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Chuck Person › Chuck Person's Eccojams Vol. 1
- 2016 • Autoproduction 1 Téléchargement Web
téléchargement internet • 15 titres • 52:00 min
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Daniel Lopatin
chronique
Quand Daniel Lopatin sort sous le pseudo de Chuck Person ses Eccojams Vol.1, il opère déjà depuis quelques années dans le champs des musiques ambient progressives. Ses fameux eccojams, ils les aura confectionné au long de la décennie précédente, certains avaient déjà fait leur apparition sur sa chaine Youtube nommée « sunsetcorp ». Et c’est aussi sur Youtube qu’ils vont attirer l’attention, la compilation où ils sont réunis n’étant édité qu’à une centaine d’exemplaires sur cassette. Chuck Person’s Eccojams Vol.1, c’est ici qu’on pourrait marquer le point zéro de la musique post-Internet (même si les points zéro sont toujours artificiellement désignés rétrospectivement). Les eccojams, se sont des tubes (majoritairement soft-rock mais pas seulement) faisant parti de l’inconscient collectif, passés à la moulinette de Lopatin qui les découpe, boucle, ralenti, en modifie le pitch (rappelant un peu la fameuse méthode chopped & screwed chère à DJ Screw). Sauf qu’ici, il n’est pas question d’évoquer les effets psychotropes des sirops codéinés. Les eccojams, se sont les premiers effets concrets de ce qu’on pourrait appeler "l’effet de crunch" produit par Internet sur la culture musicale populaire.
Tout devient alors accessible immédiatement grâce à la compression numérique et l’avènement de l’ADSL, un réseau social comme Youtube permettant l’upload massif (aussi bien légal que pirate) de contenu musical à tout va, de toute époque, sans curation critique, sans médiation autre que qui veut bien s’y coller. Ce qui ouvre à de nouvelles pratiques d’écoutes aussi bien que de création. Et met à mal les chapelles, les hiérarchies et les injonctions au "bon goût" véhiculées par la presse musicale depuis l’invention de la pop. Les eccojams piochent dans ce qu’il y a de plus mainstream, de ce qui a été le plus matraqué à la radio et la télévision alors que la musique pop devient un produit d’appel majeur de l’ultra-libéralisme. Donc forcément, les eighties, toujours elles. Avec Internet, plus que jamais, l’humanité est saturée du son des fantômes. Et leur présence rappelle le temps d’avant la "fin de l’histoire", quand le progrès économique était encore une fiction partagée par beaucoup (notamment en Occident et au Japon). Les eccojams présentent ainsi une méditation mélancolique, mi-confortante mi-angoissante selon les moments (parfois de concert), une ultra-familiarité (que des énormes tubes auquel personne n’a pu échapper) aux traits de "cursed pictures", d’autant plus fascinante pour la génération d’après, celle qui grandit avec Internet, qui est frappée par la crise économique de la fin des années deux-mille et pour qui le futur n’est plus un object de fantasme du tout.
Bien que créés indépendamment les uns des autres, les Chuck Person’s Eccojams s’écoutent d’un trait, la succession des tubes aspirés et recrachés par le crunch comme par un trou noir construit un voyage mental contrasté dans un espace-temps qui n’a jamais existé. Une vision déformée, comme elle l’est de fait quand on se retourne vers le passé (si l’âge d’or est toujours un mythe, celui du capitalisme est carrément une arnaque). D’ailleurs si une grande partie des titres sont bien issus de la décennie du triomphe Reagan/Thatcher, on y trouve aussi le r’n’b pop de Jojo (teen idol des 00’s) totalement screwed ou de l’eurotrance belge tardive immédiatement suivie d’une terrifiante et grotesque *modification* d’un titre de Michael Jackson de la fin des nineties. Toute aussi impressionnante, au sens propre, est l’irruption de la grosse voix freinée de Demis Roussos, suivant un eccojam hypnotique et flingué basé sur un titre de Janet Jackson, comme empêtrée dans une glu de delay, répétant sans cesse l’énumération des « Four Horsemen » (titre emblématique des Aphrodite’s Child).
Alternant coups d’accélérations impromptues et pilages du pitch chaotiques ou maintenant des morceaux de mélodie dans une boucle sans fin les privant d’un hook attendu (parce qu’imprimé d’avance dans la mémoire), les eccojams s’avèrent une expérience déstabilisante. Sans doute le meilleur exemple de leurs effets multiples et ambivalents, l’eccojam B3 reprenant un couplet (une seule phrase en fait, déjà répétée deux fois) de « Baker Street » de Gerry Rafferty (le summum du tube à "porn sax"), bouclé sur lui-même. À l’ultra-familiarité se mêle une sorte de malaise du au ralentissement du pitch. Et la frustration de ne jamais enquiller sur ce qui devrait très logiquement suivre, à savoir le fameux solo de saxo. Les eccojams jouent sur et contre la mémoire. Ils jouent de la façon dont notre esprit, imbibé, saturé de chansons pop, les chantonne en n’en reprenant lui-même toujours que quelques bribes, en revenant sur ce qui lui plait le plus (ou les seuls bouts dont il se souvient, ou tente de se souvenir) de façon paradigmatique, quitte à tronçonner mentalement les produits pop consommés. Mais l’effet ne s’arrête pas là. Les boucles finissent par produire leur propres contenus, qui se suffisent à eux-mêmes à force d’insistance, leurs successions construisant au niveau de l’ensemble une atmosphère aliénante bien particulière (« Another day and then we’ll be happy » into « There’s nobody here » into « It’s me against the world »)
Il n’y aura jamais de Vol.2, Lopatin poursuivant ses explorations sonores post-Internet via son projet Oneohtrix Point Never (un pseudo qui fait référence à une station de radio soft-rock de Boston), mais Chuck Person’s Eccojams Vol.1 restera comme une balise, une balise trompeuse, une balise radio imprimant des faux souvenirs dans les cerveaux, telle la corporation Rekall (dans le film avec Schwarzy qui va sur Mars et Sharon qui fait de la gym, un temple esthétique du futurisme années quatre-vingt). Une balise à partir de laquelle on peut déterminer les débuts de la musique post-internet. Et une expérience sensorielle à l’insidieuse saveur de familiarité malaisante, de comfort-food avariée, de doudou pop cauchemardesque.
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- (N°6) › Envoyez un message privé à(N°6)

OPN c'est génial, de ce que j'en connais, mais pour le coup je m'intéressais vraiment aux débuts de la musique post-internet. Comme je le dis dans la chronique, on peut considérer que c'est le patient zéro (même si c'est toujours un peu arbitraire). La suite de la thématique arrivera si je suis pas une trop grosse feignasse. Y a deux autres "balises" encore pour ce pan-là de la musique post-internet que je voudrais bien chroniquer.
Message édité le 03-08-2024 à 14:18 par (N°6)
- Alfred le Pingouin › Envoyez un message privé àAlfred le Pingouin
C’est drôle que ce soit ce genre de side-project qui débarque sur le site et pas un OPN ! Et il a l’air bien ce jeu Megadrive !
