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Clipping. › There Existed an Addiction to Blood
lp/cd • 15 titres • 68:35 min
- 1Intro1:04
- 2Nothing Is Safe4:57
- 3He Dead4:22
- 4Haunting (Interlude)0:57
- 5La Mala Ordina5:46
- 6Club Down4:31
- 7Prophecy (Interlude)1:12
- 8Run for Your Life4:52
- 9The Show3:05
- 10Possession (Interlude)2:11
- 11All In Your Head4:30
- 12Blood of the Fang4:40
- 13Story 73:40
- 14Attunment4:47
- 15Piano Burning18:00 [composition d'Annea Lockwood]
informations
Enregistré et mixé par Steven Kaplan et Clipping.
Les versions LP, CD et cassette portent le même numéro d'édition.
line up
Daveed Diggs, William Hutson, Jonathan Snipes
Musiciens additionnels : Jon Borges (électronique sur Attunement), Christopher Fleeger (field recording sur Intro, Run for Your Life, enregistrements sur Piano Burning), Chukwudi Hodge (batterie sur All In Your Head), Shannon A. Kennedy (bruits et psaltérion sur Attunement), La' Chat (rap sur Run for Your Life), The Rita (noise sur La Mala Ordina), John W. Snyder (piano sur Nothing Is Safe, arrangements de cordes sur La Mala Ordina), Ed Balloon (voix sur He Dead), Benny (Benny the Butcher) (rap sur La Mala Ordina), El Camino (rap sur La Mala Ordina), Sarah Bernat (voix sur Club Down), Counterfeit Madison (rap sur All In Your Head), Robyn Hood (rap sur All In Your Head), Pedestrian Deposit (production sur Attunement), Annea Lockwood (composition sur Piano Burning)
chronique
Splendor & Misery était une odyssée S.F., spatiale, galactique ou sous-marine. Une long parcours à travers les mondes... Ici, les mondes sont confinés – There Existed an Addiction to Blood est un huis-clos. Un film d'épouvante – psychologique et rampante, une partie jouée avec la claustrophobie, les montées de paranoïa. L'horreur a mille noms – pour un peu moins d'invités, tout de même – mais son horizon est bouché, fermé.
La musique, d'abord, est presque feutrée, curieusement matte. Tout parvient comme étouffé, du dehors. Tout résonne trop net, qui est émis de l'enceinte, de l'intérieur, d'entre les murs. Clipping dévoile lentement les scènes, toujours filmées à des distances, selon des angles bizarres, gênés, qui révèlent les détails gênants, rend les lignes des décors, les atmosphères menaçantes.
Le son n'a pratiquement plus rien de noise, le plus souvent – ou alors sournoisement, usant d'une science consommée de la tension, torsion, des montées de saturation. L'air est piqueté comme par une neige curieuse – comme les anciens écrans déconnectés de l'ère cathodique, analogique. Parfois, tout de même, le bruit blanc/rose/marron ressurgit brièvement – sur La Mala Ordina, par exemple où c'est The Rita qui passe – mais il ne parvient pas à noyer, évacuer le malaise.
There Existed... est un album de hip-hop aux arrangements électro presque « normaux », dans son époque. La plupart de ses pistes pourraient s'intégrer dans une playlist de genre, sans choquer, faire dissonance... Ne seraient ces parasitages soudains, fréquences grésillantes et beats qui se mettent à claudiquer. Alors, There Existed..., sur ces passages, ces extraits, pourrait bien se retrouver balancé par dessus les bacs trap, drill, directement du côté d'exercices noise-rap à la Dälek, Death Grips... Sauf que non, toujours pas – pas plus que les premiers disques du groupe. Parce que leur truc à eux demeure toujours aussi foncièrement hip-hop – avec un flow, une narration, qui n'appartiennent qu'à ça, sans « crossover » quelques soient les mutations de la forme.
Certains, certaines de celles et ceux convié.es par le trio viennent, donc, du monde de la noise, d'autres musiques expérimentales plus ou moins reconnues publiquement, académiquement, field recording etc. ; d'autres posent des couplets gangsta ou « conscients », fictions et bouts d'ego-trip. Mais ce n'est jamais de l'hybridation, j'insiste – tout se rencontre, se tourne autour, s'émule, mais sans perdre son état propre. Tout est tranché mais tout demeure dans cette obscurité dont les variations confondent les perspectives.
Daveed Diggs est la voix constante, le fil – mais de cette voix-guide, on ne peut jamais être certain qu'elle en sache plus, sans erreur possible, que l'une ou l'autre de celles des autres qui interviennent, lui répondent, continuent sa parole, tentent de la contredire, ou lâchent leur fait sans se soucier de cette ligne à priori conductrice. Jonathan Snipes et William Hutson construisent les architectures changeantes – et les autres, qui viennent, s'engagent dans des jeux de stratégie, avec ou encontre eux.
Ça tourne, progressivement, à l'instabilité mentale, sensorielle. Ça devient aigu, vraiment perturbé, sur All In Your Head – et c'est là que resurgit l'espèce de gospel régénéré, modifié, de l'album précédent, mutant, là encore. La voix dans la tête. Qui sur la plage suivante énonce d'emblée qu'il « existait ici une addiction au sang ». Et le flow de Diggs, à nouveau, de s'emballer.
There Existed est un bloc. There Existed est une carte, un plan. There Existed est un circuit – un assemblage de circuits, composantes. Clipping ne cesse toujours pas de changer, bouger, exprimer sur d'autre modes sa substance inaltérée. Story7 fait perdre haleine. Attunement, juste derrière, en profite pour s'approcher dangereusement tandis que nos jambes fatiguent. On réalise que cette deuxième moitié du disque, avec sa dynamique faussement cassée, nous a saisi là où la première, trompeusement étale, nous avait... Déposé.
Puis vient cette dernière plage – et c'est, de nouveau l'interprétation d'une pièce contemporaine – d'un certain répertoire classique-contemporain, j'entends, pas fatalement « aligné » (sur la doxa des écoles et des salles officielles, des orchestres renommés). Sur Midcity, on soupçonnait le groupe d'avoir hacké Steve Reich – du côté de son It's Gonna Rain ou par là, cette période. Sur CLPPNG, c'était John Cage et son William Mix. (Sur Splendor & Misery, il semblent qu'ils aient fait une pause sur ce procédé là). Cette fois, l'emprunt est pleinement avoué. C'est une composition de la Néo-zélandaise Annea Lockwood. Piano Burning. Qui consiste principalement en ce que son titre indique : l'enregistrement d'un piano qui brûle (un piano droit, et abîmé au point de l'irréparable, précise paraît-il la « partition »), de bout en bout de la consomption. Dix-huit minutes durant, le bois craque, les flammes soufflent. On entend aussi comme des grillons, des criquets. Le feu mange et le monde continue. Il existe sûrement une addiction, aussi, aux cendres et aux braises. Les yeux, dans le nuage de fumée, doivent finir par s'habituer – si soi-même, assez longtemps, on n'est pas consumé. Les oreilles restent ouvertes, réceptrices, les sens perçoivent tous les détails. Le chapitre, le volet suivant, sera d'une horreur plus franche.
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- soulsmaster › Envoyez un message privé àsoulsmaster
Concernant le côté diptyque de "Existed" et "Visions", je viens de voir sur Discogs que la continuité se faisait - au delà des pochettes - via la tracklist. Le premier allant des faces A à D, le second prenant la suite de E à H.
Message édité le 05-11-2025 à 02:08 par soulsmaster
- Dioneo › Envoyez un message privé àDioneo

Tiens, pour rebondir sur le côté comédien/Netflix du rappeur, qu'évoquait Damo plus tôt (un aspect de sa carrière que j'ignorais totalement jusque là), hier on se remattait des épisodes de la deuxième saison de The Good Place dans l'avion qui nous ramenait en France... Et là un des perso (Janet) sort "non non ne me tue pas, j'ai des tickets pour {un festival de stand up/comédie US dont je n'ai pas imprimé le nom}, j'ai entendu dire que Daveed Diggs faisait son grand retour" ! J'avais pas du tout capté ça le premier coup, la réf... (Excellente série, en passant, The Good Place, ça passe étonnamment bien les revoyures, connaître les twists et autres évolutions ne désamorce pas le truc... Bon, peut-être pas en revoyant tout d'une traite, après, ou pas la troisième fois disons, mais ça se revoit vraiment avec un grand plaisir, donc, comme ça par morceaux "thématiques").
Message édité le 19-08-2024 à 08:54 par dioneo
- Note donnée au disque :
- Damodafoca › Envoyez un message privé àDamodafoca
Dans le genre inexploitable, tu as aussi leur live enregistré depuis les chiottes. Un hommage aux Beastie, j'imagine. Je vois pas ce truc de 24 plages de drone sur leur bandcamp...
Message édité le 05-08-2024 à 18:16 par damodafoca
- Dioneo › Envoyez un message privé àDioneo

Ben comme dit dans sa chro, le suivant cite même carrément dans son titre (et sample la même phrase dans le morceau qui vient juste après l'intro) le Mind Playing Tricks On Me donc oui, "l'intention de genre" (continuité d'un certain rap plus vieux et horrorcore & co en particulier) sur ce diptyque est plutôt claire, quoi...
Ils ont aussi fait un truc de 24 pistes de drone d'une heure chacune, donc possiblement conçues pour être écoutées sur la longueur d'un joue entier - je me demande si c'est encore une réf, genre à la "24 Hour Live BOx Set" de Throbbing Gristle... C'est pas exclu non-plus qu'ils aient un certain sens de l'humour concepto-con, quand ça les prend ! (À ma connaissance le truc n'existe pas en version physique/objet marchand, et il se télécharge à prix libre - à partir de zéro dollar, donc - sur leur bandcamp, contrairement à leurs albums donc... On ne peut pas trop les soupçonner en tout cas de vouloir se faire de la maille sur une arnaque conceptuelle, avec ça).
J'aimerais bien les revoir en live, aussi, puisque t'en parles... Ils étaient venus à Grrrnd Zéro y'a longtemps (avant que le lieu devienne complètement officiel, dans le grand hangar pas encore aménagé en dur), à l'époque de l'album CLPPNG, si je ne me trompe pas. Bah c'était très très cool et beaucoup plus noisy que sur disques. (De mémoire il y avait aussi Mdou Moctar, le même soir au même endroit... Vraiment une bonne soirée, malgré la chaleur suffocante qui régnait là-dedans, vu qu'en plus c'était bien plein).
- Note donnée au disque :
- Damodafoca › Envoyez un message privé àDamodafoca
Comme je disais avec le précédent, je pensais lâcher le groupe, ne m'y retrouvant plus. Et puis lorsque celui ci est sorti, j'ai été curieux suite aux premiers retours positifs. Le truc c'est que je pense que le dyptique avec le suivant forme un tout, et forme une étape claire dans leur parcours, j'ai du mal à les dissocier. Donc, comme dit, on n'est pas du tout chez Dälek ou chez Death Grips, dans le fond on est nettement plus proche du radicalisme d'Autechre, dans ce côté transverse et sans concession malgré les carrières et inclinations de certains (ie. le rappeur est un acteur pou série à succès chez Netflix, pour aller vite). Et même niveau rap, on ne cherche pas la référence évidente à Rakim ou PE, mais ici on cite plutôt Gravediggaz ouvertement, et on pense fort à Busdriver. Et pour chercher des compagnons de route dans ce rap noise expé, on songe aux oubliés Food For Animals. Au résultat, je dois admettre quelques longueurs liées aux styles et aux positionnement du groupe (je n'écoute que rarement en entier la dernière piste) mais je pense qu'on a une des oeuvres les plus intéressantes de ces 10 dernières années, tous styles confondus. 2 points pour finir : probablement le truc que j'ai préféré sur scène depuis également une dizaine d'années. Et aussi, si le dyptique en CD est vraiment cool, l'avoir en vinyle est chaudement recommandé : superbes objets, très complémentaires, bel oeuvre d'art totale.
Message édité le 05-08-2024 à 17:44 par damodafoca
