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Thin Lizzy › Shades of a Blue Orphanage

40:08 • 9 titres

  • 1Rise And Dear Demise Of The Funky Nomadic Tribes
  • 2Buffalo Gal
  • 3I Don't Want To Forget How To Jive
  • 4Sarah
  • 5Brought Down
  • 6Baby Face
  • 7Chatting Today
  • 8Call The Police
  • 9Shades Of A Blue Orphanage

informations

Produit par Nick Tauber du 17 décembre 1971 à janvier 1972, "nouveaux" studios De Lane Lea, Wembley, Londres.

line up

Phil Lynott (chant, basse, guitares), Eric Bell (guitare), Brian Downey (batterie, percussions)

Musiciens additionnels : Clodagh Simonds (harpsichord, claviers, mellotron)

chronique

Shades Of A Blue Orphanage a le parfum et le charme des avant-chef-d’œuvres, ceux qui débordent de cœur et d’âme, attachants dans leur imperfection, bourrés de personnalité non-diluée, d’espoirs déraisonnables, de maladresses adolescentes aussi… Si j’aime ce disque, ce n’est pas pour ce qu’il me rappelle «  Vagabonds  » ou «  Fighting  », mais bien pour ce qui s’en éloigne. À peu près chaque seconde.

Caractériser un tel disque est une gageure. Ces trois-là ne veulent pas faire du hard rock, ils veulent faire du rock, à leur façon, voilà tout. La dynamique entre la guitare (les guitares, en fait, superposées, tressées parfois nuance sur nuance comme chez le Hendrix tardif), la batterie articulée et nerveuse, et le chant scandé… tout ça a déjà quelque chose de post-punk. Dans leur dépouillement, leur production ingrate qui sent trop le rance pour arriver à sonner heavy, 'Baby Face' et 'Call The Police' ont un léger parfum de bricole à la Red Krayola (Swell Maps ??), un truc difficile à cerner qui a plus à voir avec le DIY de la fin de la décennie qu’avec les velléités prog, orchestrales ou même hard-psych de la concurrence au même moment. Moyens limités ou pas, personne ne joue alors comme ça, avec une telle morgue de gamin en lieu et place de l’emphase 70’s. Les trois va-nu-pieds ont plus d’un tour dans leur sac, leurs jeux sont retors, piégeux, caillouteux. Bien sûr, on peut sentir un peu de l’influence des parrains Skid Row (surtout leur complexe 'Mar') dans ce mélange un peu jazzy, aussi déséquilibré que téméraire, mais c’est tellement plus mélodieux, plus racé, plus classe que ses modèles. L'une des lignes de fuites est bien sûr cette voix, écorchée et un peu teigneuse à la Rod Stewart (période Faces, encore), ce qui suffit à donner un petit côté mod et londonien à la musique.

Et cette chanson-titre… Non mais vous avez entendu ce mellotron déprimé, cuvant sa mélancolie irish sur les sanglots étouffés de cette guitare de porcelaine  ? C’est Clodagh Simmonds qui en joue, rien d’autre que la pianiste, meneuse et compositrice de Mellow Candle... Là, dans ces studios De Lane Lea en cours de finition où le groupe d'un certain F.Bulsara venait d'enregistrer ce qu'ils appelleront leur "démo"...

Thin Lizzy appartient à une époque, qui deviendra révolue dès la fin 70’s, où il est primordial pour chaque formation de montrer toute une palette sur chaque LP, de s’essayer aux ballades, aux expérimentations, aux lamentations bluesy… Et c’est exactement ce qu’ils font sur le plus folk-rock de leurs disques, presque jazzy par moments, pour l’essentiel hors de la sphère hard rock. Ce genre dans lesquels ils deviendraient des dieux (sans Eric Bell, ô injustice de l’Histoire).

Mais si ce disque surpasse le 1er et mérite amplement son 4/6, c'est aussi grâce aux bonus des versions "Deluxe" CD des années 2000, qui ont considérablement épaissi ce qu'il faut bien appeler "l'injustice Thin Lizzy", cette omission scandaleuse et permanente du monde du rock, éternellement obsédé par la même aristocratie musicale... On y trouve par exemple la version overdubbée (en 77, c'est un pur anachronisme discographique) avec Gary Moore de “Brought Down”, chanson de misère qui semble vouloir se hisser sur les toits d'usine pour apercevoir le soleil.

Ne surtout pas passer à côté de l’intimiste transfiguration de 'Saga Of The Ageing Orphan' (chef d’œuvre  !! chef d’œuvre  !!!), piste 17 sur la réédition cd, tirée des fabulissimes BBC sessions du groupe : c'est une caresse folk onirique et fébrile, une chanson qui semble une fenêtre dérobée sur ce qu’aurait pu, dans un autre monde, devenir Thin Lizzy s’ils avaient été londoniens, friqués et avec un arrangeur de génie comme Tony Visconti en esclave, mais dès 1971  : le meilleur groupe secret d’acid folk de ce côté-ci du mur d'Hadrien.

Pour moi, Lizzy restera de la fine dentelle, comme le cœur en dentelle brodé dans la doublure intérieure du blouson de motard. Avec écrit «  Maman  » dessus, bien entendu. La maman de Phil Lynott (dont le prénom était, ça ne s’invente pas, Philomena), bel et bien anglaise du nord, avait une histoire de vie qui à elle seule rivalise avec la légende de son rockeur de fils, mais ceci est une autre histoire…

Bon
      
Publiée le samedi 19 octobre 2024

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Raven Envoyez un message privé àRaven
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Le morceau-titre est très touchant... Je m'y emmerde par moments, mais il a une candeur spéciale, celui-là. Assez à l'image de sa photo de chiards errants.

dariev stands Envoyez un message privé àdariev stands
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ah oui, Van The Man, complètement ! Avec ou sans les Them (plutôt avec), c'est clairement dans la lignée ! Tiens au fait, y'a Bobby Gillepsie (Primal Scream) qui a publié une compil de titres favoris ("I Still Can't Believe You're Gone") avec le morceau "Shades of a Blue Orphanage", au milieu d'artistes censés être plus "nobles". ça fait toujours plaisir, vu comme on ne parle presque jamais du Thin Lizzy pré-Whiskey.

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GrahamBondSwing Envoyez un message privé àGrahamBondSwing
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@Raven, je vais m'écouter ça immédiatement pour la peine... Chroniques, hey ?

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Raven Envoyez un message privé àRaven
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Dancing in the moonlight / Moondance, hey ?

GrahamBondSwing Envoyez un message privé àGrahamBondSwing
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Tu as bien raison d'être perplexe Dariev ! Je me suis trompé de bonhomme : je voulais parler de Van Morrison. Je suis honteux, vraiment. Alors je développe un peu, car je connais très peu Van Morrison en dehors d'Astral Weeks et de ses quelques standards avec les Them, mais le jour où j'ai entendu Thin Lizzy, il y a une petite voix qui m'a dit que je connaissais cette façon de chanter, très jazzy, bluezy et puis je l'ai lu dans les notes de pochette d'un best of de Thin Lizzy (c'est ici : discogs )

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