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Varsovie › Pression à froid

cd • 9 titres

  • 1Perspective Nevski
  • 2Pochodeň Číslo Jedna
  • 3Synthésie
  • 4Atrefacts
  • 5Sous les radars
  • 6Une force dehors
  • 7Structure
  • 8Pression à froid
  • 9The ghost of Kyiv

informations

Drudenhaus Studio, Bretagne, France, janvier 2023.

line up

Grégory Cathérina (chant, guitare, basse), Arnault Destal (batterie)

Musiciens additionnels : Daryna Pisemska (voix féminine additionnelle)

chronique

‘Papa, comment il chante, ce mot ?’, me demandait quelques fois ma fille en découvrant les joies de la lecture et de l’alphabète. Ce qui est certain, c’est que le dernier album de Varsovie, il chante froid. Il est naturellement cliché d’user d’images de ce type avec un groupe baptisé ainsi mais c’est de cette manière que me viennent les mots à l’écoute de ‘Pression à froid’. Le bon ‘Perspective Nevski’ est plutôt classique du style développé par les deux Français: récitation glacée, rythmique tendue et dynamique mais la suite immanquablement m’évoque quelques grands noms du post punk de l’Est à commencer par Siekiera; c’est flagrant sur la seconde chanson. La passion marquant l’opus précédent est bridée, les sonorités sont plus froides, sèches. Attention, je ne dis pas que le disque manque de fougue mais je ne puis me départir de cette impression (jouissive) de sécheresse grise. Elle infiltre parfois la basse, la batterie (l’excellent jeu riche en détails de ‘Synesthésie’), la voix même… Cette dernière n’a jamais sonné si désenchantée, s’écoulant comme le constat amer d’une situation perdue d’avance. La formule n’a pas fondamentalement varié quant à l’approche, la manière de l’exprimer, si; tant mieux, elle permet un renouvellement et quelque surprises. Les fans nouveaux n’y verront sans doute rien mais celles/ceux ayant suivi le duo depuis ses débuts constateront que la touche rock héroïque à la Noir Désir a cédé la place à quelque chose de plus froid (carrément triste parfois comme sur le bon ‘Une force dehors’) rappelant les débuts du groupe marqués de cold wave. Le gris n’est pas une teinte éternelle, il tire soudain sur le noir au besoin (‘Pression à froid’) mais jamais vers le blanc car le monde évoqué malgré ses lambeaux de beauté est bien trop sale. Austérité qui n’ose se trahir en révélant sa passion, à l’image de la voix féminine sur l’ultime pièce car révéler ses sentiments, c’est se montrer faible.

Très bon
      
Publiée le jeudi 8 août 2024

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chronique

« Perspective Neski ». On le sait, c’est à l’Est que nos Grenoblois ont toujours regardé, et, bien que cela fût toujours parfaitement assumé, je crois que c’est bien sur ce cinquième album que cela devient absolument éclatant. Mon collègue évoque avec justesse Siekiera, bien évidemment, mais c’est globalement toute la scène post punk/cold wave d’au-delà du Danube qui est revisitée.

Ce qui surprend vraiment cette fois, c’est que l’album est sec, direct, beaucoup moins alambiqué que son prédécesseur. L’objectif est clair : droit au but, structures simplifiées, des couplets, des refrains. « Pression à froid » est l’album le plus accessible du groupe. Cela ne l’empêche pas de se montrer varié, pensé, construit.

Le groupe est immédiatement reconnaissable sur ses morceaux tout en béton gris de HLM polonais : « Perspective Neski », « sous les radars », « pression à froid »… Certains morceaux en font penser à d’autres c’est vrai, il y a parfois des limitations, mais ce qui surprend vraiment, c’est cette qualité de composition. Varsovie existe, il décide, il fait, il déclame, il convainc.

On ne se retrouve plus balloté dans des plans étrangement complexes, sans buts comme sur « L’ombre et la nuit », tout est plus simple, comme si la rage dans la toundra laissait place à une fatigue grave : le poids des mots comme étendard sacré. La voix de Greg, se fait plus atonale, déclarante, sombre, il n’y a aucune lumière ici. Idem pour le jeu d’Arnault, toujours en finesse et en brutalité carré. Un vrai métronome à la frappe de colosse, le post punk dans toute sa splendeur, où chaque coup de caisse claire est un autre pilier de béton sur une avenue du Moscou des 70s. Naturellement, « Pression à froid » subit la comparaison avec ses prédecesseurs, mais il parvient à assumer sa singularité, plus facile certes, mais plus froid surtout. Quelle surprise,hum. En témoignent également ces textes qui se montrent logiquement plus directs que par le passé, en dépit de leurs influences illustres (Tolstoi, Pavese etc).

« Tes plages de synesthésie, finissent par t’extraire, finissent par te faire, décoller des contours ».

Que cela soit sur l’incantatoire « Une force dehors », le très cold wave « Pochoden Cislo Jedna », ou les atmosphères claires obscures de « Sous les radars » (« Faire corps.. »), tout déroule sans accroc, presque trop. On gagne en maitrise ce qu’on perd en spontanéité, mais au moins chaque chose est parfaitement à sa place. L’anxiété moite qui a, de mon point de vue, toujours caractérisé le projet, se montre ici toujours plus propre, polie, sans briller pour autant. La lumière est noire, et les images d’avenue brutalistes s’enchainent, avec un film de Louis Malle pour dialogue lointain.

En fait, ce qui demeure fascinant avec ce groupe c’est sa capacité à allier élégance et froideur tout en se nuançant régulièrement au travers de petits patterns de batterie, de quelques arpèges à la mélancolie encore plus évidente que par le passé. Certains morceaux sont clairement montés autour de la basse, d’autres autour de la guitare, les hits s’enchainent et c’est cela qui est nouveau. L’album se boit en entier jusqu’à la dernière note de la merveilleuse instrumentale « The ghost of Kyiv », laissant un lourd silence, et l’impression d’avoir entendu un groupe qui sait qui il est, capable d’affiche une personnalité marquée tout en rendant hommage à ses influences. Varsovie ? Il n’est jamais trop tard pour s’y mettre, malgré les corbeaux et les brumes qui s’étendent sur les plaines, « il faudra bien que quelqu’un comprenne ».

Très bon
      
Publiée le jeudi 8 août 2024

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Note moyenne        4 votes

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pokemonslaughter Envoyez un message privé àpokemonslaughter
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oui c'est vrai qu'elles sont réussies. j'ai du mal à comprendre le remplissage en mode compil' derrière en revanche.

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allobroge Envoyez un message privé àallobroge

J'ai toujours eu du mal à accrocher à Varsovie, désolé, mais là le dernier, Déviations,... outre une pochette sublime, enchaine les superbes reprises de classiques et de leurs propres titres, et c'est abolument génial, je suis sans voix, un chef d'oeuvre !

ashara Envoyez un message privé àashara

Le dernier morceau, avec la voix féminine, me fait penser à Portobello Bones.

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ashara Envoyez un message privé àashara

J'écoute cet album plusieurs fois par jour, cela faisait longtemps qu'un disque n'avait pas produit chez moi une telle envie. Leur meilleur album à ce jour en ce qui me concerne, et je trouve les autres très bons. J'apprécie plus particulièrement les morceaux construits autour de la basse, mais pas que. Je me répète, mais c'est vraiment un excellent album, nerveux, racé de bout en bout, entêtant. J'y retourne.

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ashara Envoyez un message privé àashara

Embarquée dès le premier morceau et son excellente ligne de basse. Tout le reste est à la hauteur. Un album magnifique à écouter absolument.

Message édité le 22-09-2024 à 20:21 par asharak

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