maussade du chef de meute, en prenant un peu de chaque album précédent.

Quand tombe la conclusion coup de poing (un exercice qu’ils ont souvent pratiqué) qu’est Emerald, on contemple l’extraordinaire artwork façon comics Marvel, et on se demande si ça ne serait pas tout bonnement l’album hard-rock parfait, le maître étalon de tout ce que le genre a à proposer… Emerald est un au revoir dans la distance, la poussière et le fracas, tout en noblesse, toisant le monde du haut de son riff sur échasses.

Dur de départager ça de l'immense - et plus sous-estimé - disque précédent, qui mérite lui aussi les lauriers qu'on tresse habituellement à ce Jailbreak ("jalon de l'histoire du hard", "fin et malicieux"...). Mais pour le public, c'est bien Jailbreak qui fait date, qui fait mouche, car aux USA, pays de Kiss, d'Aerosmith et des hardos débonnaires renâclant à toute prise de tête, cet album et ses deux singles marchent fort. Et, coïncidence superbe à laquelle Lynott a peut-être pensé, "The Boys Are Back In Town" devient l'hymne des G.I.'s rapatriés du Vietnam, revenus dans leur Cleveland, leur Detroit, leur Dallas...

Forcément, le groupe va renchérir, la même année, avec un autre album au son similaire, et on dira a posteriori qu'ils ont "trouvé leur son". Ce qui est sûr, c'est qu'il y a un avant et un après, et que tout ce qui a précédé ne pourra qu'être vu comme "albums de transition", au mieux... En dépit de la qualité de la musique. Ce Jailbreak au succès mérité est l'un des indispensables du groupe.

Très bon
      
Publiée le samedi 19 octobre 2024

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Dun23 Envoyez un message privé àDun23
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Je dois avouer que j'aime bien cet album, ça s'écoute tranquillou. Jailbreak, The boys... et Emerald sont quand même dans le haut du panier mais bon, le reste m'en touche une sans toucher l'autre.

Pour ceux qui visiteraient Dublin, allez faire un tour au Irish Rock ‘N’ Roll Museum sur Temple Bar, on vous emmènera dans le studio d'enregistrement utilisé par Thin Lizzy avec les petites anecdotes croustillantes concernant Lynott. A faire de toutes façons. Pour les anecdotes sur Sinead O'Connor, U2 ou Shane McGowan, voire Michael Jackson, c'est un bon petit moment à passer. Et en plus, ça fait pub.

Note donnée au disque :       
Shelleyan Envoyez un message privé àShelleyan
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T'en connais beaucoup des hits comme 'The boys are back in town' qui n'ont jamais pris une mini ride ? Un étalon du genre.

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